Manille ordonne l'arrêt de la vente du vaccin Sanofi contre la dengue

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PHILIPPINES: L'ARRÊT DE LA VENTE DU VACCIN SANOFI CONTRE LA DENGUE
PHILIPPINES: L'ARRÊT DE LA VENTE DU VACCIN SANOFI CONTRE LA DENGUE

par Manolo Serapio Jr et Neil Jerome Morales

MANILLE (Reuters) - Les Philippines ont ordonné à Sanofi d'arrêter la vente, la distribution et la commercialisation de son vaccin Dengvaxia contre la dengue dans le pays, une mesure prise après que le groupe pharmaceutique français a dit la semaine dernière que son produit pouvait aggraver la maladie dans certains cas.

Les autorités sanitaires des Philippines avaient déjà ordonné vendredi la suspension de l'utilisation du Dengvaxia, deux jours après une mise en garde de Sanofi recommandant de ne pas utiliser le vaccin chez les personnes n'ayant jamais été exposées au virus.

"Afin de préserver la population, les autorités sanitaires (Food and Drug Administration) ont demandé à Sanofi de cesser immédiatement la vente, distribution et commercialisation du Dengvaxia et d'organiser le retrait de Dengvaxia du marché (...)", précisent les autorités sanitaires dans un communiqué.

La FDA a également ordonné à Sanofi de mener une campagne d'information, tout en disant que tout établissement de médicaments devait signaler tout incident suggérant que le Dengvaxia avait provoqué la mort d'une personne ou de graves maladies.

Des responsables de Sanofi aux Philippines ont dit lundi qu'il n'y avait pas eu de cas de décès avéré aux Philippines en lien avec son vaccin contre la dengue.

Le Dengvaxia a été utilisé dans le cadre d'une campagne de vaccination de près de 734.000 enfants philippins âgés de neuf ans et plus.

Ces derniers ont déjà reçu au moins une injection de ce vaccin dans le cadre d'une campagne de 3,5 milliards de pesos (58 millions d'euros) organisée par l'Etat.

Sanofi a déclaré que la majorité des personnes ayant été vaccinées contre la dengue avec le Dengvaxia vivaient dans des régions où elle est endémique et qu'il était donc probable que la majorité d'entre elles avaient déjà été en contact dans le passé avec la maladie.

Selon les projections de Sanofi, le Dengvaxia, le premier vaccin contre la dengue à être autorisé sur le marché, pourrait générer à terme des ventes annuelles de près d'un milliard de dollars (842 millions d'euros).

RECOMMANDATIONS DE L'OMS

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a dit espérer mener d'ici la fin de l'année un examen complet des données sur le Dengvaxia, recommandant qu'il ne soit administré qu'aux personnes dont on sait qu'elles ont été infectées par la dengue préalablement à toute vaccination.

Le gouvernement du Brésil, où la dengue représente un défi sanitaire majeur, a confirmé qu'il avait lui aussi recommandé un usage restreint du vaccin, autorisé fin 2015, ne suspendant pas ainsi totalement son usage.

Une organisation non-gouvernementale philippine, les Volontaires contre le crime et la corruption, dit avoir été informée de la mort, sur l'île de Luzon, de trois enfants qui avaient été vaccinés contre la dengue en avril 2016. Un sénateur a dit de son côté qu'il avait connaissance de deux cas.

Gerardo Bayugo, sous-secrétaire à la Santé, a toutefois déclaré à Reuters que les trois décès mentionnés par l'ONG n'avaient rien à voir avec le vaccin.

"D'après ce que nous savons, il n'y a eu aucun cas de décès lié à la vaccination contre la dengue", a dit Ruby Dizon, directrice médicale chez Sanofi Pasteur aux Philippines, lors d'une conférence de presse à Manille.

Dans un communiqué publié aux Philippines, le laboratoire français affirme aussi que de nouvelles études cliniques montrent une baisse significative des hospitalisations chez les personnes de neuf ans et plus vaccinées avec le Dengvaxia.

Le ministère philippin de la Justice a ordonné lundi une enquête pour "atteinte présumée à la santé publique (...) et, si les preuves le justifient, lancer les mises en accusation adéquates".

L'OMS avait écrit en juillet 2016 que "la vaccination pourrait être inefficace et pourrait même théoriquement augmenter le risque futur d'hospitalisation ou de grave infection par la dengue chez les personnes séronégatives au moment de la première vaccination, quel que soit l'âge".

L'autorité sanitaire, Health Sciences Authority, de Singapour a dit la semaine dernière qu'elle avait mentionné des risques lorsque le Dengvaxia avait été autorisé dans la ville-Etat en octobre 2016 et qu'elle collaborait avec Sanofi pour détailler les risques sur l'emballage du vaccin.

Un porte-parole du président philippin Rodrigo Duterte a déclaré dimanche que le gouvernement exigerait que les personnes ayant mis en danger des milliers de vies rendent des comptes.

Ce porte-parole, Harry Roque, a cependant ajouté qu'aucun cas de grave infection par la dengue n'avait été signalé à la suite du programme de vaccination et il a invité la population à "ne pas propager des informations susceptibles de provoquer des inquiétudes infondées".

Même s'il représente un risque moins important que le paludisme, le virus de la dengue, transmis par les moustiques, se propage rapidement dans de nombreuses régions du monde et tue environ 20.000 personnes par an.

(Avec Karen Lema à Manille et John Geddie à Singapour; Benoit Van Overstraeten, Bertrand Boucey et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Juliette Rouillon)

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