Marie Dorin Habert : " Je n'arrête pas de progresser "

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Médaillée à six reprises, dont trois titres, lors des championnats du monde d'Oslo-Holmenkollen, Marie Dorin Habert a profité des championnats de France organisés à Méribel pour faire un bilan d'une saison incroyable, conclue à la deuxième place du classement général de la Coupe du monde.

Marie Dorin Habert, si on prend un peu de recul, est-ce que vous vous attendiez à vivre une telle saison ?
C’est vrai que je ne m’attendais pas à faire une saison aussi pleine. Je m’attendais quand même à faire des podiums en Coupe du monde, je l’espérais en tout cas, c’était un peu l’objectif. J’espérais aussi faire une médaille aux championnats du monde en individuel et en relais. Après, de là à en rafler une par course et à finir deuxième du classement général de la Coupe du monde, c’est quelque chose d’extra. Je suis vraiment très contente de la saison.

Est-ce, pour vous, l’année de la confirmation ?
Oui. Pour l’instant, je n’arrête pas de progresser, de monter un peu. Je pense qu’à un moment, il va falloir s’attendre à redescendre. En tout cas, c’est vrai que depuis mon retour en Coupe du monde après la naissance de ma fille, ça ne fait que monter et c’est super.

Il semblerait que tout cela vous étonne ?
Ça m’étonne un petit peu parce qu’on s’entraîne depuis des années et des années, on ne change pas énormément de choses non plus dans l’entraînement, dans la manière de s’entrainer et on a l’impression que ça se met à payer d’un coup, d’avoir la chance que le corps se mettre à réagir d’un coup. Je ne sais pas comment l’expliquer mais je suis très contente de le constater.

Après la naissance de votre fille, il y avait beaucoup d’inconnues...
C’est un petit peu du quitte ou double. Après, il faut dire que ma carrière aurait été belle si elle s’était arrêtée en 2014 mais elle est, là, largement mieux. Je n’ai plus vraiment d’angoisse vis-à-vis des courses maintenant. C’est que du bonus.

C’est peut-être ça la différence, d’avoir moins de pression ?
Peut-être, même si on s’en met tout le temps, en début de saison parce qu’on s’est entraîné, qu’on a envie de bien faire et tout ça. Mais c’est vrai que depuis le début des Mondiaux, du moment que j’ai fait le sprint, tout déroule.

Pas de regrets à finir deuxième au général

Qu’est-ce que vois permet de progresser ?
J’aime beaucoup m’entraîner, j’aime bien le sport en lui-même pour le faire. Je suis une compétitrice donc j’aime beaucoup gagner, j’aime bien me dépasser. Ce serait plus l’accomplissement personnel, essayer de progresser tout le temps et voir que ça paie. On a de la chance, quand on est sportif de haut niveau, car on a tout de suite un résultat quand on veut se confronter. C’est un métier qui est assez sympa, on est son propre patron.

Vous finissez à une cinquantaine de points de Gabriela Soukalova au classement général de la Coupe du monde. C’est une saison exceptionnelle mais n’avez-vous pas une petite déception par rapport à ça ?
Je n’ai pas de déception mais si je devais en avoir une, c’est de ne pas avoir réussi à être relâchée au niveau du tir en tout début de saison. Mais je ne peux pas refaire la saison avec ce qu’il s’est passé aux Mondiaux. C’était vraiment extraordinaire, je ne pensais pas pouvoir faire mieux que l’an passé et, en fait, si. Gabriela Soukalova a été très forte tout au long de la saison, elle est sortie une seule fois des dix premières en Coupe du monde et c’était une onzième place, ce n’est pas comme si c’était une course horrible. Elle a été très solide, avec un pourcentage de réussite au tir incroyable. Elle est aussi bien en ski. C’est une fille super sympa. Je n’ai pas de regrets, j’aurais signé sans hésitation si on m’avait donné les résultats de la saison.

Est-ce que vous avez conscience que Martin Fourcade et vous, vous devenez les têtes d’affiche de l’équipe de France cette année et vous poussez le collectif vers le haut ?
Je pense que Martin a conscience de ça depuis des années. Depuis le départ de Marie-Laure Brunet, je suis devenue le leader de l’équipe de France avec Anaïs Bescond qui avait pris le relais pendant les Jeux Olympiques de Sotchi et qui n’était pas passée loin d’une médaille. Maintenant, je suis la plus vieille de l’équipe donc j’assume ce statut. Ce n’est pas nouveau, c’est depuis l’an dernier que j’ai acquis ce statut de leader de l’équipe de France féminine. J’espère arriver à transmettre aux jeunes l’envie de se dépasser.

Quid de l’année prochaine ?
Je dois avouer que je n’y ai pas encore pensé parce que j’ai encore du mal à réaliser toute la saison. Il s’est passé tellement de choses et on n’a pas toujours pas coupé, je ne suis pas encore rentrée chez moi. Donc je n’ai pas eu le temps de digérer toute la saison. Je pense que je m’en rendrai compte petit à petit, quand j’aurai repris mes marques chez moi, passé du temps en famille parce que ça me manque un peu. Pour l’an prochain, je ne sais pas. On a commencé à regarder les dates de stage et je commence à m’organiser pour la garde de ma fille, pour tout ça. Avec mon mari (l’ancien biathlète Loïs Habert, ndlr), on essaye de trouver des arrangements. Je n’ai pas encore pensé aux résultats, je ne pense qu’à la logistique pour le moment. Il va falloir bien se reposer avant d’attaquer une autre saison.

Il y a aussi le retour annoncé de Darya Domracheva...
Elle sera sans doute là et c’est tant mieux ! Plus il y a de personnes fortes, plus les victoires sont belles.

Pas une star du sport français

Avec la médiatisation plus importante du biathlon, est-ce que vous pensez faire partie des stars du sport français, avec Martin Fourcade ?
Non, je ne pense pas faire partie des stars du sport français (rires). Pour Martin, c’est le cas mais ça fait déjà plusieurs années. On ne peut pas comparer, il domine la discipline depuis quand même cinq ans, voire plus. Je pense que le fait de passer sur une chaîne de télévision gratuite, ça a amené beaucoup de personnes à regarder le biathlon qui, je pense, est quand même un sport télégénique.

Peut-être que le mot star est exagéré mais les six médailles aux championnats du monde ont sans doute marqué les gens ?
Peut-être ! Après, le sport de haut niveau est quelque chose de très éphémère, on est le sportif d’un jour, d’un championnat, et l’année d’après, c’est remis en question et tant mieux comme ça, ça fait plus de place pour les autres. C’est ça qui est bien aussi car si on devait se coltiner le palmarès des anciens sportifs et que ça pèse sur les disciplines, ça serait pénible.

Vous avez dit que le biathlon était plus une passion qu’un métier pour vous...
Ce qui est amusant, c’est que c’est un mélange des deux. A la base, devenir championne olympique ou championne du monde n’a jamais été un de mes rêves, surtout de biathlon. C’est un sport que j’ai appris à aimer parce qu’il est assez complet, c’est une discipline où les gens sont très ouverts, assez abordables. J’aime l’effort, avoir le goût du sport, de l’effort, c’est obligé quand on veut faire du biathlon ou du ski de fond car, derrière, il y a de grosses doses d’entraînement qu’il faut avoir envie de faire sinon je pense que ça ne peut pas marcher. Il y a le tir qui a une touche un peu ludique et qui permet de jouer sur deux disciplines. Au début, ce qui me plaisait beaucoup, c’est que ce n’est pas la personne qui sera le plus en forme sur les skis qui pourra gagner une course ou la personne qui sera la meilleure au tir qui peut gagner une course. C’est vraiment un alliage des deux et je trouve que ça donne beaucoup de piquant à la discipline. C’est un plaisir de faire certaines courses, de trembler en arrivant au dernier tir parce que, des fois, je me liquéfie complètement. C’est ça qui me plait vraiment dans la compétition. Ça reste un métier, surtout depuis que je suis vraiment en famille avec une petite. C’est dur de partir, je pense que c’est ça qui me fera arrêter le ski car on part très souvent et même si je la trimballe beaucoup, il y a toujours des moments où on part plus d’une semaine et, ça, ça devient vraiment lourd. Ça devient aussi lourd de partir pour les stages d’été donc je négocie avec le staff pour faire la moitié des stages pour passer plus de temps en famille. Je le prends plus comme un métier maintenant parce qu’il y a des concessions et des sacrifices derrière.

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