Marine Le Pen veut transformer l'essai du premier tour

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Marine Le Pen veut transformer l'essai du premier tour
Marine Le Pen veut transformer l'essai du premier tour

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Forte de sa percée à l'élection présidentielle, Marine Le Pen se voit en chef de l'opposition en cas de défaite de Nicolas Sarkozy au soir du 6 mai et détient en grande partie la clé du duel entre le président sortant et François Hollande.

La présidente du Front national réunit ce lundi son bureau politique pour voir comment transformer l'essai des 17,9% des voix du premier tour et préparer la bataille des législatives, essentielle si le FN veut faire son retour à l'Assemblée.

La difficulté pour Marine Le Pen, qui battu le record de son père en 2002 (16,96%) et réussi à imposer le FN comme la troisième force du pays, va consister à faire battre le président sortant sans se prononcer pour son adversaire.

Elle a annoncé qu'elle donnerait sa position personnelle le 1er mai, lors du traditionnel défilé du parti et l'état-major du mouvement dit vouloir entretenir le suspense.

Mais des responsables évoquent déjà un vote blanc ou nul, en soulignant que le parti a bâti avec succès toute sa campagne contre le "système UMPS".

"Je ne voterai ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy", a déclaré Florian Philippot, le directeur stratégique de campagne à Reuters.

"Le PS et l'UMP mènent une politique très similaire, très opposée à ce que nous considérons nécessaire au redressement de la France (Etat protecteur, frontières, souveraineté, rupture avec l'ultra-libéralisme)", dit-il.

Il a estimé sur Canal+ qu'on ne pouvait "pas choisir entre deux candidats interchangeables", lui-même s'apprêtant à "peut-être voter blanc, ou revoter Marine Le Pen".

"PAS DE COMPROMISSION"

Florian Philippot a également exclu de "discuter" avec l'UMP d'ici au second tour, affirmant que le FN n'est "pas dans la compromission et les petites combines politiciennes".

Les instituts de sondage sont partagés sur les reports de l'électorat de Marine Le Pen, dont un tiers s'abstiendrait au second tour. Selon Harris Interactive, 44% voteraient Nicolas Sarkozy au deuxième tour et pour Ipsos, 69%.

Dimanche soir, tous les responsables frontistes voulaient croire, à l'image de Jean-Marie Le Pen, le président d'honneur du FN, que "Sarkozy a perdu".

Dès jeudi dernier, Marine Le Pen, qui ne doutait pas créer la surprise dimanche soir, avait dévoilé son objectif : "Nicolas Sarkozy a dit qu'il allait partir s'il perdait. Il va donc laisser un champ de ruines".

Dans cette hypothèse, la dirigeante du FN espère prendre la tête de la "seule véritable opposition à la gauche ultralibérale laxiste et libertaire", en attirant des "patriotes" de droite mais aussi de gauche.

L'objectif est de faire du FN un parti qui, à l'instar du FPÖ en Autriche, pourrait dépasser les conservateurs.

Elle conduira donc la bataille des législatives de juin à la tête d'un rassemblement inspiré de celui de la présidentielle -qui a vu des ex-chevènementistes et gaullistes la rejoindre-, avec l'espoir de contraindre des élus UMP soucieux de sauver leur siège d'accepter des arrangements.

L'objectif minimum pour le FN, dont Marine Le Pen veut faire un parti de gouvernement, est de faire son retour à l'Assemblée nationale, ce qui serait une première depuis 1986, lorsqu'il avait obtenu 35 députés grâce à la proportionnelle.

Mais le scrutin majoritaire à deux tours n'est pas favorable au FN, même avec un score national autour de 18%. Il compte sur des triangulaires en nombre suffisant pour devancer le candidat UMP et incarner la meilleure opposition à François Hollande.

Marine Le Pen devra batailler pour se faire élire dans son fief d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et d'autres figures du parti partiront à l'assaut des circonscriptions où la candidate a fait ses plus gros scores au premier tour.

Outre plusieurs villes du Sud-Est, la présidente du FN a obtenu des scores très élevés dans le nord de la France, en Alsace, et réalisé des percées dans des régions plus inattendues, comme la Bretagne.

Edité par Yves Clarisse

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