Mario Draghi, l'allié italien d'Angela Merkel à la BCE

le
0
MARIO DRAGHI, ALLIÉ D'ANGELA MERKEL À LA BCE
MARIO DRAGHI, ALLIÉ D'ANGELA MERKEL À LA BCE

par Noah Barkin

BERLIN (Reuters) - Quand Angela Merkel s'est résolue l'année dernière à soutenir la candidature de l'Italien Mario Draghi à la présidence de la Banque centrale européenne, beaucoup y ont vu une forme de renoncement de la part de la chancelière allemande, une défaite pour elle et l'Allemagne.

Axel Weber, tenant d'une politique monétaire orthodoxe, avait jeté l'éponge, disant préférer renouer avec l'enseignement après avoir dirigé la Bundesbank d'une main de fer, laissant Angela Merkel sans autre choix que de soutenir Mario Draghi.

Plus d'un an plus tard, cependant, l'accentuation de la crise de la dette souveraine et la menace d'une explosion de la zone euro ont fini par montrer de manière de plus en plus évidente qu'Angela Merkel a trouvé un allié de poids dans le successeur de Jean-Claude Trichet.

Au Canada, la semaine dernière, la chancelière a défendu l'action de Mario Draghi après que ce dernier eut déclenché un vif débat en Allemagne avec sa promesse de faire tout ce qu'il faudrait pour préserver l'euro et son annonce que la BCE se tenait prête à relancer son programme de rachat d'actifs (SMP).

Les propos du banquier central européen ont choqué les plus orthodoxes des responsables politiques allemands, qui craignent que la BCE soit tombée entre les mains d'une "cabale sudiste" au profit des Etats de la zone euro fragilisés par la crise, tels que l'Italie ou l'Espagne.

Cette impression est renforcée en Allemagne par l'attitude adoptée par le président de la Bundesbank Jens Weidmann, souvent critique à l'égard de choix affichés par Mario Draghi. C'est d'autant plus vrai que son statut d'ancien conseiller d'Angela Merkel peuvent laisser entendre que ses déclarations sont le reflet de l'opinion de la chancelière.

ACCORD TACITE

Les propos qu'Angela Merkel a tenus jeudi à Ottawa, en particulier lorsqu'elle a déclaré que la ligne de Mario Draghi était conforme à celle des dirigeants européens, sont venus contredire une fois pour toute l'idée selon laquelle elle s'opposait à la flexibilité défendue par l'Italien.

Ce n'est pas sans importance. Sans un accord tacite de Berlin, le président de la BCE aurait toutes les peines du monde à tester les limites de ses pouvoirs afin de respecter son engagement de préserver la monnaie unique.

Et c'est exactement ce qu'Angela Merkel a besoin qu'il fasse.

"Pour la Bundesbank, le rachat d'obligations est une ligne à ne pas franchir. Cette posture est fondée sur des principes et il n'y a aucune marge de manoeuvre", a déclaré Guntram Wolff, directeur-adjoint du cercle de réflexion Bruegel et ancien responsable de la Bundesbank.

"Merkel est pragmatique, elle veut la solution la moins coûteuse politiquement", a-t-il ajouté.

Dans l'entourage de la chancelière, l'une des craintes les plus fortes est celle d'un déraillement de la zone euro avant les élections fédérales prévues dans un an, qui risquerait de sonner le glas de sa présence à la tête du gouvernement de la République fédérale.

La solution qu'elle préconise, une "union budgétaire" dans le cadre de laquelle les Etats membres de la zone euro abandonneraient leur souveraineté budgétaire au profit de Bruxelles, ne pourra pas se réaliser avant des années, admettent les proches d'Angela Merkel.

Cela laisse donc le sort de la zone euro dans les seules mains de la BCE, charge à celle-ci de la garder intacte pour au moins une année encore. Et même si Mario Draghi est obligé de préserver le bloc monétaire avec des bouts de ficelle, au risque de s'aliéner les tenants d'une politique monétaire dure, Angela Merkel devrait continuer à le soutenir.

PRAGMATISME

"La liste des problèmes qui émergeraient à la faveur d'une dissolution de l'union monétaire est longue et rebutante", a estimé Jörg Krämer, économiste de Commerzbank.

Il pense que le gouvernement tolérera ce qu'il appelle une "union monétaire à l'italienne" avec une inflation plus élevée et un euro moins fort qui viendraient soutenir les pays les plus endettés ainsi que la périphérie de la zone euro.

Si l'Europe parvient, avec le soutien de la BCE, à garder la tête hors de l'eau une année encore et qu'Angela Merkel remporte le scrutin fédéral, cette dernière aura la liberté de prendre de

nouvelles mesures pour surmonter la crise.

En cas de victoire, les alliés les plus probables d'Angela Merkel seraient les sociaux-démocrates du SPD, qui soutiennent le principe des euro-obligations, une idée à laquelle la chancelière continue de résister.

A vrai dire, la pragmatique chancelière allemande a toujours préféré que le fauteuil de la présidence de la BCE soit occupé par un pragmatique plutôt que par un idéologue.

C'est pour cela que le soutien qu'elle avait apporté à Axel Weber a pu sembler tiède, contribuant sans doute à ce qu'il renonce à briguer la présidence de la BCE.

C'est également peut-être pour cela que lorsque Jürgen Stark, ancien membre du directoire de la BCE et défenseur de l'orthodoxie monétaire, a démissionné pour protester contre l'évolution de la BCE, elle l'a remplacé par Jörg Asmussen, ancien secrétaire d'Etat aux Finances et membre du SPD, qui entretient des liens étroits avec Mario Draghi et fait figure de pragmatique.

Jörg Asmussen se définit comme un défenseur des intérêts européens autant que des intérêts allemands.

Le risque existe toutefois pour Angela Merkel qu'elle donne l'impression de donner trop de libertés à Mario Draghi sans écouter suffisamment Jens Weidmann.

Un sondage publié ce mois-ci par la chaîne ARD montre que 39% des Allemands pensent que le rôle de la BCE est uniquement de préserver la stabilité des prix, et que seulement 12% d'entre eux veulent qu'elle aide au financement des Etats en difficulté.

Parallèlement, d'anciens responsables monétaires allemands critiquent ouvertement les choix de la chancelière.

"Ces tenants de la ligne dure grincent des dents et leurs opinions sont partagées par une frange significative du parti politique d'Angela Merkel, les chrétiens-démocrates, elle doit donc faire très attention", a déclaré Guntram Wolff, du cercle Bruegel.

"Mais de son point de vue à elle, ce n'est pas le plus gros risque. Le plus gros risque, c'est qu'elle doive retourner au Bundestag pour réclamer des centaines de milliards d'euros pour l'Espagne et l'Italie."

Jusqu'à présent, Mario Draghi fait tout ce qu'il peut pour décaler la date de ce jour funeste.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux