Manuel Valls lance à Ajaccio la collectivité unique de Corse

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    * La Corse est "un atout, pas un fardeau", dit le Premier 
ministre 
    * Généralisation du "bilinguisme" français-corse 
    * Les élus indépendantistes reconnaissent un "contexte 
apaisé" 
 
    par Roger Nicoli 
    AJACCIO, Corse, 4 juillet (Reuters) - Manuel Valls a 
officialisé lundi à Ajaccio la fusion des deux départements de 
la Corse au sein d'une collectivité unique qui verra le jour en 
2018 afin de mieux en reconnaître "le statut particulier" de 
l'île désormais gouvernée par les nationalistes. 
    Cette visite dans l'île, qui s'est déroulée dans un climat 
apaisé, a permis au Premier ministre de présenter les 
conclusions des trois groupes de travail lancés en janvier 
dernier sur l'avenir et le développement de la Corse.  
    La création d'une collectivité unique, "c'est une nouvelle 
page de la décentralisation. C'est la preuve que nous vous 
faisons confiance pour vous saisir au mieux des questions qui 
vous concernent", a-t-il dit devant l'Assemblée de Corse, 
dirigée par les nationalistes depuis décembre 2015.  
    Ce redécoupage ne remet pas selon lui en question la carte 
administrative de la Corse qui conserve préfectures, 
sous-préfectures et organisation des services de l'Etat.  
    Cette nouvelle instance, première de genre depuis l'échec du 
référendum en Alsace en 2013, émane de la loi NOTRe (nouvelle 
organisation territoriale de la République) qui définit les 
enjeux fiscaux, fonciers et "une meilleure reconnaissance de 
l'exception culturelle corse".  
    Au-delà de ce nouveau cadre institutionnel, Manuel Valls a 
prolongé le plan d'investissement exceptionnel de 1,9 milliard 
d'euros issu des accords dits de Matignon signés sous Lionel 
Jospin en 2002 dans le cadre d'un processus politique.  
    Il a en revanche rejeté les demandes des élus nationalistes 
en faveur d'une "coofficialité" du corse et du français, de 
l'amnistie et du rapprochement des détenus condamnés ou en 
attente de jugement dans le cadre de l'antiterrorisme. 
    Réaffirmant que la langue officielle de la République était 
le français, le Premier ministre a néanmoins annoncé que l'Etat 
mettait "tout en oeuvre pour que le bilinguisme se généralise à 
l'école" et la création d'une agrégation de la langue corse. 
     
    "LE TEMPS DE LA PAIX EST VENU"  
    "La Corse n'est pas un fardeau pour la République, c'est un 
atout. Et c'est cet atout-là que nous confortons aujourd'hui" 
a-t-il conclu devant les élus corses, non sans avoir rendu 
hommage à l'homme qu'il a désigné comme son "père en politique", 
l'ancien Premier ministre Michel Rocard décédé ce samedi et dont 
les cendres seront transférées à Monticello, village de 
Haute-Corse d'où est originaire sa dernière épouse. 
    La référence n'a pas échappé à Gilles Simeoni, le président 
de l'exécutif corse qui, dans son allocution, a esquissé un 
parallèle entre la Corse et les accords de paix de Nouméa, en 
Nouvelle-Calédonie, sous le gouvernement Rocard.  
    Il a cité de larges passages du discours prononcé par 
l'ex-Premier ministre socialiste à l'Assemblée nationale en 
avril 1989 : "La France a acheté les droits de suzeraineté sur 
la Corse à la République de Gênes (en 1768-NDLR), mais il fallut 
une guerre pour les traduire. Et nous y perdîmes davantage 
d'hommes que pendant la guerre d'Algérie, deux siècles après". 
    Quelques minutes plus tôt, Jean-Guy Talamoni, président de 
l'assemblée, a estimé que le "temps de la paix est venu".  
    "Votre gouvernement est le premier depuis quarante ans qui 
visite la Corse dans un contexte aussi apaisé", a-t-il dit à 
Manuel Valls, évoquant notamment la baisse significative du 
nombre d'attentats due au dépôt des armes annoncé par les deux 
FLNC (front de libération national corse) en 2014 et en 2016.  
    L'élu indépendantiste a reconnu des "points de convergence" 
et pointé des crispations. "Un grand pays comme la France 
doit-il continuer à refuser à un petit peuple venu du fond des 
âges le droit à l'existence, avec sa manière propre de 
participer au monde ?", s'est-il interrogé.  
    "Contrairement à une idée fort répandue dans l'Hexagone, 
nous ne réclamons pas davantage d'argent à Paris, mais les 
moyens de faire face à nos besoins à travers nos seules 
capacités contributives", a-t-il dit, demandant de nouveau un 
transfert de la compétence fiscale à l'Assemblée de Corse. 
 
 (Avec Elizabeth Pineau à Paris, édité par Yves Clarisse) 
 
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