Manifestations anti-Fujimori au Pérou à cinq jours de l'élection

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    par Mitra Taj 
    LIMA, 6 avril (Reuters) - Plusieurs dizaines de milliers de 
Péruviens ont manifesté mardi aux cris de "Plus jamais ça!" 
contre la candidature de Keiko Fujimori à l'élection 
présidentielle de dimanche prochain. 
    Les rassemblements coïncidaient avec le 24e anniversaire du 
coup d'Etat de son père, Alberto Fujimori, qui purge aujourd'hui 
une peine de 25 ans de prison pour corruption et atteintes aux 
droits de l'homme. 
    Keiko Fujimori, qui est âgée de 40 ans, est créditée d'une 
confortable avance dans les intentions de vote mesurées par les 
instituts de sondage mais ne devrait pas être en mesure de 
l'emporter dès le premier tour. 
    Dimanche dernier, elle s'est engagée par écrit à respecter 
les droits de l'homme, la liberté de la presse et les 
institutions démocratiques si elle est élue. "Je sais comment 
regarder l'histoire de mon pays, je sais quels sont les 
chapitres qui devraient être reproduits et je suis très claire 
sur ceux qui ne devraient jamais l'être", a-t-elle déclaré lors 
d'un débat électoral. 
    "Jamais plus de 5 avril", a-t-elle ajouté. Le 5 avril 1992, 
Alberto Fujimori, élu deux ans plus tôt, renversa son propre 
gouvernement avec l'aide de l'armée -- les Péruviens parlent 
d''autogolpe', ou auto-coup d'Etat --, prononça la dissolution 
du Parlement et mit au pas la justice. 
    A Lima, ils étaient au moins 30.000 mardi dans les rues à 
afficher leur refus de la candidature de sa fille. Et nombre 
d'entre eux ne prêtaient pas beaucoup de crédit à ses promesses. 
"Je ne la crois pas du tout", disait ainsi Rodolfo Lazo, un 
étudiant de 19 ans dont le tee-shirt s'orne d'un slogan sans 
équivoque: "Je suis jeune mais pas idiot." 
    Les manifestants ont également dénoncé la décision de la 
commission électorale qui a absous Keiko Fujimori d'accusations 
d'achats de voix. 
    Face à la mobilisation, la candidate a suspendu sa campagne 
et annulé les manifestations de soutien prévues dans la journée. 
Son parti, Force populaire (droite), a lancé des appels contre 
la violence. La manifestation de Lima s'est déroulée dans le 
calme. Mais dans d'autres villes du pays, des incidents ont 
éclaté entre manifestants et contre-manifestants. 
    Keiko Fujimori, battue de justesse en 2011 par le président 
sortant Ollanta Humala, est une figure très polarisante de la 
classe politique péruvienne: d'après l'institut Ipsos, 45% des 
Péruviens affirment qu'ils ne voteront jamais pour elle. 
    Elle devrait néanmoins arriver en tête du premier tour 
dimanche avec un peu moins de 41% des intentions de vote, selon 
ce même sondage. Derrière, Veronika Mendoza, du Frente Amplio 
(gauche), et l'ancien Premier ministre Pedro Pablo Kuczynski, le 
favori des marchés qui porte les couleurs du mouvement Péruviens 
pour le changement (PPK), se disputent la deuxième place. 
    Au second tour, Mendoza serait battue par Fujimori avec six 
points d'écart tandis que Kuczynski serait légèrement devant la 
candidate de Force populaire avec deux points d'écart. 
    Ollanta Humala ne peut pour sa part briguer un nouveau 
mandat en vertu des règles constitutionnelles limitant 
l'exercice du pouvoir. 
 
 (Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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