Manifestation de Maliens en faveur de la junte à Bamako

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MANIFESTATION DE MALIENS EN FAVEUR DE LA JUNTE MILITAIRE À BAMAKO
MANIFESTATION DE MALIENS EN FAVEUR DE LA JUNTE MILITAIRE À BAMAKO

par David Lewis

BAMAKO (Reuters) - Des milliers de personnes ont manifesté mercredi à Bamako, la capitale malienne, pour apporter leur soutien à la junte militaire qui a renversé la semaine dernière le président Amadou Toumani Touré, accusé de laxisme face à la rébellion touarègue dans le nord du pays.

Les partisans des putschistes ont dénoncé les pressions internationales qui visent à contraindre les militaires à abandonner le pouvoir.

"Que la communauté internationale se taise ! C'est notre révolution", a lancé lors de la manifestation le chef d'un groupe de jeunes, Oumar Diara. "Nous, les jeunes, nous pouvons nous passer de la communauté internationale. Jusqu'ici nous étions aveugles, aujourd'hui nous nous réveillons."

Les manifestants ont crié "Victoire" et "A bas Sarkozy, à bas les Occidentaux", pendant qu'un des membres de la junte, Oumar Mariko, accusait tous ceux qui réclament des sanctions contre le nouveau régime d'être des "traîtres".

"Ils (les militaires) doivent rester pour résoudre les problèmes dans le Nord, ainsi que les problèmes touchant à la corruption et à l'éducation. C'est plus important que les élections", a dit un manifestant. Parmi la foule flottaient des banderoles sur lesquelles on lisait "Vive l'armée!" ou "Dignité retrouvée!"

Avant la manifestation de Bamako, les auteurs du coup d'Etat avaient promulgué une nouvelle Constitution en vertu de laquelle ils s'engagent à ne pas se présenter à de futures élections.

Cette nouvelle Loi fondamentale, qui ne donne pas de date pour de nouvelles élections, a été promulguée quelques heures après la suspension du Mali par la Cedeao, dont les pays membres ont menacé de sanctions - voire d'un recours à la force - le nouveau régime, pour le convaincre de rétablir l'ordre constitutionnel à Bamako.

Une délégation de six chefs d'Etat de la Cedeao a prévu de se rendre dans les 48 heures dans la capitale malienne pour demander aux putschistes de renoncer au pouvoir.

MISSION DE LA CEDEAO VENDREDI À BAMAKO

Le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme des Nations unies, la Sud-Africaine Navi Pillay, a invité le Mali à suivre l'exemple du Sénégal en organisant des élections.

"Les changements anticonstitutionnels de gouvernement, accompagnés de violence, peuvent avoir un impact dévastateur sur la situation des droits de l'homme", avertit-elle.

"Le Mali a également une bonne pratique en matière d'élections démocratiques au cours des deux dernières décennies, et j'espère qu'il reviendra sur cette voie dès que possible", dit-elle dans un communiqué.

La nouvelle Constitution garantit le droit de manifester ou de se mettre en grève et accorde l'immunité aux auteurs du putsch, qui, selon des organisations de défense des droits de l'homme, a fait trois morts.

"Quiconque est membre du CNRDRE (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat) ou du gouvernement ne peut être candidat aux élections", stipule la nouvelle Constitution, qui a été lue à la télévision nationale.

En vertu de la nouvelle Loi fondamentale, 15 des 41 sièges au sein de la nouvelle instance dirigeante chargée de préparer des élections seront alloués à des civils.

Le coup de force, déclenché par des militaires indignés par l'incapacité du pouvoir à mater la rébellion touarègue, a été condamné par les Nations unies, les pays voisins du Mali et par plusieurs autres pays, dont les Etats-Unis et la France, l'ancienne puissance coloniale.

La délégation de six chefs d'Etat de la Cedeao qui devrait arriver à Bamako vendredi sera composée du président ivoirien, Alassane Ouattara, président en exercice de la Cedeao, du Nigérian Goodluck Jonathan, du Burkinabe Blaise Compaoré, de la Libérienne Ellen Johnson-Sirleaf, du Nigérien Mahamadou Issoufou et du Béninois Yayi Boni.

Le président déchu, dont on était pratiquement sans nouvelles depuis le coup d'Etat, dit être au Mali, en bonne santé et libre, dans un entretien accordé à Radio France Internationale.

"J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt les conclusions à l'issue du sommet extraordinaire de la Cédéao, tenu mardi à Abidjan. Je souscris entièrement aux propositions faites par les chefs d'Etat pour une sortie de crise dans notre pays", souligne Amadou Toumani Touré dans cet entretien.

Avec Adama Diarr, Eric Faye et Guy Kerivel pour le service français et Jean-Philippe Lefief

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