Marseille enterre son projet de grande mosquée

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    * L'argent n'est jamais arrivé, dit le maire Jean-Claude 
Gaudin 
    * Des dissensions au sein de la communauté musulmane 
    * Le CFCM se dit prêt à faire redémarrer le projet 
 
    par Jean-François Rosnoblet 
    MARSEILLE, 3 octobre (Reuters) - Jean-Claude Gaudin a acté 
lundi l'abandon, en raison des retards de paiement de ses 
promoteurs, de la construction de la grande mosquée de 
Marseille, dont la première pierre avait été posée en 2010 dans 
les quartiers nord de la ville. 
    "Tout le monde a droit à son édifice cultuel prestigieux. En 
réalité, dans ce dossier, l'argent n'est jamais arrivé", a dit 
le maire (LR) de Marseille lors du conseil municipal. 
    L'édifice devait être érigé dans le XVe arrondissement, sur 
l'emplacement des anciens abattoirs, et compter parmi les plus 
grands de France avec une salle de prière de 2.500 m2. 
    La mosquée devait accueillir quelque 7.000 fidèles et 
comprendre, outre la grande salle de prière, une école 
coranique, un restaurant, une librairie et une bibliothèque. 
    D'un coût estimé à 22 millions d'euros, son inauguration 
avait été programmée pour la fin 2011 mais des dissensions au 
sein de la communauté musulmane de Marseille, principalement 
entre ses sponsors algérien et marocain, ont miné le projet. 
    Dans la matinée, le président du Conseil français du culte 
musulman (CFCM) Anouar Kbibech avait lancé un "appel vibrant" au 
maire de Marseille "pour lui dire qu'il y a des éléments 
positifs sur la table, que le CFCM est prêt à se mobiliser pour 
faire redémarrer le projet".  
    "Nous sommes à son entière disposition pour avancer 
ensemble", avait-il dit sur franceinfo. 
    La municipalité avait signé, fin 2007, avec l'association 
"La mosquée de Marseille" un bail emphytéotique de 50 ans pour 
la mise à disposition d'un terrain de 8.600 m2, moyennant un 
loyer annuel de 24.000 euros. 
     
    HONTE POUR LES UNS, FIERTÉ POUR LES AUTRES 
    C'est ce bail qui a été dénoncé lundi par la municipalité, 
qui s'appuie sur le fait que l'association n'a versé que 
partiellement les loyers dus en 2013 et 2014.  
    "Aucune somme n'a été versée par l'association au titre de 
l'année 2015 de sorte que l'association était, au 31 décembre 
2015, débitrice de plus de 62.000 euros", a précisé la 
municipalité. 
    L'association s'était également engagée contractuellement à 
réaliser les travaux dans un délai de sept ans après l'obtention 
des autorisations administratives. 
    Le permis de construire a été délivré en septembre 2009 et 
la déclaration d'ouverture du chantier, en date du 19 juin 2013, 
n'a pas été suivie de travaux significatifs. La mairie a fait 
constater l'absence de réalisation à la fin du mois de septembre 
pour résilier le bail de façon unilatérale. 
    "J'ai honte pour ma ville. Si on avait fait cette mosquée, 
on n'aurait pas certains lieux de culte dans les caves, 
maîtrisés ou pas. Nous avons tous intérêt à ce que les choses 
s'apaisent et ne s'enveniment pas", a dit Samia Ghali, sénatrice 
et maire socialiste des XV et XVIe arrondissements de Marseille. 
    "Je suis fier d'avoir épargné cela à la ville", a quant à 
lui répondu Stéphane Ravier, sénateur et maire Front national 
des XIII et XIVe arrondissement de la ville. Le FN avait 
introduit des recours pour s'opposer au projet. 
    Marseille compte aujourd'hui environ 70 lieux de prières, 
dont aucun n'a une dimension symbolique, pour accueillir les 
200.000 personnes de confession musulmane de la ville, soit le 
quart de la population marseillaise. 
 
 (avec Chine Labbé à Paris, édité par Yves Clarisse) 
 
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