Marchés : « Vendre fin avril pour acheter fin octobre » (Cercle des analystes indépendants)

le , mis à jour à 13:50
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''Le phénomène haussier nous semble peu durable en termes techniques'' affirme Eric Galiègue en référence au rebond des indices boursiers enregistré depuis le 11 février.
''Le phénomène haussier nous semble peu durable en termes techniques'' affirme Eric Galiègue en référence au rebond des indices boursiers enregistré depuis le 11 février.

Les indices boursiers suivent toujours les variations du pétrole, aussi bien à la hausse qu’à la baisse. Cette corrélation, peu logique de prime abord, a pourtant plusieurs raisons d’être, explique Eric Galiègue, qui reste très prudent dans ses prévisions boursières pour les six prochains mois.

Le cours du pétrole est devenu la variable la plus suivie par les marchés financiers. Effectivement, le taux de corrélation calculé en niveau entre les cours du Brent et du CAC 40, est de 80% depuis un an.

La corrélation entre les variations du pétrole et celles du CAC40 est de 80%. Source : Factset et Valquant.
La corrélation entre les variations du pétrole et celles du CAC40 est de 80%. Source : Factset et Valquant.

Le sort du CAC semble lié à celui de l’Or Noir. Cependant, la relation n’a pas le sens qu’on imagine habituellement. En effet, la chute des cours du pétrole est normalement synonyme de croissance additionnelle pour les pays importateurs, via la consommation (le budget économisé sur le plein d’essence permet de plus remplir le caddie). Elle devrait donc être inversement corrélée avec le cours des actions.

En fait, les choses ne sont pas si simples. Le pétrole est au cœur du scénario de marché, et le niveau comme les variations de son prix déterminent de nombreuses relations dont l’effet net explique la corrélation actuellement observée avec le cours des actions.

Dans la sphère réelle, le niveau actuel (37 dollars/baril) est certes en forte hausse depuis les plus bas de 26 dollars,  mais il  reste insuffisant pour éloigner le spectre d’une crise économique majeure dans certains pays producteurs et dans de nombreuses entreprises du secteur pétrolier.

Par ailleurs, le maintien du niveau actuel des prix condamnerait  les investissements importants déjà réalisés dans les énergies alternatives et renouvelables, et surtout ne permettrait pas d’en engager d’autres. Schématiquement, il faut retenir que le cours du pétrole doit impérativement poursuivre sa remontée, jusque 50 dollars au moins.  Il est donc absolument nécessaire que les producteurs réduisent leurs pompages, ne serait-ce que pour 6 mois. Cela semble actuellement impossible,  pour des raisons avant tout politiques.

Dans la sphère financière, la dynamique des prix de l’Or noir est corrélée avec celle du dollar. Lorsque l’euro remonte (contre le dollar qui donc se déprécie), le cours du pétrole remonte aussi. C’est que l’on a observé au cours des dernières semaines : la baisse du dollar (hausse de l’euro) a été  associée au rebond des cours de l’or noir.

A très long terme, la corrélation est également forte entre les prix du baril et la force du dollar face
A très long terme, la corrélation est également forte entre les prix du baril et la force du dollar face aux autres monnaies. Dollar fort, pétrole faible, et inversement. Source : Factset et Valquant.

Cette relation est purement financière et est en partie liée aux opérations de « carry trade » et au cycle de l’aversion au risque en général.  La politique monétaire américaine de taux très bas a incité les opérateurs de marché à emprunter des dollars pour pouvoir acheter toutes sortes d’actifs financiers : il peut s’agir de monnaies à taux plus élevés (carry trade « classique »), mais aussi  d’actions, notamment de pays émergents, ou de matières premières, au premier rang desquelles le pétrole.

L’argent « facile et pas cher » permet ainsi des montages spéculatifs que seule une période de fort appétit pour le risque peut justifier. Ainsi, la baisse du dollar, devenue devise de financement dans les opérations de carry trade spéculatif, est liée à ces montages : le dollar est vendu après avoir été emprunté, pour acheter du pétrole, des actions ou tout autre actif.

Comme les motivations financières l’emportent très largement sur les motivations économiques, on comprend pourquoi la baisse du dollar est associée à la hausse du cours des actifs financiers ou réels, comme le pétrole. Ce régime de comportement peut évoluer, mais il est actuellement solidement installé dans les marchés.

La modification de la posture de Mme Yellen, deux mois après la première hausse des taux depuis près de 10 ans, et les anticipations nouvelles de hausse très modérée des taux Outre Atlantique, ont relancé ce type d’opérations spéculatives, qui ont contribué à la reprise  des cours du pétrole, mais aussi des cours des actions brésiliennes (+30 % en un mois !) ou russes.

Le rebond des cours des actions ne devrait plus durer très longtemps. Le phénomène haussier nous semble peu durable en termes techniques : les volumes de transactions sont limités dans les hausses, et plus élevés dans les phases baissières. Le cours de l’indice CAC 40 est revenu sous sa moyenne mobile 3 mois. La saisonnalité des marchés va bientôt s’inverser : vendre fin avril pour acheter fin octobre et une des stratégies naïves les plus rentables à long terme…

Eric Galiègue

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • 23425c le mardi 12 avr 2016 à 10:01

    Vendre fin avril avant la distribution des dividendes ? Pas pour moi car j'ai acheté des valeurs de rendement et je vise les dividendes.

  • solo92 le mardi 12 avr 2016 à 08:25

    Se fier a son instinct et a ses convictionsLe Reste c'est du bla bla...

  • skiper22 le samedi 9 avr 2016 à 11:22

    Ca fait des mois qu'il est vendeur. Maintenant il dit qu'il faut vendre fin avril. Pas très cohérent.

  • guinard8 le vendredi 8 avr 2016 à 18:10

    Personnellement, je trouve l'analyse d'Eric Galiègue très intéressante. L'avenir dira s'il a eu raison. Mais ne confondez pas : sell in May" avec vendre fin avril : la nuance est de taille. Et j'ai été parfois sidérée de voir dans des forums sur Bourso que certains étaient prèts à acheter en avril, alors que pour moi, tout a déjà monté en avril donc tout est trop cher.

  • paspil le vendredi 8 avr 2016 à 15:56

    j ai deja vendu , je prefere avant le T1 aux USA , la baisse des benefices devrait etre sensible ...

  • Raf07Ard le vendredi 8 avr 2016 à 14:22

    sell in may and go away ... pour la rime !

  • fquiroga le vendredi 8 avr 2016 à 14:17

    acheter a bas prix, et vendre à la hausse........ou comment decouvrir l'eau chaude en se piss.ant sur les doigts....

  • cresus57 le vendredi 8 avr 2016 à 14:15

    "in may sell and go away !" Super original.

  • gerlaud le vendredi 8 avr 2016 à 12:25

    on vends tous et on achetent tous en m^me temps facile la bourse

  • nanard83 le vendredi 8 avr 2016 à 12:24

    Le meilleur indicateur , c'est l'évolution des dividendes !!Signe imparable de la santé des entreprises