Malgré Ankara, le Bundestag reconnaît le génocide arménien

le , mis à jour à 14:33
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    * Ankara dénonce une "erreur historique" et rappelle son 
ambassadeur en poste à Berlin 
    * Le vote intervient à un mauvais moment pour Merkel 
    * La chancelière vante la force des relations avec la 
Turquie 
 
 (Actualisé avec Erdogan, Merkel, § 3-13) 
    par Madeline Chambers 
    BERLIN, 2 juin (Reuters) - Le Bundestag a approuvé jeudi à 
la quasi-unanimité une résolution qualifiant de "génocide" le 
massacre de 1,5 million d'Arméniens par les forces ottomanes en 
1915, provoquant la colère de la Turquie. 
    "Avec un vote contre et une abstention, cette résolution a 
été adoptée par une majorité remarquable du Bundestag", a 
commenté le président de la chambre basse du Parlement allemand 
Norbert Lammert.  
    En déplacement à Nairobi, le président turc Recep Tayyip 
Erdogan a estimé que le vote des députés allemands allait 
"considérablement affecter" les relations entre les deux pays.  
    Dénonçant de son côté une décision erronée fruit, selon lui, 
d'un travail de lobbying raciste de l'Arménie, le Premier 
ministre Binali Yildirim a annoncé le rappel pour consultations 
de l'ambassadeur turc en poste à Berlin. L'an dernier, quand 
l'Autriche a voté une déclaration de reconnaissance du génocide 
arménien, Ankara avait réagi de même. 
    Dans la matinée, avant le vote, Yildirim avait une nouvelle 
fois mis en garde la chambre basse du Parlement contre un vote 
"irrationnel" susceptible de mettre à l'épreuve l'amitié entre 
les deux pays.  
    Son vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement, 
Numan Kurtulmus, a estimé que le vote des députés allemands 
constituait une "erreur historique" tandis que le chef de la 
diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, faisait état d'une décision 
"irresponsable et infondée". 
    Ankara admet que les Arméniens ont été massacrés mais 
conteste le chiffre de 1,5 million et nie l'organisation d'une 
campagne pour leur élimination systématique.  
    L'Arménie s'est au contraire logiquement félicitée de 
l'adoption de cette résolution. "Alors que l'Allemagne et 
l'Autriche, en tant qu'anciennes alliées de l'empire ottoman, 
reconnaissent aujourd'hui leur part de responsabilité dans le 
génocide arménien, les autorités de Turquie continuent à rejeter 
obstinément le fait indéniable de génocide commis par l'empire 
ottoman", a déclaré le ministre arménien des Affaires 
étrangères, Edouard Nalbandian, dans un communiqué. 
     
    "EXEMPLAIRE DANS L'HISTOIRE DES EXTERMINATIONS DE MASSE,  
    DU NETTOYAGE ETHNIQUE, DES DÉPORTATIONS,  
    ET OUI, DES GÉNOCIDES QUI ONT MARQUÉ LE XXE SIÈCLE" 
    La résolution, plusieurs fois reportée depuis un an, est le 
fruit d'une initiative des Verts et a reçu le soutien du bloc 
conservateur CDU-CSU et des sociaux-démocrates du SPD qui 
gouvernent dans le cadre de la "grande coalition".  
    "Le sort des Arméniens est exemplaire dans l'histoire des 
exterminations de masse, du nettoyage ethnique, des 
déportations, et oui, des génocides qui ont marqué le XXe siècle 
de terrible façon", lit-on dans le texte de la déclaration. 
    Mais le moment de ce vote n'est pas le mieux choisi pour 
Angela Merkel qui a engagé une partie de son avenir politique 
sur l'accord conclu en mars avec la Turquie par lequel Ankara a 
accepté d'endiguer le flot de migrants arrivant en Europe en 
échange d'avantages divers, en matière de visas notamment, et de 
l'accélération des discussions sur l'entrée de la Turquie dans 
l'Union européenne. 
    La chancelière était absente du Bundestag lors du vote, de 
même que le vice-chancelier et ministre de l'Economie Sigmar 
Gabriel et le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter 
Steinmeier. Elle a réagi à l'adoption de la résolution en 
soulignant que les relations avec la Turquie étaient "amples et 
fortes". 
    "Beaucoup de choses lient l'Allemagne à la Turquie et même 
si nous avons une divergence d'opinion sur une question 
particulière, l'ampleur de nos liens, de notre amitié, de nos 
liens stratégiques est forte", a-t-elle dit lors d'une 
conférence de presse commune à Berlin avec le secrétaire général 
de l'Otan, Jens Stoltenberg. 
    Des responsables allemands ont dit espérer que l'adoption de 
ce texte ne remettrait pas en cause l'accord turco-européen du 
18 mars mais ajoutent que le président Erdogan a intérêt à faire 
en sorte qu'il fonctionne. 
    Au cours du débat parlementaire, plusieurs députés allemands 
ont souligné qu'il ne s'agissait de montrer du doigt l'actuel 
gouvernement turc mais de favoriser au final les efforts de 
réconciliation entre la Turquie et l'Arménie. "Nous savons de 
notre propre expérience combien il est difficile et douloureux 
de travailler sur le passé, mais c'est la seule manière de faire 
croître la confiance des hommes et la force", a dit l'élu 
social-démocrate Rolf Mützenich. 
    Au total, plus de vingt pays, dont une dizaine de pays de 
l'Union européenne, ont reconnu le génocide arménien. En France, 
les massacres d'Arméniens ont été officiellement qualifiés de 
génocide en 2001, mais le conseil constitutionnel a censuré en 
2011 une loi sanctionnant la négation de ce génocide. 
 
 (avec Orhan Coskun et Ece Toksabay à Ankara; Danielle Rouquié, 
Nicolas Delame, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour 
le service français) 
 
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