Maisons closes et balade en vélos en marge des négociations sur l'Iran

le , mis à jour à 14:14
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par John Irish VIENNE, 6 juillet (Reuters) - Les négociations qui se tiennent à Vienne sur le programme nucléaire iranien s'apparentent en théorie à tout sauf à une partie de plaisir pour la horde de journalistes, d'experts et de diplomates engagés dans une course contre la montre en vue d'un potentiel accord censé clore un contentieux de plus de dix ans. Mais les apparences sont souvent trompeuses. "Les affaires prospèrent", se réjouit un gérant de maison close de la capitale autrichienne, espérant à demi-mot que les négociations se poursuivent le plus longtemps possible au vu des retombées financières sur son établissement. Refroidis par les prix pratiqués à Lausanne, en Suisse, où s'est tenu le dernier round de négociation en mars, des journalistes ne cachent pas leur plaisir de revenir en Autriche où les maisons closes sont légales et les rumeurs légion. Certains évoquent l'existence de souterrains secrets reliant des bordels au Palais Cobourg, un hôtel du 19e siècle qui accueille les pourparlers entre le groupe G5+1 et Téhéran. Une rumeur infondée qui, selon un diplomate, tirerait son origine du film "Le troisième homme" de Carol Reed et sa légendaire scène de poursuite dans les égouts de la ville. Pour certains négociateurs, rien ne vaut toutefois un bon bol d'air frais pour tenter de se déconnecter des discussions sur les centrifugeuses et sur les détails techniques des inspections des sites iraniens par l'Onu. L'un d'entre eux a ainsi parcouru 70km en vélo le long du Danube, visiblement pas refroidi par l'accident de vélo du secrétaire d'Etat américain John Kerry en mai à la veille d'une rencontre avec son homologue iranien. D'autres ont profité de leur temps libre pour piquer une tête dans les piscines de la ville. "UN JOUR SANS FIN" Plus de deux ans après le début des discussions, la patience de certains semble toutefois avoir atteint ses limites et la réussite de ce qui est présenté comme la dernière ligne droite tourne à l'obsession. "C'est assez obsessionnel, j'aimerais bien faire autre chose. Il y a de quoi devenir chèvre", souligne un diplomate. Car hôtel de luxe ou pas, dix jours de buffet identique ont rapidement eu raison de la bonne humeur des négociateurs, journalistes ou diplomates les mieux disposés. La délégation iranienne a trouvé la parade en se faisant livrer des plats d'un restaurant perse local. Avant même l'annonce d'une extension des pourparlers, initialement prévus pour durer jusqu'au 30 juin, une délégation se préparait déjà mentalement à jouer les prolongations et esquissait un parallèle avec "Un jour sans fin", un film dans lequel un homme revit encore et encore la même journée. Pour tenter d'apaiser la lassitude des journalistes, un employé du ministère des Affaires étrangères autrichien apporte au moins une fois par jour des glaces à la presse. Le chef de la diplomatie autrichienne Sebastian Kurz a invité les journalistes étrangers à un brunch dominical. Un évènement qui a donné lieu à des scènes étonnantes entre des journalistes, les correspondants iraniens et israéliens - dont les pays sont à couteaux tirés - se prêtant volontiers au jeu du selfie en posant aux cotés du ministre autrichien. (Avec Louis Charbonneau et Fedja Grulovic, Marine Pennetier pour le service français)

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