Manuel Valls salue l'islam de France à la mosquée de Strasbourg

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MANUEL VALLS SALUE L'ISLAM DE FRANCE
MANUEL VALLS SALUE L'ISLAM DE FRANCE

par Gilbert Reilhac

STRASBOURG (Reuters) - Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a inauguré jeudi la Grande mosquée de Strasbourg en saluant l'émergence d'un "islam de France" qu'il a invité à mieux se structurer pour assurer le respect des valeurs de la République.

L'édifice, oeuvre de l'architecte italien Paolo Portoghesi, qui a déjà conçu des églises et la mosquée de Rome, est l'un des plus vastes en France conçu pour le culte musulman.

Il peut accueillir 1.500 fidèles, soit 1.200 hommes dans sa grande salle de prière et 300 femmes dans sa mezzanine.

D'obédience marocaine, la Grande mosquée, où les prêches auront lieu en français et en arabe, espère attirer une grande partie de la communauté musulmane de l'agglomération strasbourgeoise estimée à 50.000 personnes, soit quelque 10% de la population.

Des représentants des cultes juif, catholique et protestant, qui avaient appelé à la création d'un lieu de culte "digne" pour les musulmans à Strasbourg, participaient à la cérémonie aux côtés des financeurs, collectivités locales et pays étrangers.

"Cette Grande mosquée, implantée à moins de deux kilomètres de la cathédrale Notre-Dame, a la force du symbole, a souligné Manuel Valls. "Elle donne à l'islam son envergure, son éclat, sa grandeur, elle donne à l'islam toute sa place. Oui, l'islam, deuxième religion de notre pays, a toute sa place en France car l'islam, c'est aussi la France", a-t-il ajouté.

"Pour ne pas prier dans des caves ou dans la rue, les musulmans de France ont droit à des lieux de culte dignes", a-t-il encore affirmé en annonçant des initiatives prochaines pour faciliter le financement des projets.

Le ministre de l'Intérieur a rendu hommage à la "sagesse des responsables du culte musulman" et à "la maturité dont ont fait preuve les musulmans de France" après la diffusion sur internet du film islamophobe "L'innocence des musulmans" et les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo en France.

INTRANSIGEANCE AVEC LES SALAFISTES

L'islam de France a, selon lui "démontré de la manière la plus équilibrée sa capacité à répondre sereinement à la caricature et aux instrumentalisations de tous bords. Il a affirmé son attachement total aux valeurs de la République."

Mais le ministre de l'Intérieur a lancé un avertissement.

"La République sera intransigeante avec ceux qui entendent la contester et je n'hésiterai pas à faire expulser ceux qui se réclament de l'islam et représentent une menace grave pour l'ordre public et qui, étrangers dans notre pays, ne respectent pas nos lois et nos valeurs", a-t-il affirmé.

"Je n'accepterai pas les comportements des salafistes et autres groupes qui défient la République", a-t-il ajouté.

"Il est temps que l'islam de France prenne ses responsabilités et s'organise pour traiter avec l'Etat les vrais problèmes : financement des lieux de cultes, formation des imams et des aumôniers, gestion du pèlerinage à la Mecque."

Il a fallu près de 20 années, émaillées de vicissitudes politiques et financières, pour faire aboutir le projet de Grande mosquée de Strasbourg.

Envisagé dès le début des années 1990 par la maire socialiste Catherine Trautmann, acté en 1999 par le conseil municipal, remis en cause par l'UMP, arrivée au pouvoir en 2001, relancé en 2008 avec le retour au pouvoir du socialiste Roland Ries, le projet a peiné à boucler un budget de 10,5 millions d'euros.

Il ne s'est réalisé que grâce à l'aide de l'Arabie Saoudite, du Koweit et surtout du Maroc qui a apporté les trois quarts d'un apport étranger égal à 53% de l'investissement.

Mais le Front national dénonce précisément ces financements étrangers de la mosquée et s'oppose à ce que l'islam bénéficie des avantages liés au droit local d'Alsace-Moselle, où la loi de 1905 sur la laïcité ne s'applique pas.

"La République ne peut accepter ces financements extérieurs sur le territoire national, à Strasbourg comme ailleurs. Ils permettent des intrusions et des pressions incontrôlables", déclare dans un communiqué Bertrand Dutheil de la Rochère, conseiller de Marine Le Pen.

Edité par Yves Clarisse

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