Marché: le Brexit, un risque multiple et sous-évalué.

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(CercleFinance.com) - Ce matin à Paris, Christophe Donay, stratège de la banque privée suisse Pictet & Cie, a présenté son traditionnel point semestriel portant sur la conjoncture et l'allocation d'actifs. Il est notamment revenu sur l'aléa politique du moment, le risque de “Brexit”, qui semble aussi lourd de conséquences que sous-évalué par les marchés financiers.

Le spécialiste de la banque genevoise, qui revendique un encours sous gestion de 484 milliards d'euros à fin mars, a d'abord brossé un tableau relativement engageant des perspectives mondiales. En train de se recentrer sur sa demande intérieure, la Chine n'inspire pas de craintes particulières. Bien qu'elle n'accélère pas, la croissance américaine se poursuit et la Fed devrait relever une fois ses taux directeurs cette année, en septembre. En Europe enfin, la reprise se confirme, tirée là encore par la demande intérieure et par l'amélioration du cycle du crédit, notamment pour les ménages. Ce qui devrait conduire à une progression du PIB sur les deux rives de l'Atlantique Nord proche de 2% cette année.

Mais attention : ces prévisions sont assorties de réserves politiques majeures. Sur le Vieux Continent, il s'agit du risque de Brexit, c'est-à-dire l'éventuelle sortie de l'Union européenne (UE) du Royaume-Uni, deuxième économie de la zone après l'Allemagne, qui pourrait découler de l'imprévisible référendum qui se déroulera outre-Manche le 23 juin prochain.

En effet, ce n'est pas seulement un risque, mais une cascade d'aléas qui découle de ce scrutin. Tout d'abord, il n'est pas certain que même si les Britanniques votaient la sortie de l'Union, le parlement de Westminster ne soit pas en mesure de revenir dessus, comme tel avait été le cas en France en 2005 après que le “non” l'ait emporté lors du référendum sur le traité constitutionnel européen.

De plus, en supposant que le “leave” l'emporte au Royaume-Uni et soit suivi d'effet, l'affaire ne serait pas entendue pour autant. Le pays aurait encore à choisir entre une sortie “à la norvégienne”, en adhérant à l'Espace économique européen (EEE), que l'on pourrait présenter comme une sorte d'UE “light” étendue à davantage de pays, comme la Norvège et l'Islande. Seconde alternative : un Brexit “à la suisse” passant, sans adhésion à l'EEE, qui passerait par la négociation d'accords commerciaux bilatéraux. Ce qui entraînerait dans tous les cas de figure une période de flou pouvant durer deux ans.

Quelles conséquences économiques ? A court terme, la sortie du Royaume-Uni risque de ramener la croissance de son PIB en nette baisse, d'environ 2% l'an à 1,2%, et celle de la zone euro de 1,8 à 1,6%. Etant donné le poids global de l'économie britannique (2% du PIB planétaire), les conséquences seraient négligeables au niveau mondial.

Mais attention : à moyen terme, les conséquences d'un Brexit sur l'économie britannique seraient, selon Pictet, deux fois plus négatives dans le cas du scénario “à la suisse” (soit une baisse d'activité de 7,5 à 8%) que dans l'hypothèse “norvégienne” (- 3,5 à - 4%). Autant dire que l'affaire est d'importance.

Quid de la prise en compte du risque de Brexit par les marchés financiers ? Selon Pictet, les investisseurs n'ont pas intégré le pire des scénarios. En effet, le “cable” (la paire de devises livre/dollar) se traite 1,42 dollar par sterling à cette heure. Or le Brexit supposerait un retour à 1,20 dollar, estime Pictet. Puis, en toute logique, une poussée inflationniste dans l'économie britannique.

Et la Bourse ? En cas de victoire du “leave”, le 23 juin, l'expert redoute une correction des l'indice boursier londonien, le FTSE 100, de l'ordre de 10 à 15%. Ce qui par effet de contagion pèserait sur les indices continentaux à hauteur de 7 à 10%, pronostique-t-il.

Au-delà du Brexit, ajoute Pictet & Cie, l'année 2016 restera placée sous le signe des incertitudes politiques. Viendront ensuite les élections générales espagnoles, puis à l'automne les présidentielles américaines, deux scrutins à risque qui devraient pousser les investisseurs à se montrer réservés. Ce qui incite les gestionnaires suisses à se montrer pondérés dans leurs allocations, tant entre actions et obligations qu'au sein de ces deux classes d'actifs.

EG

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