Marchés : "une chute dramatique nous semble très peu probable" (Myria AM)

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Pierre Bismuth, directeur général et responsable des gestions chez Myria AM.
Pierre Bismuth, directeur général et responsable des gestions chez Myria AM.

Alors que les marchés restent toujours aussi volatils sur fond d'incertitudes économiques, nous nous entretenons cette semaine avec Pierre Bismuth, directeur général et responsable des gestions chez Myria AM, pour revenir sur les principaux sujets de préoccupation des opérateurs.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots Myria AM, ainsi que votre cible d’investissement ?

Pierre Bismuth : Myria AM est une société de gestion, filiale du Groupe UFF, qui a pour vocation d’offrir à ses clients des solutions financières en architecture ouverte sélective, via des OPCVM gérés en multigestion ou dont la gestion est déléguée à des experts sur leurs classes d’actifs.

L’équipe de gestion se compose de quatre analystes / gérants, et notre gamme de fonds de fonds (670 M€ répartis sur 8 stratégies) est constituée de portefeuilles diversifiés dans lesquels nous combinons nos vues en terme d’allocation d’actifs et la sélection des meilleurs experts dans chacune de ces classes d’actifs et d’un fonds d’actions internationales de tendances séculaires.

Sur les marchés, on s'interroge ces temps-ci sur l'économie allemande. Avant le mauvais indice ZEW d'aujourd'hui, la production industrielle s’est contractée en août et les exportations allemandes ont également déçu récemment. Est-ce un vrai sujet de préoccupation, ou faut-il relativiser ces éléments ?

P. B. : Très clairement, tout ce qui va dans le sens d’une moindre croissance mondiale est préoccupant. Pour ce qui est des exportations allemandes, nous pouvons dire qu’un point ne fait pas une inversion de tendance. D’ailleurs, quand on regarde la série de données, on s’aperçoit que les exportations sont à un très haut niveau moyen sur l’année 2015. Néanmoins, ce sont des éléments qui sont maintenant derrière nous et seul compte l’avenir pour les marchés financiers.

A ce propos, il est incontournable de regarder les dynamiques de la croissance mondiale. Or, de nombreux éléments convergent vers un atterrissage plus ou moins dur et ce, depuis plusieurs mois : la forte baisse du prix de pétrole, la chute des devises émergentes, la dévaluation du Yuan, l’absence de remontée des taux américains, et les révisions à la baisse successives des prévisions du FMI. Enfin, outre le PIB officiel publié par les autorités chinoises, certains gérants regardent avec attention un indice de croissance économique chinois défini par un ancien premier ministre, Li Ke Qiang, et constitué par la moyenne pondérée de la croissance des prêts bancaires (40%), de la production électrique (40%) et du transport ferroviaire de marchandises (20%). La dernière publication de cet indice fait ressortir une croissance chinoise à 3%, bien plus bas que les 7% que le gouvernement annonce, ce qui est évidemment un sujet de préoccupation.

Dans un autre domaine, on s'interroge plus que jamais sur l’efficacité du « quantitative easing » de la BCE. L’inflation ne revient pas en Europe, la croissance reste molle, et les marchés européens ne sont pas à l’abri de turbulences. Posons la question franchement : le « QE » est-il inefficace ?

P. B. : C’est la question de la décennie ! Voici comment je vois le QE : c’est un impôt négatif en premier lieu. En effet, plutôt que de ponctionner les ménages et les entreprises pour financer un déficit public nécessairement énorme en temps de récession, la Banque centrale devient l’outil de la relance économique à travers l’abondance des liquidités offertes aux acteurs économiques. La pression exercée sur le marché obligataire fait que les taux d’intérêt restent bas (c’est ce qu’on appelle la répression financière), ce qui permet de mettre en place une politique fiscale plutôt laxiste, sans faire remonter les coûts de financement. Cette répression financière incite les agents économiques à emprunter, compte tenu des conditions de crédit très attractives, à investir dans des projets à plus fort rendement, ou à dépenser, plutôt que d’épargner. Vu par ce prisme, il est clair que le QE des Etats-Unis est une réussite, mais qui a mis plus de 5 ans à le devenir.

Dès lors, il est illusoire d’espérer que la mise en place d’un QE très tardif en zone Euro ait des répercussions immédiates sur la croissance et l’inflation, d’autant plus que les prix de l’énergie et le ralentissement économique mondial ne favorisent pas le redressement des anticipations d’inflation. Et en l’absence d’inflation, il est difficile d’envisager un emballement économique. Néanmoins, on peut reconnaître que l’annonce du 22 janvier 2015 consécutive à un changement de discours historique de la BCE a eu un impact très important sur les marchés européens : les chutes dramatiques des années 2008 et 2011 nous semblent très peu probables dans un contexte de QE, et les retracements boursiers sont beaucoup plus mesurés qu’il y a 4 ou 7 ans.

Plusieurs analyses récentes affirment tout de même que les marchés boursiers sont entrés dans un cycle baissier, qui pourrait perdurer en 2016. Qu’en pensez-vous ?

P. B. : C’est une question difficile car les cycles haussiers et baissiers sont de plus en plus courts. En effet, 2013 et dans une moindre mesure 2014 ont été  des années de rallye boursier sur les principaux marchés (USA, Europe, Japon) alors que les pays émergents faisaient du surplace. 2015 est, jusqu’à aujourd’hui, une année plus contrastée entre les marchés : La Chine voit ses bourses afficher des performances incohérentes (le CSI 300 étant en baisse alors que le Shenzhen composite progresse de plus de 25%), l’Europe et le Japon continue de progresser alors que les Etats-Unis font du surplace.

A notre sens, ces mouvements trouvent leur explication du coté obligataire, souverains et crédit. D’une part, la remontée des taux d’intérêt américains, qui ne s’est pas produite depuis 9 ans, est plus une question de mois que d’années désormais, et d’autre part, les risques sur différents secteurs de l’économie mondiale sont parfois en très forte hausse. On peut citer l’automobile avec l’affaire Volkswagen, l’acier avec le ralentissement chinois et l’impact sur Arcelor Mittal, l’industrie pétrolière, même si le secteur rebondit par rapport à ses plus bas. Alors que les primes de risques étaient minimales en ce début d’année, on redécouvre que des sociétés de premier plan peuvent connaître des difficultés très importantes et que le risque doit être correctement rémunéré. En résumé, hausse des taux d’une banque centrale de premier plan et augmentation du risque de crédit constituent un changement de régime sur les marchés et il est par conséquent naturel que cela n’aille pas sans heurt et donc sans volatilité.

Dans ce cadre, quelle est votre stratégie d’investissement ? Quelles sont les valeurs dans lesquelles vous croyez particulièrement pour les mois à venir ?

P. B. : A l’heure actuelle, et compte tenu des risques sur les marchés, nous avons préféré adopter un biais neutre sur nos portefeuilles. Notre pondération actions est globalement proche des indices de référence de nos différents fonds. Du point de vue de l’allocation géographique, nous privilégions toujours les actions européennes  (AVIVA Euro Valeur, Moneta MultiCaps, Roche Brune Europe Actions) aussi bien parce que c’est la zone prépondérante de nos indices de référence mais également car c’est là qu’il y a une grande visibilité, notamment grâce à la BCE.

Au sein des fonds d’investissement que nous  préférons, la thématique des petites et moyennes capitalisations (Pioneer European Potential, Mandarine Unique, Gallica) est largement représentée dans nos portefeuilles, car ce sont elles qui vont tirer parti du redressement même timide de l’économie domestique européenne. Sur la partie obligataire, la reconstitution des primes de risques nous conduit à nous intéresser à nouveau au crédit de catégorie "investment grade" [peu risqué] ou à haut rendement [plus risqué], de part et d’autre de l’Atlantique.

Enfin, concernant nos choix d’actions, notre préférence va aux titres d'entreprises offrant une forte visibilité sur leur activité et sur leurs marges comme LVMH dans le luxe, Daimler dans l’automobile ou Sanofi dans la santé.

Propos recueillis par Xavier Bargue

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