Manifestations antigouvernementales en Macédoine

le , mis à jour à 17:28
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* Grouevski au centre d'un scandale d'écoutes * Unité des manifestants albanais et macédoniens * Inquiétudes sur les risques de déstabilisation du pays (Actualisé avec détails, citations) par Matt Robinson et Fatos Bytyci SKOPJE, 17 mai (Reuters) - Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche à Skopje, capitale de la Macédoine, pour demander la démission du Premier ministre Nikola Grouevski impliqué dans un scandale d'écoutes illégales qui a plongé le pays dans sa plus grave crise politique depuis 2001. Les protestataires, dont un certain nombre sont venus en bus jusqu'à Skopje, se sont rassemblés devant les locaux du gouvernement, brandissant des drapeaux macédoniens et albanais en signe d'unité communautaire contre le pouvoir. Des dirigeants de l'opposition ont déclaré que des manifestants avaient exprimé leur volonté de camper sur place jusqu'à obtenir le départ de Nikola Grouevski. Le Premier ministre conservateur, au pouvoir depuis neuf ans, a tenté d'endiguer la contestation croissante en procédant récemment au limogeage de sa ministre de l'Intérieur et du chef des services de contre-espionnage. Il a également appelé ses partisans à se rassembler lundi soir dans la capitale, alimentant les craintes de voir cette ancienne république de la fédération yougoslave tomber dans l'instabilité. Il y a 14 ans, la Macédoine avait évité de justesse de sombrer dans une guerre civile à la faveur d'un soulèvement de séparatistes albanophones. Grouevski et certains de ses ministres se trouvent au coeur d'un scandale révélé en février par le chef du parti social démocrate (opposition) Zoran Zaev qui a transmis à un lanceur d'alerte des enregistrements de conservations. Ces enregistrements, apparemment ordonnés de manière illégale, semblent mettre en lumière un contrôle étroit exercé par les autorités sur des journalistes, des magistrats ainsi que sur des procédures électorales. ACTE DE LÂCHETÉ Les mesures de surveillance auraient visé près de 20.000 personnes, des opposants mais aussi des alliés du pouvoir en place. Grouevski n'a pas nié l'exactitude du contenu de ces enregistrements mais a réfuté les avoir commandités. Zoran Zaev a, depuis, été poursuivi pour violence contre l'Etat. La Macédoine tente de rejoindre l'Otan et de devenir membre de l'Union européenne mais ses candidatures sont bloquées depuis plusieurs années en raison d'un contentieux avec la Grèce sur le nom du pays. Des diplomates occidentaux en poste à Skopje ont tenté d'entamer une médiation dans cette crise mais leur initiative a été compliquée par des incidents survenus les 9 et 10 mai dans le nord du pays. Des affrontements entre forces de l'ordre et un groupe armé dans un faubourg albanophone de Koumanovo ont fait huit morts et 37 blessés parmi les policiers. Quatorze "terroristes" auraient été tués lors de ces incidents survenus à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale. ( ID:nL5N0Y10GO ) Grouevski a affirmé que la police avait déjoué un complot terroriste mais l'Albanie et certains observateurs estiment qu'il s'agirait d'une tentative de diversion organisée par le gouvernement. Samedi, le chef du gouvernement avait jugé que démissionner serait un "acte de lâcheté" et avait promis de se défendre face aux attaques. Le ministère russe des Affaires étrangères a accusé "des organisateurs occidentaux" d'essayer de fomenter une révolution contre un gouvernement qui a refusé de participer aux sanctions contre la Russie à propos de l'Ukraine. (Fatos Bytyci et Kole Casule; Pierre Sérisier pour le service français)

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