Manuel Valls flou sur le déficit et le financement du "pacte"

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Manuel Valls est resté flou sur la réduction du déficit public et le financement du "pacte de responsabilité et de solidarité" lors de son discours de politique générale mardi, entretenant le doute sur la volonté de la France de tenir le calendrier convenu avec ses partenaires européens.

Un doute accentué par les déclarations du Premier ministre sur la nécessité de discuter avec eux du bon "équilibre" à trouver et par les nouvelles mesures qu'il a annoncées mardi sans dire comment elles seraient financées.

Manuel Valls a confirmé l'objectif de réaliser 50 milliards d'euros d'économies entre 2015 et 2017 par rapport à la croissance "tendancielle" des dépenses publiques mais il n'a pas précisé à quoi ces économies seraient affectées.

Il n'a pas non plus dit si d'autres économies étaient envisagées, ce qu'avaient annoncé des parlementaires à l'issue d'une rencontre avec lui mardi matin.

Avant le changement de gouvernement, l'exécutif prévoyait d'affecter ces 50 milliards à la baisse du déficit pour que la France tienne sa promesse de passer sous la limite européenne de 3% du produit intérieur brut fin 2015 et d'atteindre l'équilibre structurel des comptes publics à la fin du quinquennat.

Comme le ministre des Finances Michel Sapin, Manuel Valls a été ambigu sur le sujet, déclarant qu'il était pour le respect des engagements de la France mais contre l'austérité, et que le gouvernement expliquerait cela à ses partenaires européens.

Des dirigeants européens craignent que la France diffère une fois de plus ses engagements, alors même qu'elle a déjà obtenu un délai de deux ans l'an dernier pour passer sous 3%.

"Je suis pour le respect de nos engagements, pour le sérieux budgétaire, pas pour l'austérité, pas pour la remise en cause de notre modèle", a dit Manuel Valls devant l'Assemblée nationale.

"Ce nécessaire équilibre, nous allons à nouveau l'expliquer à nos partenaires européens", a-t-il ajouté, en estimant que "la reprise économique est là mais elle est fragile, nous devons l'entretenir".

"LE CHOIX DE CREUSER LE DÉFICIT"

Michel Sapin a déclaré lundi à Berlin qu'il fallait trouver le bon équilibre entre la croissance et les engagements budgétaires et jugé que "c'est l'équilibre entre les deux qui peut permettre à nos pays de retrouver un chemin plus solide".

Le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a quant à lui expliqué que "la question des comptes publics est une question accessoire par rapport à la croissance".

Le déficit plus important que prévu en 2013 (4,3% au lieu de 4,1%) rend encore plus difficile le maintien de la trajectoire précédente, qui visait 3,6% fin 2014 et moins de 3% fin 2015.

Le programme de stabilité comportant la nouvelle trajectoire, qui devait être présenté la semaine prochaine, le sera la semaine d'après, ont annoncé des parlementaires après leur rencontre avec Manuel Valls.

Manuel Valls a précisé que les 50 milliards d'euros d'économies viendraient pour 19 milliards de l'Etat et ses agences, pour 10 milliards de l'assurance maladie, pour 10 milliards des collectivités locales et le reste "d'une plus grande justice, d'une mise en cohérence et d'une meilleure lisibilité de notre système de prestations".

Il a détaillé le "pacte de responsabilité et de solidarité" mais sans dire comment il serait financé.

L'exécutif prévoyait avant le remaniement que la baisse supplémentaire de 10 milliards d'euros du coût du travail - pour atteindre 30 milliards - proviendrait d'économies en plus des 50 milliards déjà prévus.

Les futures mesures fiscales pour les entreprises et les ménages annoncées mardi accroissent encore davantage le besoin de financement, sans que Manuel Valls précise leur financement.

"En annonçant des baisses d'impôts massives à l'horizon 2016 sans les compenser par des réductions de dépenses, le Premier ministre a fait le choix de creuser le déficit budgétaire et de risquer la dégradation des conditions de financement de la France", a déploré le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le député UMP Gilles Carrez.

Des parlementaires avaient expliqué que le projet de loi de finances rectificative, annoncé "au début de l'été" par Manuel Valls, comporterait d'autres mesures d'économies, ce que le Premier ministre n'a pas confirmé expressément dans son discours.

(Edité par Yves Clarisse)

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  • ccondem1 le mercredi 9 avr 2014 à 08:33

    = enfumage total ! ;-)

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