Manifestations au Brésil pour la démission de Dilma Rousseff

le
0
 (Actualisé avec nouveaux chiffres, détails) 
    par Daniel Flynn et Alonso Soto 
    RIO DE JANEIRO/BRASILIA, 14 mars (Reuters) - Des centaines 
de milliers de personnes ont défilé dimanche dans les grandes 
villes du Brésil pour exiger le départ de la présidente Dilma 
Rousseff, menacée par une procédure de destitution sur fond de 
scandales de corruption, de crise économique et d'incertitude 
politique. 
    Ces manifestations, les plus importantes jamais dirigées 
contre Dilma Rousseff, sont le signe que les rassemblements 
anti-gouvernementaux reprennent de la vigueur sur fond d'enquête 
pour faits de corruption impliquant des proches de la présidente 
brésilienne. 
    De Manaus, cité de la jungle amazonienne, jusqu'à la 
capitale Brasilia en passant par le coeur du monde des affaires 
à Sao Paulo, des manifestants sont descendus dans les rues pour 
lancer un appel national à la démission de Dilma Rousseff. 
    Cette démonstration de force est susceptible de mettre la 
pression sur les parlementaires pour qu'ils apportent leur 
soutien à une procédure de déstitution visant la présidente 
brésilienne, qui semblait encore vouée à l'échec il y a quelques 
semaines. 
    Des estimations fournies par la police de plus de 150 
villes, compilées par le site d'informations G1, montrent que 
quelque trois millions de Brésiliens ont participé aux 
manifestations. Par le passé, certaines estimations de police se 
sont avérées exagérées. 
    L'institut de sondage Datafolha a estimé à 500.000 le nombre 
de manifestants à Sao Paulo, ce qui en ferait le plus 
rassemblement populaire de l'histoire de la ville et 
représenterait plus du double d'une marche de protestation 
organisée il y a un an. 
    La police militaire, qui donne généralement des estimations 
plus élevées, a évalué à 1,4 million de personnes la taille de 
la manifestation lorsque cette dernière était à son pic. 
    Des sources gouvernementales ont dit à Reuters que les 
rassemblements pourraient avoir été plus importants que les 
manifestations antigouvernementales de mars 2015, qui avaient 
réuni plus d'un million de personnes. 
    "Dilma dehors", "assez de corruption", proclamaient les 
banderoles brandies par les manifestants. 
    "Ce gouvernement ne peut plus rester en place. Ce n'est pas 
une lutte entre les pauvres et les riches, c'est un combat 
contre la corruption", déclarait Andre Cerqueira, un ingénieur 
qui défilait à Rio de Janeiro. 
     
    EFFIGIE DE LULA 
    Bon nombre de Brésiliens reprochent à Dilma Rousseff d'avoir 
fait plonger l'économie du pays, la principale d'Amérique 
latine, dans sa pire récession en 25 ans. 
    Des enquêtes d'opinion montrent que plus de la moitié de la 
population est favorable à la destitution de la présidente, 
réélue en 2014 pour un second mandat de quatre ans. 
    Avant les manifestations de dimanche, la tension était 
montée d'un cran au Brésil après que le prédécesseur de Dilma 
Rousseff, Luis Inacio Lula da Silva, a été mis en examen la 
semaine dernière dans le cadre d'une enquête pour blanchiment 
d'argent.  ID:nL5N16I03R  
    A Brasilia, les manifestants ont promené une effigie de 
l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, mis en cause dans 
une affaire de blanchiment d'argent, portant une tenue rayée de 
bagnard. 
    Devant la maison de Lula, dans la banlieue de Sao Paulo, des 
partisans du Parti des travailleurs (PT) et du gouvernement 
montaient la garde, brandissant des pancartes où on pouvait 
lire: "il n'y aura pas de coup d'Etat". 
    Vendredi,  Dilma Rousseff a affirmé qu'il n'y avait aucun 
motif légal de la pousser à démissionner. Elle a ajouté qu'elle 
serait fière d'avoir comme ministre dans son gouvernement 
l'ancien président Lula.  ID:nL5N16J4FT  
    Selon un sénateur du Parti des travailleurs au pouvoir, des 
pots-de-vin provenant de contrats surfacturés liés à la 
construction du barrage hydroélectrique de Belo Monte, en 
Amazonie, ont servi au financement des campagnes électorales 
2010 et 2014 de Dilma Rousseff, rapporte le magazine IstoE. 
 ID:nL5N16K030  
    Si le témoignage de Delcidio do Amaral est confirmé et 
considéré comme un élément de preuve, la crise politique 
menaçant d'emporter Dilma Rousseff risque de s'aggraver encore. 
    Comme lors de précédentes manifestations, les marches de 
dimanche ont surtout rassemblé les membres de la classe moyenne, 
exaspérés par les accusations de corruption dans 
l'administration Rousseff.  
    Les Brésiliens plus modestes, la principale base électorale 
du Parti des travailleurs de Dilma Rousseff, ne se sont  guère 
mobilisés pour les marches. Mais leur soutien à la présidente 
brésilienne s'émousse dans un contexte de montée du chômage et 
de hausse de l'inflation. 
    Voulant faire bonne figure lors de cette journée de 
manifestations dirigées contre elle, Dilma Rousseff a rencontré 
une poignée de ministres à son domicile à Brasilia, a dit un 
conseiller de la présidente. 
    Le bureau de presse de Dilma Rousseff s'est félicité du 
caractère pacifique des manifestations, preuve selon lui de la 
maturité de la démocratie brésilienne. 
 
 (Guy Kerivel, Jean-Stéphane Brosse et Benoît Van Overstraeten 
pour le service français) 
 

Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant