Mariano Rajoy veut former un cabinet, appelle au dialogue

le , mis à jour à 21:51
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RAJOY SE DIT MANDATÉ POUR RESTER AU POUVOIR EN ESPAGNE
RAJOY SE DIT MANDATÉ POUR RESTER AU POUVOIR EN ESPAGNE

par Julien Toyer et Adrian Croft

MADRID (Reuters) - Le président du gouvernement espagnol sortant, le conservateur Mariano Rajoy, a réaffirmé lundi soir qu'il allait tenter de former un nouveau cabinet, fort, selon lui, du mandat démocratique clair des élections législatives de dimanche où le Parti populaire (PP) est arrivé en tête, mais loin de la majorité parlementaire.

Il a estimé que plusieurs autres formations politiques partageaient avec le PP certaines idées et a lancé un appel au dialogue, estimant qu'il importait que le prochain gouvernement soit stable.

"Le Parti populaire estime qu'il a la responsabilité et un mandat pour entamer le dialogue et explorer la faisabilité d'un gouvernement stable qui puisse procurer une garantie nécessaire, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Espagne", a dit Mariano Rajoy lors d'une conférence de presse, à l'issue d'une réunion de la direction du PP.

Le PP a obtenu dimanche près de 29% des voix, ce qui se traduit par 123 députés sur 350 à la chambre basse du parlement. Il est ainsi loin de la majorité absolue et devra composer avec une ou plusieurs formations pour se maintenir au pouvoir.

Si l'on s'en tient aux dernières déclarations du dirigeant de Ciudadanos Albert Rivera, l'appui recherché par Marinao Rajoy ne viendra pas de cette formation de centre droit récemment apparue sur la scène politique, qui a obtenu autour de 14% des voix dimanche, soit 40 sièges de députés. Albert Rivera a redit lundi soir que son parti campait sur ses positions : être dans l'opposition, ne pas faire partie du gouvernement.

Les deux grandes formations de gauche, les socialistes du PSOE et Podemos (gauche anti-austérité) ont exclu de soutenir un gouvernement dirigé par le PP, ce qui complique sensiblement la tâche de Mariano Rajoy pour bâtir une coalition et rester ainsi au pouvoir.

L'Espagne semble donc promise à plusieurs semaines de tractations politiques. Cette incertitude sur la future orientation économique du pays, toujours confronté à un chômage de masse après des années de récession, inquiète les investisseurs. La Bourse de Madrid a clôturé lundi sur une forte baisse de 3,6%.

NOUVELLE CONSTITUTION

"Nous entrons dans une période qui ne sera pas facile", a reconnu Mariano Rajoy devant ses partisans réunis au siège du PP dans le centre de Madrid. "Il va être nécessaire de conclure des pactes et des accords et je vais m'y employer."

Albert Rivera a exhorté lundi le PSOE à soutenir au cas par cas un gouvernement minoritaire dirigé par le PP. "L'Espagne ne peut pas se permettre de devenir la Grèce. L'Espagne ne peut pas devenir un pays chaotique", a-t-il dit à la chaîne de télévision Telecinco.

Sous la direction de Pedro Sanchez, le PSOE, qui compte 90 élus, a prévenu qu'il ne formerait pas de grande coalition avec le PP. "L'Espagne a voté pour le changement. C'est désormais au PP d'essayer de former un gouvernement (...) mais les socialistes voteront 'non' à Rajoy et au PP", a déclaré à la presse un dirigeant socialiste, Cesar Luena.

La performance de Podemos, troisième des élections et crédité de 69 élus, rééquilibre l'échiquier politique espagnol vers la gauche mais une possible coalition formée du PSOE, de Podemos et de trois autres formations ne contrôlerait que 172 sièges. Une telle alliance serait en outre difficile à former étant donné les divergences de vues économiques et institutionnelles, notamment sur le degré d'autonomie de la Catalogne, entre ces différents partis.

Pablo Iglesias, le secrétaire général de Podemos, a clairement affiché lundi son objectif : "Afin qu'aucun doute ne subsiste (...), Podemos ne permettra pas un gouvernement PP ni activement ni passivement." Il a ajouté que la priorité de son mouvement était de doter le pays d'une nouvelle constitution.

La Constitution espagnole ne fixe pas de date butoir à la formation d'un gouvernement mais certains analystes évoquent déjà l'hypothèse d'un retour devant les électeurs pour sortir de l'impasse en vue.

(Avec la rédaction de Madrid, Bertrand Boucey et Eric Faye pour le service français)

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