Manuel Valls se défend d'imiter Nicolas Sarkozy sur les Roms

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MANUEL VALLS RÉFUTE TOUT PARALLÈLE AVEC NICOLAS SARKOZY SUR LES ROMS
MANUEL VALLS RÉFUTE TOUT PARALLÈLE AVEC NICOLAS SARKOZY SUR LES ROMS

PARIS (Reuters) - Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a assuré mardi que la politique menée par le gouvernement français à l'égard des Roms de Roumanie et de Bulgarie n'avait "rien à voir" avec celle menée par Nicolas Sarkozy lors du précédent quinquennat.

Plusieurs campements illicites de Roms ont été démantelés ces derniers jours en banlieue de Lyon, Lille et Paris, et les reconduites à la frontière ont repris, déclenchant la colère des associations, d'une partie de la gauche et poussant la Commission européenne à placer Paris sous surveillance.

Signe du malaise, Audrey Pulvar, compagne du ministre français du Redressement productif Arnaud Montebourg, a critiqué François Hollande dans un éditorial publié mardi sur le site internet du magazine les Inrockuptibles.

"Cher François, on n'a pas voté pour ça", écrit-elle la journaliste dans cet hebdomadaire dont elle est la nouvelle directrice générale. "Il est vrai que les promesses n'engagent que ceux qui y croient."

Pour Manuel Valls, la critique est malvenue.

"Ce qui s'est passé il y a deux ou trois ans quand le président de la République avait stigmatisé une population, cela n'a rien à voir avec ce que nous faisons aujourd'hui", a-t-il déclaré mardi sur France Info. "Aucune politique publique que je mène ne sera focalisée sur tel ou tel groupe culturel."

Lors d'un discours sur la sécurité prononcé à l'été 2010 à Grenoble, Nicolas Sarkozy avait annoncé une politique de démantèlement systématique des campements de Roms.

La Commission européenne avait reproché à Paris de cibler délibérément une communauté ethnique, et menacé d'engager une procédure contre la France pour sa politique envers les Roms.

Pour Guillaume Larrivé, député UMP et directeur de cabinet adjoint de l'ancien ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux au moment du discours de Grenoble, les propos de Manuel Valls sur la politique menée par Nicolas Sarkozy sont "scandaleux".

"Il est assez curieux de voir comment Manuel Valls, qui met en oeuvre les mêmes opérations de démantèlement, essaie de plaider qu'il procède différemment", ajoute-t-il dans un communiqué.

Un collectif de dix élus locaux de gauche apporte toutefois son soutien à l'action gouvernementale dans une tribune publiée dans le Monde de mercredi, et rejette les "amalgames" avec la politique passée.

"PARFOIS ON NE TROUVE PAS DE SOLUTION"

Manuel Valls a revendiqué mardi la "fermeté" sur le dossier Rom, rappelant que les démantèlements font suite à des décisions de justice.

"Aucun campement illicite ne doit être toléré, le laisser-faire ne résout rien", a-t-il affirmé sur France Info, dénonçant la situation sanitaire et la précarité "insupportable" de certains de ces campements.

Quarante-six Roms dont 25 enfants ont encore été expulsés mardi matin d'un immeuble qu'ils squattaient dans le VIIe arrondissement de Lyon, portant à environ 500 le nombre de Roms ayant fait l'objet d'expulsions dans l'agglomération lyonnaise en une semaine, d'après les associations.

En mars dernier, François Hollande, alors candidat à la présidentielle, avait promis, s'il était élu, de proposer des solutions alternatives à tout démantèlement de campement.

Manuel Valls a indiqué mardi que des propositions de relogement étaient "souvent" proposées aux habitants de ces camps. Mais "parfois on ne trouve pas de solution parce que c'est un dossier difficile et complexe", a-t-il ajouté.

Au sujet des reconduites à la frontière, que la Commission européenne a dit "surveiller", le ministre de l'Intérieur souligne que la loi prévoit l'éloignement, au-delà de trois mois de séjour, des citoyens ne disposant pas de ressources "suffisantes".

"Le droit français comme européen est respecté", écrit-il dans une tribune publiée mardi dans Libération. "Toutes les précisions utiles continueront d'être apportées à la Commission européenne", ajoute-t-il.

RESPONSABILITÉ DES PAYS D'ORIGINE

Huit Français sur dix et 71% des sympathisants socialistes sont favorables aux démantèlements des campements illégaux de Roms, mais ils pensent à 73% que ceux-ci ne font que "déplacer le problème", d'après un sondage Ifop pour Atlantico rendu public mardi.

Selon un rapport de l'Agence des droits fondamentaux sur la situation des Roms dans 11 Etats membres de l'Union européenne, un Rom sur trois est au chômage, 20% ne bénéficient d'aucune couverture santé et 90% vivent sous le seuil de pauvreté.

De nombreuses associations demandent la levée immédiate de mesures transitoires en vigueur jusqu'à fin 2013 en France, et qui restreignent l'accès au travail des ressortissants de Roumanie et Bulgarie, deux pays dont sont issus la plupart des Roms. Un appel de nouveau lancé mardi par Christophe Auger, le président d'Emmaüs France.

Pour le ministre de l'Intérieur, les réponses à l'intégration des Roms sont à trouver dans leurs pays d'origine.

"Il leur revient d'assumer leurs responsabilités d'intégration de leurs minorités et de mettre un terme aux discriminations locales qui demeurent fortes", écrit-il dans Libération.

Le sondage Ifop a été réalisé en ligne du 9 au 11 août auprès d'un échantillon de 1.005 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Chine Labbé, avec Arnaud Grange à Lyon, édité par Yves Clarisse

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