Mario Monti privilégie désormais la croissance à l'austérité

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Mario Monti privilégie désormais la croissance à l'austérité
Mario Monti privilégie désormais la croissance à l'austérité

par Gavin Jones

ROME (Reuters) - Face à la dégradation de l'activité économique et aux risques d'une austérité trop marquée, le gouvernement italien a retardé mercredi d'un an son projet de ramener son budget à l'équilibre, qui devait initialement être presque entièrement réalisé à la fin de 2013.

L'Italie compte désormais sur un déficit public de 1,7% de son produit intérieur brut (PIB) pour 2012, et 0,5% pour 2013. Pour parvenir à un équilibre presque complet en 2014, le gouvernement compte réaliser un excédent budgétaire primaire, hors service de la dette, équivalent à 0,6% du PIB au cours de l'année 2013.

Le président du Conseil italien, Mario Monti, a affirmé à la sortie du conseil des ministres qu'il donnerait désormais la priorité à la croissance sur une politique d'austérité qu'il juge susceptible de faire empirer le sort de l'Italie, déjà plongée dans la récession.

"Tout, tout, tout ce que nous faisons maintenant doit bénéficier à la croissance", a annoncé le chef du gouvernement italien, alors que Rome prévoit désormais une contraction de 1,2% de l'activité pour 2012, contre 0,4% dans ses précédentes prévisions, en décembre dernier.

Il s'agit d'un tournant dans la politique menée par Mario Monti, qui défendait l'austérité depuis son arrivée à la tête d'un gouvernement de technocrates en novembre 2011.

Ses annonces contrastent plus généralement avec les plans d'austérité que d'autres pays de la zone euro confrontés à une crise de leur dette ont maintenus ou mis en place au cours des précédents mois, en particulier la Grèce et le Portugal.

La nouvelle direction prise par Mario Monti a justement pour objectif d'éviter à l'Italie l'enchaînement cyclique de phases de récession et de politiques d'austérité qui a frappé ces deux pays.

UN SOUTIEN INTERNATIONAL

Le président du Conseil a précisé que ses nouveaux objectifs de réduction du déficit n'allaient pas à l'encontre du Pacte budgétaire européen qui doit entrer en vigueur en janvier 2013.

L'ensemble des partenaires économiques de l'Italie aux niveaux européen et international ont d'ailleurs apporté leur soutien à cette stratégie.

Le FMI a exhorté mardi le gouvernement italien à ne pas adopter de nouvelles mesures d'austérité.

Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, est également allé dans ce sens. Il a déclaré mercredi que les pays européens frappés par la crise de la dette ne devaient ni couper trop vite dans les dépenses publiques, ni précipiter les hausses d'impôts.

Les investisseurs ont eu de leur côté une réaction limitée aux déclarations de Mario Monti. Les taux auxquels l'Italie se finance sur les marchés n'ont connu mercredi qu'une légère augmentation.

Cette réaction contraste avec la situation de l'Espagne qui a connu une augmentation importante des rendements de ses emprunts, après avoir annoncé au début du mois de mars qu'elle augmentait ses prévisions de déficit de 4,4% à 5,8% du PIB.

Malgré le recul de l'Italie sur ses prévisions de retour à l'équilibre, son déficit public reste en effet - en proportion du PIB - bien inférieur à celui de l'Espagne, qui est l'un des plus importants de la zone euro.

La faible répercussion sur les marchés confirme en outre la confiance que Mario Monti continue d'exercer chez les investisseurs, alors que sa cote de popularité diminue au sein de la population italienne.

Mais l'Italie reste confrontée à la seconde plus grosse dette publique de la zone euro par rapport à son PIB, après la Grèce. Mario Monti a annoncé qu'elle monterait en 2012 à 123,4% du PIB, contre 120,1% en 2011.

Les prévisions de croissance du gouvernement italien sont en outre moins pessimistes que celles du FMI, qui table sur une contraction de 1,9% de l'activité italienne cette année.

Julien Dury pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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