Manuel Valls entame une visite tendue en Corse

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MANUEL VALLS ENTAME UNE VISITE TENDUE EN CORSE
MANUEL VALLS ENTAME UNE VISITE TENDUE EN CORSE

AJACCIO (Reuters) - Manuel Valls a entamé lundi un troisième déplacement délicat en Corse, une île qui reste en proie à la violence et où ses propos évoquant une violence "enracinée dans la culture" locale ont suscité de vives protestations.

En outre, l'Assemblée de Corse s'est prononcée le 17 mai pour l'officialisation de la langue corse aux côtés du français, une proposition rejetée juste avant son arrivée par le ministre de l'Intérieur.

"Il n'est pas concevable qu'il y ait sur une partie du territoire une deuxième langue officielle", a-t-il déclaré lundi au quotidien Corse Matin.

Arrivé à Bastia (Haute-Corse), d'où il devait gagner ensuite Ajaccio (Corse-du-Sud), Manuel Valls s'est déclaré "ouvert au dialogue" et "prêt à discuter avec tous les élus".

"Moi, je veux lutter contre cette violence qui gangrène cette belle culture corse. Je ne me laisse pas impressionner par les faux procès et par ceux qui veulent détourner l'attention de l'essentiel : lutter contre la violence et pour le développement économique", a-t-il déclaré à la presse.

"Nous ne lâcherons rien", a-t-il ajouté au sujet de la violence endémique qui sévit sur l'île. Mais sept attentats et 11 homicides ont été enregistrés depuis le début de l'année, soit une hausse de 40% par rapport à la même période de 2012.

Face aux critiques, le ministre a vanté des "résultats fabuleux" en matière de lutte contre le crime organisé, soulignant que 50 personnes ont été interpellées dans des affaires récentes de grande criminalité.

Trois d'entre elles ont été mises en examen et écrouées dans l'enquête sur l'assassinat de l'avocat Antoine Sollacaro, qui avait provoqué une vive émotion dans l'île.

Les renforts mis en place par Manuel Valls - 23 policiers et 15 gendarmes - laissent les syndicats de police sceptiques.

"ARSENAL PÉNAL ANTI-MAFIA"

"C'est bien mais pas suffisant", a dit à Reuters Raphaël Vallet, du syndicat Unité SGP-FO, pour qui le ministre a choisi "la solution la moins onéreuse et la plus médiatiquement acceptable". "Ce qu'il faut c'est un arsenal pénal anti-mafia."

Parallèlement, les tensions se sont accrues avec les nationalistes corses après la récente mise en cause de deux militants du syndicat nationaliste Ghjuventù indipendentista dans des attentats contre des édifices publics.

Ces interpellations ont provoqué la semaine dernière des heurts à Bastia, où 21 membres des forces de l'ordre ont été blessés, de même qu'un journaliste de France 3 Corse.

Concernant les organisations clandestines, une lettre reçue lundi matin par Radio Corse Frequenza Mora et semblant émaner d'un nouveau groupe revendique l'attentat commis le 26 mai à Ajaccio contre les locaux du Groupe d'intervention régional(Gir), censé traquer la délinquance financière.

Les relations sont également tendues avec les élus, qui n'ont guère apprécié la phrase de Manuel Valls sur la violence qui serait "enracinée dans la culture locale, après de précédents propos sur "l'omerta" supposée régner dans l'île.

Lors d'une séance à l'Assemblée nationale, le député d'Ajaccio (UMP) Laurent Marcangeli a apostrophé le ministre à ce sujet, le jugeant "culturellement incompétent".

"J'aime la Corse, j'aime les Corses et leur culture", s'est défendu Manuel Valls dans Corse-Matin.

Mais certains élus, dont les nationalistes qui ont dénoncé un "racisme anti-corse" ont annoncé qu'ils refuseraient de rencontrer le ministre mardi à l'Assemblée de Corse.

Le ministre doit y signer la dernière tranche du plan exceptionnel d'investissement (534 millions d'euros) visant à rattraper le retard structurel de l'île.

Cette enveloppe héritée des accords de Matignon, conclus par l'ex-Premier ministre socialiste Lionel Jospin à la suite de l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998, a permis de déployer au total environ 2 milliards d'euros depuis 2003.

Le plan prévoyait également une évolution institutionnelle amenant l'île à une plus grande autonomie et le 17 mai dernier, à une large majorité, l'Assemblée de Corse a voté la co-officialité de la langue corse.

"Il n'y a qu'une langue de la République, c'est le français", a retorqué Manuel Valls, affirmant que cette disposition serait censurée par le Conseil constitutionnel.

Roger Nicoli, édité par Gérard Bon

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