Mandat d'arrêt contre le fils du président équato-guinéen

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MANDAT D'ARRÊT EN FRANCE CONTRE TEODORIN OBIANG
MANDAT D'ARRÊT EN FRANCE CONTRE TEODORIN OBIANG

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Deux juges d'instruction français ont délivré un mandat d'arrêt pour "blanchiment" contre le fils du président de Guinée équatoriale et vice-président de son pays, Teodorin Obiang, dans l'enquête sur les "biens mal acquis" africains, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

Les juges Roger Le Loire et René Grouman ont décidé cette procédure après que Teodorin Obiang, qui est aussi ministre de l'Agriculture, a refusé de déférer à une convocation mercredi où il devait être mis en examen.

Sollicité par les juges, le procureur de Paris François Molins avait déjà donné le 4 avril un avis favorable à ce mandat d'arrêt, qui interdit de facto Teodorin Obiang de séjour en France, et peut-être de voyages hors de son pays. Les juges soupçonnent un pillage des fonds publics de son pays et leur blanchiment en France.

Lors d'une perquisition de deux semaines en février dans un luxueux immeuble utilisé par Teodorin Obiang, avenue Foch à Paris, les magistrats ont saisi des oeuvres d'art, du mobilier ancien, des vins fins et autres objets précieux d'une valeur globale estimée à plusieurs dizaines de millions d'euros.

Ils avaient auparavant, fin 2011, saisi de nombreuses voitures de luxe au même endroit, dont des Bugatti et des Ferrari. Teodorin Obiang est visé par des procédures similaires aux Etats-Unis où il possèdes des richesses similaires, évalués à plusieurs dizaines de millions de dollars.

Teodorin Obiang étant la première personne poursuivie, c'est le développement le plus marquant à ce jour de cette information judiciaire sans précédent pour "recel de détournement de fonds publics", validée par la Cour de cassation en 2010 contre l'avis du parquet.

D'AUTRES ÉTATS VISÉS

L'avocat français de Teodorin Obiang, Me Emmanuel Marsigny, estime ce mandat d'arrêt illégal, puisqu'un usage protège selon lui toutes les hautes personnalités d'un pays étranger.

"C'est contraire au droit public coutumier international et ça paraît invraisemblable que les juges aient pu s'en affranchir", a-t-il dit à Reuters.

Le gouvernement équato-guinéen devrait saisir le ministère des Affaires étrangères français sur ce point.

L'enquête est susceptible de se développer bien au-delà du cas équato-guinéen puisqu'elle vise aussi les familles d'Ali Bongo (Gabon) et de Denis Sassou N'Guesso (Congo-Brazzaville), qui possèdent respectivement à Paris, selon une enquête de police, 39 et 24 propriétés immobilières de luxe, et environ 200 comptes bancaires au total.

Ali Bongo, reçu officiellement la semaine dernière à Paris par François Hollande, a assuré à cette occasion aux journalistes que la Françafrique, le supposé système d'influence et d'accaparement des richesses fustigé par des associations, "n'existait pas".

Ces pays, riches en pétrole et en ressources naturelles mais dont la population a un niveau de vie très faible, sont stratégiques pour l'influence française en Afrique.

L'organisation anti-corruption Transparency, à l'origine de la procédure, a appelé dans un communiqué le gouvernement français à déclarer Teodorin Obiang "persona non grata" officiellement, comme le lui permet une convention sur les relations diplomatiques.

Elle invite par ailleurs l'Unesco, organisation des Nations Unies chargée de l'éducation et de la culture basée à Paris, à refuser d'accepter Teodorin Obiang comme représentant de son pays et la France à s'y opposer.

La Guinée Equatoriale a engagé sa démarche pour l'y faire admettre en octobre. Teodorin Obiang bénéficierait d'une immunité avec un passeport de l'Unesco.

La veille de la visite d'Ali Bongo, l'organisation de gauche "Sauvez les riches" avait diffusé un communiqué ironique annonçant la fin de la "Françafrique" et expliquant que François Hollande allait demander à son hôte de rendre l'argent suspect.

Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal

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