Mariano Rajoy reconnaît une erreur sur l'ex-trésorier du PP

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MARIANO RAJOY S?EXPLIQUE DEVANT LE PARLEMENT
MARIANO RAJOY S?EXPLIQUE DEVANT LE PARLEMENT

par Andrés González

MADRID (Reuters) - Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a reconnu jeudi avoir fait l'erreur d'avoir accordé sa confiance à l'ex-trésorier de son parti, au coeur d'un scandale de corruption, tout en niant que lui et son parti aient pu bénéficier d'un financement illégal.

Mariano Rajoy s'est exprimé devant les représentants de la chambre basse du parlement, qui l'interrogeaient sur sa responsabilité dans l'affaire Luis Barcenas, l'ancien trésorier du Parti populaire accusé d'avoir détourné 48 millions d'euros et incarcéré dans l'attente de son procès.

"Je peux le résumer en deux mots. J'ai fait une erreur. Je suis désolé, mais c'est comme ça que ça s'est passé. Je me suis trompé en faisant confiance à une personne dont nous savons maintenant qu'elle ne le méritait pas", a-t-il déclaré.

C'est la première fois que le chef du gouvernement espagnol reconnaît une erreur depuis que l'existence de comptes en Suisse ouverts par l'ancien trésorier a été révélée en janvier.

"Je me suis trompé en faisant confiance à la mauvaise personne. Je n'ai pas couvert une personne coupable. Il m'a trompé mais c'était facile parce que je ne suis pas prompt à condamner les gens", a-t-il ajouté, assurant avoir déclaré l'ensemble de ses revenus aux autorités fiscales.

Luis Barcenas, 55 ans, ancien argentier du PP est accusé de corruption, blanchiment d'argent, évasion fiscale et d'autres infractions.

Il a reconnu devant la justice avoir collecté des millions d'euros de dons en espèces auprès de magnats du secteur de la construction, les avoir placés sur des comptes bancaires en Suisse et avoir distribué de l'argent à des représentants de son parti, dont Mariano Rajoy.

Le président du gouvernement a estimé jeudi que les accusations qui le visaient, lui et son parti, étaient erronées, et que les versements faits aux salariés du PP étaient enregistrés sur ses comptes officiels.

"COLLECTION DE MENSONGES"

Il a tenté de détourner les critiques sur son refus de s'exprimer plus tôt devant le parlement en soulignant: "Nous faisons face à une collection surprenante et imaginative de mensonges, ainsi que le temps et la justice le montreront."

Mariano Rajoy a également souligné que son gouvernement poursuivrait son programme de réformes économiques et qu'il renforcerait les lois anti-corruption et les règles d'attribution des marchés publics. Il a réitéré qu'il excluait de démissionner comme l'ont réclamé les leaders de l'opposition et d'autres partis.

Les députés cherchent à savoir pour quelle raison le chef du gouvernement et son parti ont conservé des liens étroits avec Luis Barcenas après que ce dernier a été accusé de corruption en 2009, après une enquête judiciaire.

Luis Barcenas a quitté le Parti populaire en 2009 mais le PP a réglé ses frais de défense et a continué à lui verser un salaire mensuel important en guise d'indemnités de départ.

Mariano Rajoy a déjà reconnu avoir continué à échanger des messages téléphoniques avec lui jusqu'au début de l'année 2013.

"Aucun autre leader d'une démocratie européenne sérieuse n'aurait continué d'échanger des messages téléphoniques que vous trouvez parfaitement acceptables. Pouvez-vous imaginer (la chancelière allemande Angela) Merkel envoyant des messages téléphoniques à un évadé fiscal pour lui dire sois fort ?", s'est interrogé le numéro un du Parti socialiste (PSOE), Alfredo Perez Rubalcaba.

Rajoy a cédé mi-juillet aux pressions de l'opposition socialiste, qui a menacé de déposer une motion de censure s'il ne s'exprimait pas devant les députés au sujet de cette affaire.

Selon les sondages, les Espagnols pensent que la corruption est le plus grave problème du pays, derrière le chômage.

Dans un sondage Metroscopia publié dimanche, 89% des 1.000 électeurs interrogés pensent que les réponses du chef du gouvernement ne permettront pas de lever le voile sur ce qui s'est réellement passé.

Hélène Duvigneau et Clémence Apetogbor pour le service français, édité par Eric Faye

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