Marine Le Pen à la croisée des chemins de campagne

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MARINE LE PEN À LA CROISÉE DES CHEMINS DE CAMPAGNE
MARINE LE PEN À LA CROISÉE DES CHEMINS DE CAMPAGNE

par Patrick Vignal et Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Marine Le Pen, qui s'essouffle dans les sondages et regarde l'UMP s'approprier les thèmes traditionnels du Front national, cherche encore le bon dosage dans une campagne jugée confuse et voit s'éloigner ses chances d'atteindre le second tour.

Celle qui dépassait parfois les 20% d'intentions de vote au premier tour dans les enquêtes d'opinion stagne désormais autour de 17% et ne paraît plus en mesure d'arbitrer le duel attendu entre le président sortant Nicolas Sarkozy et le candidat socialiste François Hollande.

Son entourage attribue son fléchissement à ses seules difficultés dans la quête des 500 parrainages d'élus nécessaires pour se présenter et veut croire à un nouveau départ.

"Nous étions parasités par cette question des signatures qui avait créé un certain trouble dans l'opinion publique et auprès des électeurs qui ne savaient plus trop si Marine Le Pen était candidate ou pas", explique à Reuters son directeur stratégique de campagne, Florian Philippot.

Cet énarque, qui symbolise la volonté de renouveau du FN incarnée par Marine Le Pen, ne doute pas que sa championne, qui bénéficiera à partir du 20 mars de l'égalité du temps de parole médiatique entre les candidats, va reprendre l'ascenseur.

"Je suis persuadé que maintenant que ce trouble dans l'opinion sur sa candidature est levé, elle va pouvoir exposer son projet et que la bipolarisation médiatique est terminée, on va la voir remonter dans les sondages", dit-il.

Des politologues font valoir que Marine Le Pen peine pour d'autres raisons, notamment parce que ses efforts pour rendre son parti présentable désorientent un électorat habitué aux seules formules-choc sur l'immigration ou l'insécurité.

RETOUR AUX "FONDAMENTAUX" ?

"Cette campagne est peu lisible, c'est vrai", juge le chercheur Jean-Yves Camus, spécialiste des droites extrêmes.

"Dans un premier temps, Marine Le Pen s'est positionnée sur les questions économiques pour combler son déficit de crédibilité sur ces sujets mais elle a peiné à se faire entendre", dit-il.

"Puis elle est allée sur le terrain des valeurs et la réorientation droitière du discours de Sarkozy a réduit son espace d'initiative, sauf à ce qu'elle entre dans une surenchère qui gommerait ses efforts de normalisation."

Cette option du "retour aux fondamentaux" n'est pas d'actualité, assure Florian Philippot, qui explique que Marine Le Pen mettra l'accent, lors des visites de terrain sur lesquelles elle va se concentrer, sur des thèmes rassembleurs tels que le service public, l'école ou l'agriculture.

Celle qui avait lancé sa campagne sur le thème du "ni droite, ni gauche", allant jusqu'à affirmer dans un entretien à Reuters qu'elle était plus à gauche que Barack Obama, pourrait donc laisser Nicolas Sarkozy porter le débat sur la nécessité d'une certaine dose de protectionnisme ou les dangers de l'immigration non contrôlée.

Elle dispose cependant d'un atout dans sa manche pour brosser dans le sens du poil un électorat nostalgique d'un discours frontiste plus martial : son père.

Simple porte-parole selon les mots de Florian Philippot, le président d'honneur du Front national use encore de sa liberté de ton, comme lorsqu'il a cité récemment l'écrivain collaborationniste Robert Brasillach, référence a priori peu adaptée au FN version "bleu Marine".

PARTITION À QUATRE MAINS

Le père et la fille pourraient donc jouer une partition à quatre mains, prédit le sociologue Sylvain Crépon, auteur du livre "Enquête au coeur du nouveau Front national".

"Ils vont se répartir les rôles", dit-il à Reuters. "Elle est un peu la garante de la dédiabolisation et d'un Front national un peu moins sulfureux. Et lui, s'il lui arrive de ruer dans les brancards, les gens se disent 'c'est pas grave, c'est le "vieux", maintenant la page est tournée.'"

Pour Sylvain Crépon, le retour de Jean-Marie Le Pen dans la campagne illustre les limites de la mue du Front national que tente d'opérer sa fille. Les difficultés réelles qu'elle a rencontrées dans sa recherche de signatures montrent ainsi que le FN continue de faire peur, avance-t-il.

La présidente du FN se heurte en outre a un problème plus fondamental : sa formation, dont les racines et la culture sont profondément ancrées à l'extrême droite, n'a pas vocation à devenir un parti respectable, estime le sociologue.

"Le père avait dit, déjà en 2005, qu'un Front national gentil, ça n'intéresse personne et sa fille est en train de le vérifier", dit-il.

Marine Le Pen a aussi pâti de s'aventurer sur le terrain des propositions concrètes, mettant ainsi en lumière l'absence de compétences au sein d'un parti qui souffre d'un "déficit de matière grise absolument phénoménal" face aux armées de technocrates de l'UMP et du PS, estime Sylvain Crépon.

Pour le sociologue, la rénovation voulue par Marine Le Pen bute sur la nature profonde de l'entreprise familiale dont elle a pris les commandes en janvier 2011 et l'ambition limitée d'un électorat soucieux avant tout d'exprimer son désaccord avec la classe politique traditionnelle.

"Le défi du FN, au-delà de l'élection présidentielle, dans les années à venir, c'est de sortir du cadre protestataire sans perdre son âme, son identité et ses électeurs", conclut Sylvain Crépon. "Et ça, c'est compliqué."

Edité par Yves Clarisse

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  • LeRaleur le vendredi 16 mar 2012 à 19:34

    Le véritable sondage sera le premier tour. Et la vérité sera aux législatives, mais vu le redécoupage électoral de ces bandits... exemple le PC avec 4-5% des voix et combien de députés ? Une répoublique bananière, sans plus.

  • 2445joye le vendredi 16 mar 2012 à 19:31

    Je trouve ces critiques bien sévères pour une candidate qui arrive constamment en troisième place dans les sondages, en étant à la tête d'un parti aux moyens modestes. Son recul illustre plutôt à quel point la forteresse UMPS, avec ses sources de financement, est difficile à déboulonner.

  • chatnour le vendredi 16 mar 2012 à 19:19

    "déficit de matière grise absolument phénoménal" ! Eh ben, quand on voit ce qu'il en est de la campagne des deux grands gugus, on se demande où il se trouve le déficit ! Ah mais je constate que nous retrouvons les SDF du forum dont l'inénarrable g-joly1, bref, la fine fleur, le gratin, l'élite intellectuelle des politologues ! je vous laisse donc à vos délires paranoïaques !