Manifestation en Brocéliande contre une usine de déchets

le
0

par Pierre-Henri Allain

CONCORET, Morbihan (Reuters) - Quelque 600 personnes ont manifesté samedi entre les communes de Concoret (Morbihan) et Gaël (Ille-et-Vilaine) pour protester contre un projet d'usine de traitement des déchets et de centre de stockage situés à l'orée de la mythique forêt de Brocéliande.

"Bienvenue à poubel'land", peut-on lire à proximité du site sur un panneau satirique qui rebaptise également Merlin l'Enchanteur Merlin l'Eboueur et transforme la légendaire fée Viviane en magicienne pourvoyeuse d'ordures.

"Il y a une contradiction totale à brandir d'un côté la bannière du tourisme pour attirer les gens à Brocéliande et vouloir faire aux abords de la forêt la plus grande décharge de la Bretagne centrale", estime Claude Josse, maire de Gaël, venu manifester avec son écharpe tricolore.

Initié il y a une dizaine d'années par le SMICTOM (syndicat mixte intercommunal) de la région Ouest de l'Ille et Vilaine qui collecte et traite les déchets de 65 communes du centre Bretagne, le projet prévoit la création d'une usine capable de traiter 30.000 tonnes d'ordures par an et d'un centre de stockage susceptible d'accueillir 300.000 tonnes d'ordures sur une quinzaine d'années.

A la suite de nombreux recours administratifs déposés par les communes riveraines et l'association pour la Sauvegarde de Brocéliande, les permis de construire ont été annulés et les travaux gelés en 2010.

Les risques d'incendie "majeurs" sur cette zone, liés à des études d'impact jugées insuffisantes, ont principalement motivé ces annulations.

En 2012, un nouveau dossier a été déposé et, après avis favorable des conseils généraux concernés et du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), il devrait prochainement recevoir l'aval du préfet de région.

CANCER

"Il faut savoir qu'il y avait déjà une décharge près du site où on a enterré pendant des années des milliers de tonnes de déchets en tous genres, industriels, hospitaliers, ménagers..;", souligne Jean Guillouët, porte-parole de l'association de Sauvegarde de Brocéliande. "Il faudrait déjà commencer par dépolluer."

Selon cet élu municipal de Gaël, qui met en avant la situation "en tête de bassin versant" du site, cette ancienne décharge aurait entraîné la pollution des nappes phréatiques et des cours d'eau environnants et pourrait être à l'origine d'un nombre anormalement élevé de cancers dans ce secteur.

"80% des gens meurent de cancer sur deux kilomètres à la ronde. On ne peut pas affirmer que cela est dû à l'ancienne décharge mais il faudrait au moins faire une étude épidémiologique", estime Jean Guillouët.

La plupart des manifestants dénoncent également les risques que les installations feraient peser sur l'image de Brocéliande, connue pour ses légendes liées aux chevaliers de la table ronde.

L'usine serait en effet située juste à l'entrée du massif forestier et à seulement 2 kilomètres du château et des étangs de Comper, domaine légendaire de la fée Viviane et où est installé aujourd'hui le Centre de l'Imaginaire Arthurien.

"On en a marre, trop c'est trop. On a déjà supporté depuis trop longtemps les déchets des soixante communes qui se sont déchargées sur nous, cela suffit, c'est notre forêt!", s'insurge Pascal Monnerais, formateur à Saint-Malon sur Mel, une commune voisine.

Après cinq enquêtes publiques où les trois communes riveraines ont à chaque fois manifesté leur désaccord, les militants de l'association Sauvegarde de Brocéliande ont indiqué avoir engagé de nouveaux recours mais craignent qu'une prochaine autorisation préfectorale n'entraîne une rapide reprise des travaux.

Edité par Marine Pennetier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant