Mark Carney, dur avec les banques, souple sur les taux

le
0

par Jeffrey Hodgson

TORONTO (Reuters) - Le prochain gouverneur de la Banque d'Angleterre devrait être ferme en matière de régulation bancaire mais pourrait être plus souple en matière de politique monétaire que ne le laissent croire ses récentes déclarations.

A la surprise générale, le gouvernement britannique a choisi lundi l'actuel gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney pour succéder à Mervyn King à la tête de la BoE l'été prochain.

Mark Carney n'est toutefois pas un inconnu pour les milieux financiers puisqu'il s'est forgé ces dernières années une réputation bien établie en tenant tête à certains des plus puissants dirigeants du secteur bancaire.

Chargé, en tant que président du Conseil de stabilité financière (FSB) du G20, de faire en sorte que la crise de 2008 ne puisse pas se reproduire, il a joué ces dernières années un rôle moteur dans la mise en oeuvre des nouvelles normes bancaires qui ont pour but de rendre ces institutions plus solides, quitte à rogner leur rentabilité.

Or la Banque d'Angleterre héritera l'an prochain de nouveaux pouvoirs de régulation financière en plus de ses prérogatives en matière de politique monétaire.

Nul doute que la City se remémorera alors le face-à-face de l'an dernier entre Mark Carney et Jamie Dimon, le PDG de la banque américaine Citigroup.

Ce dernier avait qualifié d'"histoire à dormir debout" les règles obligeant les banques à renforcer leur bilan, selon l'un des participants d'une réunion à huis clos.

FRANC-PARLER

Mark Carney, qui a travaillé 13 ans chez Goldman Sachs au début de sa carrière, aurait répondu à Jamie Dimon que les règles visées constituaient une réponse "raisonnable" à la crise, avant de quitter la réunion visiblement en colère.

Le mois dernier encore, il a qualifié de "fantaisistes" les appels à un assouplissement ou à un report de l'application des règles de solvabilité bancaire dites de Bâle III.

"Il a clairement dit que les changements étaient nécessaires pour faire en sorte que nous n'ayons pas à payer le prix que nous avons dû payer pendant la crise des subprimes", explique Derek Burleton, chef économiste adjoint de TD Bank Financial Group. "C'est le message qu'il fera passer à Londres."

Mark Carney ne semble pas pour autant vouloir contraindre les banques à séparer complètement leurs activités de banque de détail de celles de banque d'investissement, ce que propose la FSA, l'autorité des marchés financiers britanniques.

Chacune des six principales banques de dépôt canadiennes possède en effet une importante filiale de banque d'investissement et Mark Carney ne s'est jamais opposé à ce modèle.

Or il n'hésite pas à exprimer ses désaccords avec le secteur, comme l'ont montré ces dernières années ses avertissements sur le niveau élevé de l'endettement des ménages ou sur les risques liées au boom de la construction immobilière.

En août, il a déclenché une nouvelle controverse en se plaignant du poids de "l'argent qui dort" dans les entreprises canadiennes et en appelant celles-ci à investir ces capitaux ou à les distribuer à leurs actionnaires.

PLUS PRAGMATIQUE QUE FAUCON

En matière de politique monétaire, la principale prérogative de toute banque centrale, le futur gouverneur de la BoE semble adepte de la souplesse plus que des biais à la hausse ou à la baisse.

La Banque du Canada (BoC) a été cette année la seule banque centrale d'un pays du G7 à évoquer la possibilité de relever ses taux d'intérêt. Elle avait déjà été la première du groupe à durcir sa politique après la crise financière en augmentant son principal taux d'intérêt à trois reprises en 2010.

Mais plus que comme un "faucon", les analystes voient Mark Carney comme un pragmatique capable de changer de position si la situation l'exige.

L'évolution récente du discours de la Banque du Canada en atteste : le mois dernier, elle a infléchi son discours, jugeant "moins imminente" une nouvelle remontée des taux alors que le taux de base reste à 1% depuis maintenant plus de deux ans.

"Je ne crois pas du tout qu'il soit évident qu'il ait un profil de faucon. Le fait que la BoC ait un biais haussier reflète davantage la situation économique sous-jacente que (la position) de M. Carney", résume Doug Porter, chef économiste adjoint de BMO Capital Markets.

La Banque du Canada n'a parallèlement - à la différence de la BoE - engagé aucune mesure d'assouplissement quantitatif, mais cela tient en grande partie au fait que l'économie canadienne n'a jamais été dans une situation suffisamment préoccupante pour le justifier.

Autre différence : la banque centrale canadienne a fait de son engagement à maintenir durablement des taux bas un outil de sa politique monétaire, alors que la BoE a jusqu'à présent refusé de s'engager dans cette voie.

Mark Carney pourrait infléchir dans ce sens la politique monétaire britannique pour tenter de stimuler l'économie du Royaume-Uni, qui en a bien besoin. Un changement serait peut-être bien vu par le gouvernement de David Cameron : lundi, le chancelier de l'Echiquier George Osborne a souligné que le nouveau gouverneur apporterait "une nouvelle perspective".

Avec Randall Palmer, David Milliken et Jonathan Spicer, Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant