Marchés : « Mais où sont les bénéfices ? » (Cercle des analystes indépendants)

le
18

« Mais où sont les bénéfices ? » (Eric Galiègue)
« Mais où sont les bénéfices ? » (Eric Galiègue)

Les marchés ont enregistré un rebond notable au cours des deux dernières semaines. Pour Eric Galiègue, président du Cercle des analystes indépendants, le tassement des bénéfices d’entreprises aux Etats-Unis reste néanmoins un sujet de préoccupation majeur.

La déception sur les bénéfices devient très importante, voire majeure. Elle alimente le marché baissier, et en est en bonne partie la cause. Elle  trouve ses origines dans les révisions en baisse des perspectives économiques des deux côtés de l’Atlantique, et, finalement, partout dans le Monde.  Le risque récessif augmente, et incite les analystes à réviser en baisse leurs anticipations de bénéfices.

Aux Etats-Unis, le rythme d’accroissement des bénéfices publiés a été très correct au cours des dernières années. Le niveau de l’avant-crise a été dépassé dès 2011, et aujourd’hui, le niveau des bénéfices est plus de 33% supérieur au plus haut de 2007. Mais, depuis plus d’un an déjà, nous avons souligné une tendance aux révisions en baisse des anticipations de bénéfices outre-Atlantique. Il est aujourd’hui patent : le niveau des bénéfices est le même aujourd’hui, qu‘il y a 2 ans.

S&P 500 : cours, bénéfices anticipés et publiés. Source : Factset et Valquant.
S&P 500 : cours, bénéfices anticipés et publiés. Source : Factset et Valquant.

En Europe, le retard des bénéfices relativement aux entreprises américaines est très important. Les bénéfices anticipés actuellement sont encore 33% inférieurs à leur niveau de 2007, avant la crise.

Surtout, les déceptions depuis 2012 ont amené les analystes à réduire à néant toute la croissance anticipée précédemment. Au total, le bénéfice publié de l’Eurostoxx n’a pas varié depuis 4 ans, alors que l’indice boursier, malgré la correction récente, montre une performance très positive.

Eurostoxx : évolution des cours, des bénéfices anticipés et réalisés. Source : Fact
Eurostoxx : évolution des cours, des bénéfices anticipés et réalisés. Source : Factset et Valquant.

Il apparait ainsi que le moteur des bénéfices, qui devait prendre le relai du moteur monétaire, est en train de s’éteindre. L’indice prospectif de bénéfices baisse, et ne peut évidemment pas venir soutenir les cours de Bourse.

Eurostoxx : évolution des cours et du bénéfice par action prospectif. Source : Factset et Valquant.
Eurostoxx : évolution des cours et du bénéfice par action prospectif. Source : Factset et Valquant.

Quels éléments peuvent désormais soutenir le cours des actions ?

Tout d’abord, une baisse des taux n’aurait évidemment plus aucun impact, puisque les taux sont quasiment nuls. Le taux de l’OAT 10 ans a touché 0,5 % cette semaine, le Bund allemand vaut 0,13% !

Des annonces de nouveaux Quantitative Easing seraient probablement  contre-productives. Elles apparaitraient comme autant d’aveux d’échec, et auraient pour effet d’augmenter l’inquiétude des investisseurs sur la situation économique. Il faut bien admettre que les mesures monétaires non conventionnelles n’ont pas réussi à relancer la croissance, ou d’une manière très limitée.

Une accélération baissière de l’euro semble peu probable, dans la mesure où la Fed est en train de préparer le marché à un changement complet de politique monétaire : le cycle de hausse des taux aura  été le plus court de toute l’histoire monétaire  des USA… donc il est probable que le dollar ne va pas flamber, puisque les anticipations de hausse de taux se retournent complétement.

Enfin, un retour massif et rapide de « l’appétit pour le risque » semble lui aussi très improbable, puisque le ralentissement économique, au contraire, augmente  le risque de défaut des entreprises, et l’aversion pour le risque.

La poursuite du marché baissier nous semble donc inéluctable, et, au terme d’une hausse de 10% sur les plus bas du jeudi 11 février, nous considérons que les perspectives restent négatives. Il faut vendre les rebonds tant que le cycle baissier n’aura pas été à son terme.

Eric Galiègue

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • guerber3 il y a 12 mois

    La concurrence mondiale incontrôlable tire tout vers le bas : les prix de vente, les prix de revient, les salaires, les effectifs, les bénéfices et fabrique des canards boiteux qui luttent pour leur survie avec des emprunts à taux" 0 "...mais c' est trop tard...!

  • stricot il y a 12 mois

    Il y a des gens (comme cbocahut plus bas) qui melangent benefices et dividendes... Les dividendes n'ont rien a voir avec les benefices de l'entreprise, en fait on peut soit distribuer tous les benefices de l'annee precedente sous forme de dividendes, soit ne rien distribuer et tout passer en equity reserves... Ca ne fait aucune difference sur le graphique, sauf que les benefices non distribues peuvent etre reinvestis pour de meilleurs resultats futurs.

  • ccavanag il y a 12 mois

    Une bonne partie des bénéfices annuels restent dans les entreprises et cette accumulation peut justifier une hausse du marché au fil du tempsTraiter les bénéfices comme un flux qui disparaîtrait complètement chaque année dans les mains des actionnaires me semble étrange.

  • 64120967 il y a 12 mois

    Réponse évidente : Dans les paradis Fiscaux car les actionnaires ne savent pas où passent les énormes bénéficesExemple IKEA ,mais ils sont bien plus nombreux

  • skiper22 il y a 12 mois

    Il y a quelques jours, les journaux indiquaient que les bénéfices des groupe du Cac 40 avaient légérement baissé en 2015 aprés une augmentaion de 33% en 2014. Elle est où l'augmentation de 2014 sur le graphe de Valquant ?

  • skiper22 il y a 12 mois

    Il est peu probable que la FED hausse les taux, il est peu probable que l'euro baisse, il est peu probable que l'appetit pour le risque revienne (avec un bund a 0.13% !). Ca fait beaucoup de choses peu probables...

  • degrowth il y a 12 mois

    L'empreinte écologique de l'américain moyen étant 7 fois trop élevée par rapport à un scénario soutenable, je trouve que faire de l'Amérique un modèle à imiter relève de la pathologie. Qui aime l'argent ne se rassasie pas d'argent. Qui aime l'abondance n'a pas de revenu.

  • isadol15 il y a 12 mois

    Pas de la sienne en tout cas.

  • M9163545 il y a 12 mois

    Oui mais de quelles entreprises parle-il. Parce que celles de l'economie numerique qui tirent la croissance, les bénéfices sont toujours en forte hausse.

  • Neova il y a 12 mois

    A force de presser le citron, y'a plus d'jus, lol