Mandat d'arrêt européen contre Redoine Faïd après son évasion

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ÉVASION DANS UNE PRISON DANS LA BANLIEUE DE LILLE
ÉVASION DANS UNE PRISON DANS LA BANLIEUE DE LILLE

LILLE (Reuters) - Un mandat d'arrêt européen a été diffusé samedi après l'évasion à l'aide d'explosifs du braqueur Redoine Faïd de la maison d'arrêt de Sequedin (Nord), dans la banlieue de Lille, a annoncé la ministre de la Justice Christiane Taubira.

Le détenu de 40 ans, qui est armé et muni d'explosifs, est soupçonné par les policiers d'être impliqué dans la mort d'une policière municipale dans le Val-de-Marne en 2010 lors d'une tentative de braquage.

"Ce mandat d'arrêt est diffusé dans tout l'espace Schengen, les recherches concernent la Belgique, puisque nous avons une frontière commune, mais s'étendent à l'ensemble de l'espace Schengen", a dit Christiane Taubira lors d'un point de presse à l'issue d'une rencontre avec le personnel de la prison.

Samedi matin, vers 08h00, la porte principale de la maison d'arrêt a été forcée à l'explosif et à l'arme lourde. Redoine Faïd a réussi à prendre quatre membres du personnel de la prison en otage et à sortir de l'enceinte. Il aurait ensuite pris la fuite à bord d'un premier véhicule avant de monter dans un deuxième qui l'attendait un peu plus loin, selon la préfecture du Nord.

La première voiture a été retrouvée à quelques kilomètres de la prison, à Ronchin, à l'endroit où les deux derniers otages ont été libérés.

Les quatre surveillants pénitentiaires sont sains et saufs et ont été placés en observation médicale, a déclaré à la presse le procureur de la République de Lille Frédéric Fèvre.

"Tous les services de police et de gendarmerie sont désormais mobilisés pour le retrouver le plus rapidement possible et aucun élément ne sera négligé", a-t-il dit.

Condamné en 1999 à 18 ans de prison pour une affaire de braquage, Redoine Faïd avait été libéré en 2009 avant d'être réincarcéré en juillet 2011 pour ne pas avoir respecté les mesures d'une libération conditionnelle.

Le grand public avait découvert Redoine Faïd en 2010 grâce à un livre d'entretiens avec le journaliste Jérôme Pierrat, "Braqueur, des cités au grand banditisme", publié par La Manufacture de livres.

Il affirmait alors avoir "enterré son passé" et avait fait le tour des plateaux de télévision.

FAILLE ?

Christiane Taubira a estimé qu'un drame avait été évité de justesse tout en refusant de parler de faille du système de détection.

"C'est une vraie difficulté, il y a des choses qui entrent dans nos établissements qui ne doivent pas entrer (...) Même un téléphone introduit en prison, ça me préoccupe", a-t-elle dit à la presse. "Il y a quand même un travail qui est fait quotidiennement par nos personnels et notre administration pénitentiaire, (...) un travail de détection, de fouille, un travail d'observation."

"On ne peut pas dire qu'il y a une faille, parce que si on dit qu'il y a une faille, c'est de la faute de qui la faille ? Il y a une réalité dans les établissements, on lutte contre cela avec tous les moyens légaux parce que nous sommes dans un Etat de droit, il y a des règles, il y a des conditions dans lesquelles on peut procéder à la surveillance et aux contrôles."

La CGT Pénitentiaire avait dénoncé un peu plus tôt dans la journée un manque de moyens et de systèmes adaptés à la fouille.

Cette évasion "implique que des armes, des explosifs, un téléphone portable ont pu entrer dans le centre pénitentiaire", pouvait-on lire dans un communiqué. "La CGT pénitentiaire avec d'autres syndicats avaient demandé à plusieurs reprises une fouille générale de l'établissement. Hélas, les organisations syndicales n'ont pas été écoutées et la fouille générale demandée n'a jamais eu lieu."

Les fouilles intégrales sur les personnes détenues n'ont par ailleurs pas été remplacées par du matériel de détection adéquat et performant, regrettait l'organisation syndicale.

"La prise d'otage a eu lieu à l'issue d'un parloir", a indiqué de son côté Nicolas Caron, délégué régional de FO Pénitentiaire. "Nous ne sommes pas équipés pour pouvoir détecter des explosifs."

"ESCALADE CRIMINELLE"

Réagissant à l'évasion de Redoine Faïd, le syndicat de défense des policiers municipaux a jugé "absolument anormal qu'en 2013 une telle attaque ait pu avoir lieu et qu'un individu aussi dangereux puisse s'évanouir dans la nature aussi facilement."

"La police municipale est furieuse de l'évasion d'un des meurtriers présumés de notre camarade, et si lui et les auteurs de cette attaque ne sont pas très rapidement arrêtés, nous exigeons la démission du ministre de l'Intérieur Manuel Valls."

Pour son éditeur Pierre Fourniaud, qui décrit un homme "intelligent et charismatique", Redoine Faïd est une personnalité qui s'inspirait des films policiers américains et ne se fixait pas de limites.

"Dans la mesure où il ne s'est jamais fixé de limites et où on a découvert sa mise en cause dans la tentative de braquage sur l'autoroute A4, dans laquelle il est soupçonné, ça voudrait dire que sa vie n'est qu'une escalade criminelle", a-t-il dit à Reuters. "Et qu'il a toujours recherché le fait d'armes le plus incroyable, le plus fou, à l'image de ces films américains dont il s'abreuvait, de cette culture à la fois cinématographique et de polars dont il était très friand."

Pierre Savary, avec Gérard Bon à Paris, édité par Marine Pennetier

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