Marchés-L'obligataire fragilisé par l'allongement des maturités

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    * Les papiers longs privilégiés pour le rendement 
    * Des hausses de taux pourraient secouer des marchés 
vunérables 
    * Des institutionnels exposés à de lourdes pertes 
potentielles 
    * Les papiers longs plus sensibles à la remontée des taux 
 
    par Abhinav Ramnarayan et Simon Jessop 
    LONDRES, 8 novembre (Reuters) - Les investisseurs ont acheté 
des obligations toujours plus longues depuis la crise financière 
dans l'espoir de s'assurer un peu de rendement mais cette 
stratégie risque de se retourner contre eux si les banques 
centrales commencent à relever leur taux directeurs.  
    L'effondrement des rendements à des niveaux proches de zéro 
sous l'effet du ralentissement de la croissance, du recul de 
l'inflation et de politiques monétaires toujours plus 
accommodantes n'a laissé d'autre choix aux investisseurs que 
d'investir dans des titres de maturités toujours plus longues 
pour espérer préserver un minimum de rémunération. 
    Et les émetteurs ont été au rendez-vous, offrant des titres 
à toujours plus long terme. Une succession d'émissions 
souveraines à 30 ans puis à 50 ans a fait passer la maturité 
moyenne de l'indice mondial des emprunts gouvernementaux de JP 
Morgan de 8,5 années en 2011 à 9,8 années actuellement. 
    Une remontée des taux d'intérêt entraînerait toutefois 
mécaniquement une chute des cours des obligations et d'autant 
plus importante que leur maturité est éloignée.  
    Les dégagements pourraient alors être pires que lors de 
l'épisode dit du "taper tantrum" du printemps 2013 lorsque la 
Réserve fédérale américaine avait évoqué la possibilité d'un 
ralentissement de ses achats d'actifs, estiment des gérants 
d'actifs. 
    La Fed a clairement signalé son intention de relever ses 
taux directeurs dès le mois prochain et les autres grandes 
banques centrales, la Banque du Japon, la Banque d'Angleterre et 
même la Banque centrale européenne, sont désormais plus enclines 
à resserrer leur politique monétaire qu'à l'assouplir encore. 
    Une perspective qui fragilise le statut de valeurs refuges 
des emprunts d'Etat et qui expose les investisseurs 
institutionnels qui les utilisent massivement dans le cadre de 
leur gestion actif-passif à de très lourdes moins-values 
potentielles, si les taux se retournent effectivement.  
    "Ce sera bien pire que le taper tantrum aux Etats-Unis", 
prévient Louis Gargour, responsable des investissements du fonds 
spéculatif spécialisé sur le crédit LNG Capital.  
    "Ce mouvement avait été provoqué par l'anticipation d'une 
hausse des taux. Maintenant, la réalité s'impose, le cycle a 
changé et sur le marché les jeux sont faits. Je pense que 
l'impact sera beaucoup plus spectaculaire." 
     
    EMISSION A 70 ANS  
    Plus les titres sont longs plus leur duration, qui 
correspond à la durée nécessaire pour récupérer sa mise initiale 
grâce au flux actualisé des coupons, est élevée et donc plus le 
risque est grand.  
    La duration moyenne des portefeuilles obligataires 
internationaux atteint sept ans, un plus haut record, contre 
cinq ans en 2008, selon des données du Fonds monétaire 
international (FMI).  
    "Si notre scénario d'ensemble pour la plupart des marchés 
développés est raisonnablement optimiste et table sur une 
poursuite de la reprise économique, nous nous concentrons aussi 
sur l'éventualité d'une brusque hausse des taux d'intérêt 
comparable à celle du taper tantrum", a dit Kathleen Hughes, 
responsable des ventes aux institutionnels de Goldman Sachs 
Asset Management.  
    L'émission récente par l'Autriche d'un emprunt de deux 
milliards d'euros à 70 ans est l'un des derniers exemples en 
date de la volonté des émetteurs souverains de cristalliser des 
rendements historiquement bas sur la plus longue période 
possible.  
    La duration de cet emprunt est estimée à pas moins de 42 ans 
et ses acheteurs sont déjà confrontés à des pertes potentielles. 
    Jeroen Blokland, gérant chez Robeco, estime que la hausse de 
20 points de base du rendement intervenue peu après son émission 
s'est traduite par une perte potentielle de 8% de leur 
investissement pour ses acquéreurs.  
    Anthony Doyle, gérant chez M&G Investments, rappelle de son 
côté que les cours des obligations à duration longue tendent à 
chuter plus rapidement en cas de dégagements massifs sur le 
marché. Mais il estime que ces titres trouveraient sans doute 
des acheteurs comme des fonds de pension ou des compagnies 
d'assurance cherchant à les adosser à leurs engagements souvent 
très longs.  
     "Il est plus probable que l'essentiel de l'activité se 
concentrera sur le milieu de la courbe, donc le dix ans est 
l'échéance sur laquelle il y aura le plus de mouvements de 
cours", a-t-il ajouté.  
    Pour Seamus Mac Gorain, gérant chez JP Morgan Asset 
Management, la Banque centrale européenne devrait toutefois 
continuer ses achats de titres pendant plusieurs mois même si 
elle en ralentira le rythme. 
    "Aussi les rendements devraient rester sous pression à court 
terme, une hausse des rendements sera finalement une opportunité 
d'achat pour les investisseurs", estime-t-il.  
    
 
 (avec John Geddie, Marc Joanny pour le service français, édité 
par Wilfrid Exbrayat) 
 
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