Manifestation anti-Fujimori au Pérou, son adversaire renonce à y participer

le
0
    LIMA, 1er juin (Reuters) - Des milliers de Péruviens ont 
manifesté mardi soir à Lima contre la perspective de voir Keiko 
Fujimori élue à la tête du pays à la faveur du second tour de la 
présidentielle, ce dimanche. Son adversaire, le centriste Pedro 
Pablo Kuczynski, a renoncé in extremis à participer au 
rassemblement. 
    Au premier tour, le 10 avril, la candidate du parti de 
droite Force populaire est arrivée nettement en tête, avec près 
de 40% des voix, loin devant Kuczynski, qui a réuni 22% environ 
des suffrages. 
    Mais la fille de l'ex-président Alberto Fujimori, qui purge 
une peine de 25 ans de prison pour atteintes aux droits de 
l'homme et corruption, polarise la société dans un pays où le 
souvenir du coup d'Etat que son père, élu en 1990, a mené deux 
ans plus tard avec l'aide de l'armée reste vif. 
    Mardi soir, ils étaient au moins 40.000 à s'être rassemblés 
contre Keiko Fujimori. "Jamais plus de Fujimori" ou "Non à un 
narco-Etat", pouvait-on lire sur les banderoles brandies par la 
foule. Les manifestants qualifient Fujimori de menace contre la 
démocratie. Ils l'accusent de vouloir marcher dans les pas de 
son père et, si elle est élue, de rétablir une pratique 
autoritariste du pouvoir. 
    Après avoir annoncé qu'il se joindrait à eux, Kuczynski a 
finalement déclaré devant la presse qu'il lui semblait 
"antidémocratique" de se mêler à une manifestation contre sa 
rivale. 
    "Je considère que cette manifestation est juste, que ses 
principes sont justes, mais si je m'y rends, cela donnera 
l'impression que je ne veux pas que cette élection ait lieu, et 
je crois que ce serait une erreur de ma part", a expliqué 
l'ancien Premier ministre et ex-économiste de la Banque 
mondiale, âgé de 77 ans. 
    Difficile de dire comment ce virage à 180° sera interprété 
par les Péruviens. En renonçant à défiler avec le collectif 
"anti-Keiko", Kuczynski pourrait rassurer les électeurs 
conservateurs qu'inquiètent les manifestations. Mais il risque 
aussi de s'aliéner les adversaires les plus radicaux de Fujimori 
et d'alimenter les critiques sur son indécision présumée, peu 
conforme avec son ambition de présider le pays.  
    Dans les sondages, Fujimori, 41 ans, qui se présente comme 
la mieux à même de combattre la criminalité, a creusé l'écart 
sur son rival en dépit des révélations sur un de ses proches. 
Joaquin Ramirez, secrétaire général de Force populaire, est 
accusé d'implications dans des affaires de trafic de drogue et 
de blanchiment d'argent. Un sondage Ipsos publié dimanche lui 
donne plus de six points d'avance sur son adversaire. 
 
 (Mitra Taj et Marco Aquino; Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant