Marie Martinod : " Ce serait dommage d'arrêter maintenant "

le
0
Marie Martinod : " Ce serait dommage d'arrêter maintenant "
Marie Martinod : " Ce serait dommage d'arrêter maintenant "

Marie Martinod, vous revenez de Sotchi une médaille autour du cou, la 15eme pour la délégation française lors de ces Jeux. Qu'est-ce que cela représente ?C'est marrant parce que ça fait comme si on remplissait un critère. Je suis la dernière médaillée, c'est anecdotique, c'est drôle. Ça veut dire aussi que l'attente était longue.Cette médaille est d'autant plus belle que votre parcours pour arriver à Sotchi a été compliqué?Cela n'a pas été aussi facile ou idyllique qu'il n'y paraît. On ne revient pas comme ça après sept ans d'absence. J'ai dû travailler énormément, j'ai passé des heures dans le pipe, dans les salles de musculation, sur mon vélo à monter des cols. Il faut se refaire une caisse physique pour absorber une saison entière de Coupe du monde, il faut se refaire une musculature pour absorber les chocs que tu subis quand tu essayes une nouvelle figure et qu'elle ne rentre pas du premier coup, ce qui est très souvent le cas. Il faut se secouer au bon moment pour se dire ''Allez ! C'est le bon jour pour que je me laisse aller sur les skis et que j'essaie quelque chose que j'ai appris sur le trampoline.''

« Il a fallu gérer aussi ma vie de famille »

C'était beaucoup de sacrifices?Il a fallu gérer aussi ma vie de famille. J'avais pour but de revenir et d'aller aux JO mais je ne voulais surtout pas détruire la famille que j'avais réussi à créer. Il a fallu doser tout ça. Ça prend beaucoup de temps et, en même temps, tu ne peux pas non plus être tout le temps le centre de préoccupation de toute la famille. Il a fallu partager le temps pour que les choses restent équilibrées alors que ce n'est pas très équilibré d'être sportif de haut niveau. C'était rempli ! (rire)

Tout cela a dû vous mettre sous pression ?Non, au contraire ! Je pense que ça m'en a enlevée parce que, par exemple, quand tu rentres d'une compétition, tu as fait de bonnes qualif' et le lendemain il y a les finales. Là, tu pourrais te mettre une pression. Alors que moi, après, il faut faire le bain de la petite, faire des courses parce qu'il n'y a plus rien dans le frigo... Ça te ramène toujours vers quelque chose de tellement normal ce quotidien qu'il faut gérer que ça te ressort de ta vie d'athlète. Moi je pense que ça m'a vraiment aidé de me dire : ''Je suis deux personnes en une et quand je pose les skis, je ne suis plus dedans.'' C'était hyper positif dans mon cas.

« Je savais qu'à Sochi ça allait être compliqué »

Comment vous avez gérer les conditions à Sotchi ?Moi je suis une vieille. J'en ai connu des pipes ! Des premières générations - qui n'étaient pas du tout aussi bien fait que maintenant, qui n'étaient pas rectilignes, qui étaient avec des courbes en mouvement - ! Je savais qu'à Sochi ça allait être compliqué. Je m'étais mis en tête que, de toutes façons, je savais concourir sur des pipes comme ça quand j'étais jeune et qu'il n'y avait aucune raison que je me sois habituée à des pipes parfaits. Je suis arrivée en me disant que ce serait le même pipe pour tout le monde. Que ce serait même un atout pour moi parce que presque toutes les filles qui concourraient avec moi n'avaient connu que des pipes rectilignes et parfaits. J'ai toujours essayé de tourner les choses à mon avantage.Comment vous sentiez-vous à l'heure de vous lancer en finale ?Je salivais qu'il me restait deux runs. Encore une fois, j'ai essayé de le tourner à mon avantage en me disant : ''Deux runs de plus c'est quoi ? J'en ai bouffé combien des runs ? Je suis toujours retombée sur mes pieds. A Sochi, c'est pareil, tout le temps sur les pieds. Deux runs, encore deux, fais-toi plaisir.'' J'ai dompté mon énorme angoisse, mon énorme pression de cette manière. Tu sais le faire, il faut le refaire encore deux fois. Ce n'est rien deux fois ! Alors que ça fait dix jours que tu es sous pression et que tu sens que le vent tourne en ta faveur, tu es coupée en deux ! D'un côté, tu es sous pression, de l'autre, tu essayes de la faire redescendre en te disant : ''Je sais le faire.''

« Je n'arrive pas à réaliser »

Et au bout, il y a une médaille. Vous arrivez enfin à réaliser ?Je n'y arrive pas ! J'ai passé tellement de temps concentrée, focalisée sur mes runs que je n'arrive pas à me dire : ''Ouais ! Tu l'as fait !'' Je n'y arrive pas ! Quand on regarde les images, on voit les filles qui se sautent dessus, je vois Maddie (Bowman, médaillée d'or, ndlr) qui pleure parce qu'elle est championne olympique et moi je n'arrive toujours pas à me détendre. Je vois mes copains un peu plus loin, je pose mes skis calmement, je vais les voir. C'est cool, j'ai fait un truc bien mais, intérieurement, je ne peux pas me déconcentrer. Ça ne m'a pas quitté. Après la cérémonie des médailles, j'ai encore peur qu'on me l'enlève et que je sois obligée de tout refaire. Je ne m'attendais pas à ça. C'était assez surprenant de ne pas réussir à lâcher prise, assez fou !C'est pour vivre des moments comme celui-ci qu'on s'accroche ?Oui, je suis là pour essayer de faire la meilleure performance pour moi. Je suis là aussi pour montrer ce qu'est mon sport, pour montrer une belle discipline, pour montrer que les filles ont fait le boulot et moi avec. Je pense qu'on a montré des belles choses, donc ça c'est plutôt sympa.

« Je suis en pleine progression »

Pouvez-vous nous raconter ce qu'était la vie au village olympique ?C'était rigolo parce qu'on était dans une bulle là-bas. C'était marrant de rentrer et de discuter de ça après coup. Être dans la lumière, je sais que c'est très éphémère aussi et que ça correspond à cette période parce qu'on est en plein dedans. Mais ça va passer vite donc on en profite pour passer des messages. Tout n'est pas idyllique dans le halfpipe, notamment en France. Comment va se dérouler la suite de la saison ? La semaine prochaine, je participe à un événement en l'honneur de Sarah Burke (ndlr : skieuse Canadienne décédée en janvier 2012 après une chute à l'entraînement). C'est notre façon de lui dire au revoir correctement. Il n'y aura que des filles sur un gros quarter pipe (ndlr : la moitié d'un pipe). Le but c'est de récolter de l'argent qui sera reversé à la fondation Sarah Burke. Je suis très contente d'y participer, contente que la saison ne se finisse pas sur ces Jeux Olympiques. A plus long terme, je suis en pleine évolution, j'apprends encore des figures que je pourrais utiliser l'année prochaine. Je commence à prendre plus de hauteur qu'avant. Je suis en pleine progression alors je trouverais ça dommage d'arrêter maintenant. Je prends trop de plaisir.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant