Marché: le Brexit, un 'Lehman politique', selon Dorval AM.

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(CercleFinance.com) - Lors d'une réunion organisée ce matin à Paris, la société de gestion Dorval Asset Management (AM), qui revendique un encours de plus de 700 millions d'euros, a livré son point de vue sur les conséquences du référendum britannique qui, vendredi, s'est soldé par le choix du “Brexit”. Certes, les incertitudes politiques se sont brutalement accrues et la conjoncture européenne, qui commençait juste à aller mieux, risque d'en être affectée. Mais les conditions financières demeurent bien plus favorables qu'en 2011. Et si les émergents et les sociétés qui y sont exposées sont mis en avant, la cote européenne n'est pas à jeter aux orties.

Certes, le résultat du référendum britannique constitue une surprise : soutenu par les sondages et la cote des bookmakers, le marché boursier tablait à l'inverse sur le “Bremain”, c'est-à-dire le choix par les Britanniques du maintien de leur pays dans l'Union européenne (UE). Le “Brexit” qui l'a finalement emporté, selon François-Xavier Chauchat, économiste chez Dorval AM, constitue un “Lehman Brothers politique”, du nom de la banque d'affaires américaine dont la chute avait précédé la crise de 2008/2009.

En effet, la sortie du pays de l'UE, si c'est bien ce qui arrive, peut se concrétiser de bien des manières différentes qui seront plus ou moins négatives pour l'ensemble de la région. En tout état de cause, le processus prendra du temps pendant lequel l'incertitude - que les opérateurs financiers craignent comme la peste - sera de mise. Et d'une manière générale, le regain du populisme sur le Vieux Continent n'est pas une bonne nouvelle.

Mais ce “Brexit” ne constitue pas, selon M. Chauchat, “un choc économique et financier immédiat”. D'ailleurs, en Bourse, convient-il d'accorder une grande importance aux revirements politiques ? M. Chauchat rappelle que les marchés tendent à sur-réagir aux revirements politiques, comme tel avait été le cas lors de l'arrivée au pouvoir en France du président socialiste François Mitterrand, en 1981. Or le plus souvent, sur les marchés, la continuité de la tendance qui prévalait avant le “choc politique” tend à l'emporter.

Reste que dans le cas présent, insiste M. Chauchat, le “Brexit” survient au moment où la conjoncture européenne repart : le rythme de sa croissance annuelle est pour l'heure voisin de 1,5%, à comparer avec un taux du même ordre, mais en négatif, trois ans plus tôt. De plus, cette dynamique est tirée par le marché intérieur du Vieux Continent, sachant que le Royaume-Uni concentre environ 10% du commerce intra-européen, qui vient d'ailleurs de retrouver son niveau de 2008 et semblait devoir aller encore plus haut. Enfin, après une phase de “renationalisation des bilans” des sociétés financières entre 2009 et 2013, la politique de la BCE porte ses fruits et l'exposition transfrontalière des banques européennes commençait juste à augmenter de nouveau. Tout cela serait-il remis en cause ?

Difficile à dire, et d'ailleurs les économistes sont divisés. Si le FMI se montre relativement confiant, estimant que le “Brexit” pénalisera surtout l'économie britannique, mais marginalement celle du continent, l'OCDE, elle, craint un impact régional plus lourd qui serait provoqué par la propagation locale des tensions financières.

Dorval AM invite de son côté à ne pas assimiler le contexte européen de l'année 2016 avec celui de 2011, lors de la rechute et du “double dip” conjoncturel. Plusieurs arguments sont avancés : tout d'abord, contrairement aux angoisses de certains analystes, l'économie chinoise se stabilise, mais ne s'effondre pas. Ensuite, l'appétit persistant du consommateur américain, moteur de la croissance des Etats-Unis, “réduit fortement le risque de récession globale”.

De plus, en Europe, le contexte budgétaire est “radicalement différent de celui des années 2011/2013” : en lieu et place des hausses d'impôts d'alors, que Dorval AM qualifie de “sadomasochisme budgétaire” et qui sont l'une des causes du “double dip”, la tendance est - globalement en Europe - à davantage de souplesse, voire de keynésianisme. Dernier élément : la politique de la BCE de Mario Draghi, ultra-accommodante, n'a rien à voir avec celle de Jean-Claude Trichet, qui avait relevé deux fois les taux directeurs en 2011.

Bref, sous les réserves d'usage étant donné que l'événement vient de se produire, Dorval AM se demande s'il ne faudrait pas considérer qu'après la correction boursière des dernières séances, le “Brexit” n'est pas sur le point d'être intégré dans les cours.

Ce qui ne signifie pas pour autant que la politique de gestion de Dorval n'est pas amendée. Auparavant, Dorval AM jouait le scénario de la “dynamo européenne”, porté par la croissance auto-alimentée et le retour de la confiance dans l'UE. Les spécialistes mettent désormais l'accent sur la prudence que commande le contexte européen.

Et les spécialistes de proposer trois autres thématiques : tout d'abord “le réflexe du grand large”, soit les marchés émergents dont les fondamentaux tendent à se stabiliser, de concert avec le secteur des matières premières qui a tant souffert depuis 2011. En Russie et au Brésil par exemple, l'inflation semble avoir dépassé son “pic”.

Ensuite, il ne faut pas fuir l'Europe dans son intégralité. Par nature domestique, le secteur de la construction semble toujours un pari valide à Dorval AM, étant donné que son redressement a à peine commencé et que les conditions financières sont bien meilleures qu'auparavant.

Rien n'interdit enfin de se montrer opportuniste : massacrées après le “Brexit”, les valeurs bancaires peuvent présenter un intérêt dans une logique “value”, d'autant que leur chute peut sembler exagérée. En effet, l'indice EuroStoxx des banques, proche de son plus bas historique, est à peine plus valorisé qu'en... 1988.

EG

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