Manifestation contre le président Sissi en Egypte

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    * Colère après la cession de deux îles à l'Arabie saoudite 
    * La popularité de Sissi commence à fléchir 
    * Les slogans du soulèvement de 2011 résonnent à nouveau 
    * Hollande espère signer des contrats de vente d'armes au 
Caire 
 
 (Actualisé avec dispersion de la manifestation, arrestations) 
    par Ahmed Aboulenein et Eric Knecht 
    LE CAIRE, 15 avril (Reuters) - Des milliers d'Égyptiens sont 
descendus vendredi dans les rues du Caire pour dénoncer la 
décision du président Abdel Fattah al Sissi de céder deux îles 
de la mer Rouge à l'Arabie saoudite et demander la "chute du 
régime", le slogan du soulèvement de 2011 contre Hosni Moubarak. 
    Abdel Fattah al Sissi, qui était à la tête de l'armée 
égyptienne lorsque celle-ci a renversé le président islamiste 
Mohamed Morsi en 2013, a vu son immense popularité s'éroder ces 
derniers mois, en raison notamment de sa gestion économique et 
sécuritaire. 
    "Le peuple veut la chute du régime", ont scandé les milliers 
de manifestants rassemblés vendredi devant le syndicat de la 
presse, en dépit d'une loi interdisant les rassemblements qui a 
coûté la liberté, voire la vie, à des milliers de contestataires 
ces deux dernières années. 
    "Sissi Moubarak, nous ne voulons pas toi (...) Cette terre 
nous appartient et tu es celui qui l'a vendue", ont également 
chanté les protestataires. 
    En début de soirée, la police antiémeute est intervenue pour 
disperser les manifestants en tirant des grenades lacrymogènes, 
ont constaté des journalistes de Reuters. 
    Les policiers ont également utilisé du gaz lacrymogène dans 
d'autres quartiers du Caire et de Guizeh, sur l'autre rive du 
Nil, ont déclaré des responsables des services de sécurité, 
selon lesquels 119 personnes ont été arrêtées. 
    La colère gronde en Egypte depuis que les autorités ont 
annoncé la semaine dernière, à l'occasion d'une visite du roi 
Salman d'Arabie saoudite, premier bailleur de fonds du pays, la 
signature d'un accord de démarcation maritime dans le golfe 
d'Aqaba qui place deux îles stratégiques inhabitées, Tiran et 
Sanafir, dans les eaux territoriales saoudiennes. 
    Responsables égyptiens et saoudiens multiplient depuis les 
déclarations pour tenter d'expliquer que les îles n'étaient 
placées sous juridiction égyptienne que parce que Ryad avait 
demandé à l'Egypte d'en assurer la protection dans les années 
1950. 
    Ces explications n'ont pas convaincu les Égyptiens, qui 
critiquent aussi la gestion par les autorités de l'enquête sur 
la mort sous la torture de Giulio Regeni, un étudiant italien, à 
l'origine d'une crise diplomatique avec Rome, et de celle sur 
l'attentat contre un avion de ligne russe en octobre dernier 
dans le Sinaï, qui a poussé Moscou à suspendre tous ses vols 
vers l'Egypte. 
     
    HOLLANDE ATTENDU AU CAIRE 
    Las du chaos dans lequel avait sombré le pays après la chute 
d'Hosni Moubarak, de nombreux Égyptiens avaient accueilli avec 
enthousiasme l'arrivée au pouvoir du maréchal Sissi, élu peu 
après président de la République sur la promesse de ramener la 
stabilité. 
    La plupart d'entre eux ont fermé les yeux sur la répression 
qui s'est abattue sur les adversaires du nouveau "raïs" sur fond 
d'attentats quasi quotidiens : les Frères musulmans de l'ancien 
président Morsi d'abord, puis tous ceux qui osaient le défier, à 
commencer par les activistes laïques, libéraux ou de gauche à 
l'origine du soulèvement de 2011, presque tous emprisonnés 
aujourd'hui. 
    Selon les organisations de défense des droits de l'homme, 
près de 40.000 prisonniers politiques croupissent dans les 
prisons égyptiennes. 
    Alors que l'économie n'a toujours pas redémarré, la patience 
des Égyptiens semble cependant atteindre ses limites face à la 
corruption rampante, à la pauvreté et au chômage, les maux qui 
avaient précipité la chute de Moubarak, tandis que face aux 
critiques, le président Sissi a adopté ces derniers mois un ton 
de plus en plus autoritaire et menaçant dans ses discours. 
    "La jeunesse de la révolution (de 2011) est toujours là", a 
assuré Abdelrahman Abdelatif, un ingénieur de 29 ans présent 
vendredi devant le syndicat de la presse, qui servait déjà de 
refuge aux manifestants à l'époque de Moubarak, avant que le 
rassemblement ne soit dispersé. 
    "Il y a des disparitions forcées, de nombreux jeunes sont en 
prison (...) mais nous n'avons pas disparu. Nous voulons la 
stabilité mais pas qu'on vende notre terre ni qu'on tue notre 
jeunesse. Nous subissons une dictature sans précédent", a-t-il 
accusé. 
    Le président Sissi a toujours ses partisans, dont plusieurs 
centaines sont descendus vendredi dans les rues du Caire et 
d'Alexandrie en brandissant sa photo, et en pleine crise avec 
l'Italie, il recevra dimanche son plus solide allié européen, 
François Hollande, avec lequel il pourrait conclure de nouveaux 
contrats de ventes d'armes. 
    L'entourage du président français a assuré que la situation 
des droits de l'homme serait aussi abordée et que des cas 
"spécifiques" seraient évoqués. Mais, a-t-on ajouté, cela se 
fera "sans publicité".   
 
 (Tangi Salaün pour le service français) 
 
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