Manning condamné à 35 ans de prison pour l'affaire WikiLeaks

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35 ANS DE PRISON POUR BRADLEY MANNING DANS L'AFFAIRE WIKILEAKS
35 ANS DE PRISON POUR BRADLEY MANNING DANS L'AFFAIRE WIKILEAKS

par Ian Simpson et Medina Roshan

FORT MEADE, Maryland (Reuters) - Le soldat américain Bradley Manning, reconnu coupable de la divulgation d'une masse d'informations confidentielles via le site internet WikiLeaks, a été condamné mercredi à 35 ans de prison par une cour martiale à Fort Meade, dans le Maryland.

Il a également été décidé que Bradley Manning serait renvoyé de l'armée pour "indignité".

Vêtu de son uniforme, le frêle soldat Manning a écouté avec attention la lecture de la sentence, sans trahir d'émotion particulière. Alors qu'il était emmené hors de la salle d'audience, ses partisans ont scandé "Bradley, on est avec toi!"

L'avocat de la défense David Coombs n'a pas caché qu'il avait pleuré au prononcé du verdict et souligné que son client avait essayé de le consoler.

Coombs a indiqué qu'il allait solliciter une demande de grâce auprès du président Barack Obama. Manning doit purger sa peine à Fort Leavenworth au Kansas.

Agé de 25 ans, Bradley Manning, qui va être en outre dégradé au rang de soldat de deuxième classe, était passible de 90 ans de réclusion et l'accusation avait requis une peine de 60 ans.

La magistrate et colonel Denise Lind avait déclaré coupable Bradley Manning en juillet de 20 chefs d'inculpation, dont ceux d'espionnage, de vol d'informations et de fraude informatique, mais la juge militaire avait écarté celui d'"intelligence avec l'ennemi", crime passible de la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.

Bradley Manning pourra demander à bénéficier d'une libération conditionnelle après avoir purgé un tiers de sa peine, qui sera réduite du temps déjà passé derrière les barreaux depuis son arrestation en juin 2010, plus 112 jours.

Pour WikiLeaks, la peine à laquelle a été condamné Bradley Manning représente ainsi une "victoire stratégique" car selon les règles en vigueur en matière de liberté conditionnelle, il pourrait être sorti de prison dans sept ans.

"NOUS AVIONS OUBLIÉ NOTRE HUMANITÉ"

Elizabeth Goitein, codirectrice du programme Liberté et Sécurité nationale au centre Brennan pour la justice, a jugé cependant la peine rendue contre Manning "sans précédent".

"Cela représente plus de 17 fois la peine la plus longue jamais purgée" pour avoir fourni des informations secrètes aux médias, a-t-elle fait remarquer. "C'est comparable aux peines prononcées pour espionnage rémunéré par l'ennemi".

Dans un communiqué lu par son avocat, Bradley Manning a déclaré qu'il avait choisi de divulguer les documents pour des raisons morales.

"J'ai commencé à m'interroger sur la moralité de ce que nous faisions", a-t-il déclaré. "Nous avions oublié notre humanité."

En 2010, Bradley Manning, qui était alors analyste des services de renseignement en poste à Bagdad, avait transmis plus de 700.000 dossiers classés, vidéos de combats et télégrammes diplomatiques confidentiels au site WikiLeaks, propulsant cette organisation et son fondateur, Julian Assange, sous les feux de l'actualité. Assange s'est réfugié depuis lors à l'ambassade d'Equateur à Londres.

WikiLeaks, qui est spécialisé dans la divulgation massive de données classées secret-défense, est de nouveau sous les projecteurs de l'actualité dans l'affaire Edward Snowden, ancien consultant de l'Agence nationale de sécurité (NSA) à l'origine de révélations sur les programmes américains de cybersurveillance et d'espionnage.

La semaine dernière, Bradley Manning avait présenté des excuses à la cour pour ses actes en ajoutant comprendre qu'il lui faudrait "en payer le prix". "Je suis désolé d'avoir causé du tort aux Etats-Unis", avait-il alors déclaré.

Ses avocats avaient par la suite invité la cour martiale de Fort Meade, dans le Maryland, à faire preuve de clémence à l'égard de Bradley Manning en lui infligeant une sentence "qui ne lui volera pas sa jeunesse".

Pour ses défenseurs, le soldat Manning est un jeune homme naïf mais dénué de mauvaise intention.

L'ONG de défense des droits de l'homme Amnesty International a demandé à Barack Obama de commuer sa peine.

Jean-Philippe Lefief, Eric Faye et Danielle Rouquié pour le service français

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