Malgré la trêve en Syrie, chaque camp songe à la victoire

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par Alastair Macdonald

LONDRES (Reuters) - La trêve entrée en vigueur vendredi en Syrie a probablement permis d'épargner de nombreuses vies humaines mais elle ne suscite guère d'espoirs tant les deux camps semblent plus déterminés que jamais à se battre jusqu'à l'éradication de l'adversaire.

A l'origine de cette initiative, le médiateur international Lakhdar Brahimi n'a pas dû être surpris par les nombreuses violations du cessez-le-feu signalées vendredi: les deux précédentes tentatives de faire taire les armes en Syrie se sont rapidement soldées par des échecs.

Le plus inquiétant pour les efforts de l'émissaire des Nations unies, c'est toutefois que le régime de Bachar al Assad et les insurgés qui le combattent semblent encore moins enclins à la négociation qu'en janvier et en avril.

"Brahimi est confronté à une tâche impossible car chacun des deux camps reste persuadé qu'il peut gagner et déterminé à pousser le moindre avantage", juge Joshua Landis, spécialiste de la Syrie et professeur associé d'études moyen-orientales à l'université d'Oklahoma.

Opposant historique exilé en Allemagne, Fawaz Tello pense qu'une médiation concentrée sur la formation d'un gouvernement d'unité nationale chargé de diriger la transition aurait pu aboutir il y a un an.

"Mais après tout ce sang versé, toutes ces violences confessionnelles, c'est devenu impossible. Maintenant, c'est une bataille et l'un des deux doit gagner", dit-il.

Lakhdar Brahimi lui-même ne manifeste pas un optimisme débridé pour cette trêve, décrétée à l'occasion de l'Aïd al Adha, la fête la plus importante du calendrier musulman au cours de laquelle les croyants célèbrent la fin du pèlerinage à La Mecque et commémorent le sacrifice de son fils par Abraham en geste de soumission à Dieu.

"Nous espérons que l'Aïd sera calme en Syrie, même si ce ne sera pas un Aïd heureux", a dit le diplomate algérien dimanche dernier. "Si nous constatons que le calme s'est maintenu pendant l'Aïd, nous tenterons de construire sur cette base. Si ce n'est pas le cas, nous continuerons néanmoins d'essayer et nous travaillerons à ouvrir la voie de l'espoir pour le peuple syrien."

PAS DE PROGRÈS EN UN AN

Un simple regard un an en arrière contribue à assombrir le tableau: au premier jour de l'Aïd en 2011, 13 morts avaient été signalés, essentiellement des manifestants abattus par les forces de Bachar al Assad.

Vendredi, l'opposition a fait état d'au moins 70 tués à travers la Syrie, même si ce bilan est inférieur aux 150 à 200 morts qui sont devenus le lot quotidien dans ce pays.

Entre ces deux Fêtes du sacrifice, deux tentatives de mettre fin au conflit ont échoué; l'hostilité s'est renforcée entre les deux camps; les tensions confessionnelles menacent de dégénérer au Liban voisin; et l'antagonisme entre pays occidentaux, d'une part, et Chine et Russie, d'autre part, perdure, paralysant la communauté internationale.

Juste avant l'Aïd al Adha de 2011, la Ligue arabe avait exhorté Bachar al Assad à accepter un plan de paix consistant notamment en un arrêt des violences contre les opposants manifestant depuis le mois de mars précédent.

Les pays arabes avaient ensuite déployé plusieurs dizaines d'observateurs fin décembre pour surveiller l'application du plan de paix. Leur impuissance à calmer la répression n'a fait que susciter la colère de la population et leur départ est rapidement devenu inéluctable.

Sollicitées par la Ligue arabe, les Nations unies ont ensuite chargé Kofi Annan de tenter de faire mieux. Ce dernier a obtenu l'instauration d'une trêve en avril dans le cadre d'un plan de paix en six points, qui a volé à son tour en éclats en raison de la poursuite des violences.

Kofi Annan ayant renoncé à sa mission en août, Lakhdar Brahimi, à peine nommé à sa place, se dit face à une tâche "quasi impossible".

"PLUS PETIT DÉNOMINATEUR COMMUN"

Les fêtes religieuses ont historiquement aussi bien servi à déclencher des offensives, comme celle du Têt au Viêtnam en 1968 ou la guerre du Kippour en 1973, qu'à faire taire les armes, comme lors de la trêve de Noël dans les tranchées en 1914. Dans ce dernier cas, elle n'aura pas empêché ensuite les millions de morts de la Première Guerre mondiale.

Pour Lakhdar Brahimi, l'Aïd al Adha permet au moins de montrer ses efforts aux Syriens.

"Après l'effondrement de la mission Annan, Brahimi a décidé d'oeuvrer pour le plus petit dénominateur commun : une trêve à l'occasion de la fête", dit Joshua Landis.

"Il savait que ses chances de réussite étaient très faibles. Mais peut-être que ses efforts, même s'il ne s'agit pas d'un succès, vont dans une petite mesure redonner du moral aux Syriens, qui sauront que le monde ne les a pas oubliés, eux et leurs souffrances."

Pour Fawaz Tello, "ce cessez-le-feu est un moyen de voir si les deux camps, en particulier le régime, sont épuisés et souhaitent une pause. Comme il n'a pas de plan, c'est un bon début."

Cependant, ajoute cet opposant, les insurgés "combattent désormais dos au mur", craignant la mort, la prison ou l'exil en cas de règlement permettant à Bachar al Assad ou à sa minorité alaouite de rester au pouvoir.

"Brahimi et les Nations unies essaient d'amener la situation où ils veulent, c'est-à-dire au point où nous serons très faibles et où nous accepterons une force de maintien de la paix (...) en conservant d'une manière ou d'une autre une partie du régime", pense Fawaz Tello.

"Nous n'allons pas l'accepter", ajoute-t-il, comparant l'objectif des rebelles aux capitulations sans condition qui ont mis fin à la Seconde Guerre mondiale.

Pour Joshua Landis, la médiation de Lakhdar Brahimi ne portera pas de fruits avant longtemps.

"Cependant, ses efforts sont nécessaires", dit-il. "Un jour, les parties seront peut-être prêtes à discuter et l'Onu doit être présente et prête à intervenir en tant que médiatrice. Seule l'Onu a la légitimité pour cette tâche."

Avec Dominic Evans à Beyrouth, Erika Solomon à Atareb, en Syrie, Bertrand Boucey pour le service français

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