Marine Le Pen veut transformer l'essai du premier tour

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Marine Le Pen veut transformer l'essai du premier tour
Marine Le Pen veut transformer l'essai du premier tour

par Gérard Bon

NANTERRE, Hauts-de-Seine (Reuters) - Forte de sa percée à l'élection présidentielle, Marine Le Pen se voit en chef de l'opposition en cas de défaite de Nicolas Sarkozy au soir du 6 mai et détient en grande partie la clé du duel entre le président sortant et François Hollande.

La présidente du Front national a réuni lundi son bureau politique pour voir comment transformer l'essai des 17,9% obtenus au premier tour, avec 6,4 millions de voix, et préparer la bataille des législatives.

Des cadres du parti espèrent qu'en dépit de l'écueil du scrutin majoritaire, le FN fera en juin son retour à l'Assemblée nationale en faisant élire au moins 15 députés, seuil requis pour constituer un groupe.

"Avec ce score-là, nous pouvons avoir malgré un mode de scrutin qui n'est pas démocratique, puisque nous, nous voulons la proportionnelle, avoir beaucoup de députés", a dit à la presse Florian Philippot, le directeur stratégique de campagne.

Marine Le Pen, qui a déjeuné dans un restaurant populaire de Nanterre (Hauts-de-Seine), a ouvert exceptionnellement le début de la réunion du bureau politique à la presse venue faire le siège du bâtiment frontiste.

Après avoir applaudi ses troupes pour les "résultats spectaculaires" de dimanche, elle a souligné que le vote "Bleu marine" avait dépassé 12,5% des inscrits (seuil de maintien au second tour des législatives) dans 353 circonscriptions.

"Si nous faisons le même score aux législatives, nous serons présents au second tour dans 353 circonscriptions."

La difficulté pour Marine Le Pen, qui battu le record de son père en 2002 (16,96%) et réussi à imposer le FN comme la troisième force du pays, va consister à faire battre le président sortant sans se prononcer pour son adversaire.

NI HOLLANDE, NI SARKOZY ?

Elle a confirmé lundi qu'elle donnerait sa position personnelle le 1er mai, lors du défilé du parti. Mais des cadres évoquent déjà un vote blanc, soulignant que le parti a bâti avec succès toute sa campagne contre le "système UMPS".

"Je ne voterai ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy", a déclaré Florian Philippot à Reuters. "Le PS et l'UMP mènent une politique très similaire, très opposée à ce que nous considérons nécessaire au redressement de la France (Etat protecteur, frontières, souveraineté, rupture avec l'ultra-libéralisme)".

Prié de dire s'il voterait blanc, Jean-Marie Le Pen a répondu : "Pourquoi pas".

Les instituts de sondage sont partagés sur les reports de l'électorat de Marine Le Pen, dont un tiers s'abstiendrait au second tour. Selon Harris Interactive, 44% voteraient Nicolas Sarkozy au deuxième tour et pour Ipsos, 69%.

Tous les responsables frontistes veulent croire, à l'image de Jean-Marie Le Pen que "Sarkozy a perdu".

Dès jeudi dernier, sa fille, qui ne doutait pas créer la surprise dimanche soir, avait dévoilé son objectif : "Nicolas Sarkozy a dit qu'il allait partir s'il perdait. Il va donc laisser un champ de ruines".

Dans cette hypothèse, la dirigeante du FN espère prendre la tête de la "seule véritable opposition à la gauche ultralibérale laxiste et libertaire", en attirant des "patriotes" de droite mais aussi de gauche.

L'objectif est de faire du FN un parti qui, à l'instar du FPÖ en Autriche, pourrait dépasser les conservateurs.

GROS SCORES DANS LE SUD ET L'EST

Elle conduira donc la bataille des législatives de juin à la tête d'un rassemblement inspiré de celui de la présidentielle -qui a vu des ex-chevènementistes, gaullistes ou villiéristes la rejoindre- avec l'espoir d'élargir encore son audience.

L'objectif minimum pour le FN, dont Marine Le Pen veut faire un parti de gouvernement, est de faire son retour à l'Assemblée nationale, ce qui serait une première depuis 1986, lorsqu'il avait obtenu 35 députés grâce à la proportionnelle.

Mais le scrutin majoritaire à deux tours n'est pas favorable au FN, même avec un score national autour de 18%. Il compte sur des triangulaires en nombre suffisant pour devancer le candidat UMP et incarner la meilleure opposition à François Hollande.

A en croire Louis Aliot, le vice-président de la formation d'extrême droite, le FN devrait être rebaptisé "Rassemblement bleu marine" pour les législatives, un nom qui ne semble pas faire l'unanimité chez les responsables du FN.

Marine Le Pen devra batailler pour se faire élire dans son fief d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et d'autres figures du parti partiront à l'assaut des circonscriptions où la candidate a fait ses plus gros scores au premier tour.

La dirigeante du FN a égrené lors du bureau politique la liste des départements où elle avait fait ses meilleurs scores dimanche. Le Vaucluse (27%) arrive en tête, devant l'Aisne (26,3%), la Corse-du-Sud (25,7%), le Gard (25,5%) ou le Var (24,8%). Les scores sont également élevés dans la Meuse (25,8%), la Haute-Marne (25,2%) et les Ardennes (24,5%).

Elle a estimé que le vote Le Pen avait souffert dans toute la région parisienne des appels au vote utile et a dénoncé "le rôle néfaste des sondages" en faveur de la bipolarisation.

Edité par Yves Clarisse

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