Mario Draghi et la BCE à l'heure de vérité

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MARIO DRAGHI DOIT PRÉSENTER JEUDI LE NOUVEAU PLAN DE RACHAT D'OBLIGATIONS DE LA BCE
MARIO DRAGHI DOIT PRÉSENTER JEUDI LE NOUVEAU PLAN DE RACHAT D'OBLIGATIONS DE LA BCE

par Sakari Suoninen

FRANCFORT (Reuters) - Lorsqu'il présentera jeudi les détails du nouveau plan de rachat d'obligations qu'il entend mettre en oeuvre pour montrer aux marchés qu'il est en mesure d'enrayer la crise de la dette souveraine, le président de le Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi tentera de prouver qu'il peut honorer sa promesse, celle de tout faire pour préserver l'euro.

Jamais dans la courte histoire la BCE, le résultat de l'une de ses réunions n'aura été aussi attendu à la fois par les investisseurs et les responsables politiques soucieux de voir s'achever une crise qui a largement débordé sur l'économie.

Depuis plusieurs semaines, les articles de presse se succèdent pour essayer de déterminer quel sera le chemin choisi par l'institution monétaire, tout en relayant les tensions qui se durcissent à travers le bloc monétaire.

Témoignant des lignes de friction, le journal allemand Bild rapportait la semaine dernière que le président de la puissante Bundesbank avait songé à démissionner pour protester contre l'imminence d'un nouveau plan de rachats d'obligations qui heurte la sensibilité orthodoxe de beaucoup de responsables allemands.

Alors que, depuis sa création, la BCE s'était efforcée de n'agir que dans un strict cadre monétaire, ne percevant son mandat que par le prisme de la stabilité des prix, elle semble désormais désireuse de jouer un plus grand rôle pour préserver l'euro.

Ceci est parfois ressenti comme une provocation en Allemagne où l'on préférerait qu'elle se cantonne aux fonctions de gardienne de l'inflation.

"Evidemment, Mario Draghi doit présenter quelque chose, a dit Guillaume Menuet, économiste de Citi. "Un document, peu importe sa forme, les marchés veulent quelque chose de substantiel pour justifier leurs valorisations actuelles."

L'ESPAGNE CHERCHE À TEMPORISER

Mardi, les rendements des obligations souveraines espagnoles et italiennes se détendaient, réagissant à des propos tenus la veille par Mario Draghi, ce dernier ayant dit estimer que le rachat de dettes assorties de maturités pouvant atteindre trois ans n'étaient en rien des aides publiques.

Il est toutefois probable que la BCE n'abatte pas toutes ses cartes dès jeudi.

"Je ne suis pas sûr que la BCE soit prête à entrer dans les plus petits détails, dans la procédure de ses interventions, parce qu'aucun pays n'a demande (d'aide) et parce qu'il reste encore des rendez-vous importants au cours du mois qui nécessitent des accords préalables", a dit Guillaume Menuet.

Après la Grèce, le Portugal et l'Irlande, l'Espagne et l'Italie sont aujourd'hui dans la ligne de mire des marchés qui doutent de leur capacité à rembourser leurs dettes. Cette défiance s'est traduite par une poussée des rendements jusqu'à des niveaux présentés comme difficilement soutenables.

Ces envolées ont conduit le banquier central européen à promettre en juillet de faire tout ce qu'il faudra pour préserver la monnaie unique avant de dire le mois dernier qu'il se tenait prêt à faire racheter de la dette par la Banque centrale européenne.

Mais les tensions qui existent au sein de la BCE devraient la dissuader d'apporter un luxe de détails et l'inciter à préserver les apparences en montrant que sa priorité réside dans le maintien de la stabilité des prix, en dépit de l'absence de pression inflationnistes.

RISQUE DE CONFLIT

"La BCE ne peut pas annoncer de nouvel objectif de quelque sorte (en plus d'un objectif en matière d'inflation) parce que les deux objectifs risquent d'entrer plus tard en conflit", a estimé Erik Nielsen, économiste d'UniCredit dans une note aux investisseurs.

Des sources ont déclaré à Reuters que la BCE avait envisagé d'encadrer les taux d'intérêt dans une bande de fluctuation plutôt de fixer un seuil, comme ligne de conduite interne sans pour autant le dire publiquement ce qui la contraindrait à intervenir sur les marchés de manière automatique.

Lors de la dernière réunion de la BCE, Mario Draghi a déclaré que les rachats d'obligations seraient concentrés dans le bas de la fourchette de la courbe des rendements.

En suggérant lundi que cela pourrait signifier que les maturités puissent atteindre trois ans, Mario Draghi a rassuré les intervenants car plus le seuil de maturité sera élevé, plus grand sera le nombre d'obligations que la BCE pourra racheter.

Si les annonces sur des rachats d'obligations seront au centre des préoccupations des investisseurs, il n'est pas exclu que la BCE annonce en outre un abaissement de ses taux directeurs, actuellement fixés à 0,75%, un niveau historiquement bas pour soutenir la demande en zone euro.

Le débat n'est pas tranché chez les analystes interrogés par Reuters, une légère majorité se dégageant pour estimer qu'elle devrait observer, provisoirement du moins le statu quo.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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  • M8743521 le jeudi 6 sept 2012 à 09:43

    Une politique de rachat partiel de dette ou de garantie pour limiter les taux exigés des pays les plus fragiles, pourrait sans doute calmer les marchés quelques temps et affaiblir suffisament l'euro pour relancer la compétitivité européenne... avec les risques d'inflation importée évidemment. Mais a-t-on d'aure choix si l'on veut sauver l'euro?

  • wikus le jeudi 6 sept 2012 à 09:30

    Allez SUPER MARION ! endettons-nous pour satisfaire la soif ton ami BLANKFEIN !

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