Mai marque un tournant pour le marché de la gestion des fonds

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par Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - La performance des fonds commercialisés en France aura encore accéléré en mai, le mois dernier marquant toutefois un tournant avec un repositionnement des portefeuilles sur fond d'interrogations croissantes entourant l'avenir des politiques monétaires des grandes banques centrales.

Les fonds commercialisés en France affichent une progression de 5,1% sur les cinq premiers mois de l'année, contre +3,8% sur janvier-avril et +3,3% au premier trimestre, soutenus par la hausse des gestions actions passée de 5,6% au premier trimestre à 8,4% sur la période janvier-mai, selon les données compilées par Lipper, filiale de Thomson Reuters.

"Le mois de mai a constitué un tournant pour le marché, qui avait été jusqu'ici soutenu par l'issue des négociations sur le ?fiscal cliff' aux Etats-Unis, le programme de rachats d'actifs (QE) de la Fed, les mesures de la Banque du Japon et la situation économique des Etats-Unis", commente Andrew Harmstone, gérant chez Morgan Stanley Investment Management.

"Maintenant, nous pourrions connaître un peu plus de turbulences alors que la Fed pourrait réduire ses rachats d'actifs. La réduction du programme d'assouplissement quantitatif de la Fed pourrait ramener les marchés à des niveaux plus normaux", ajoute-t-il.

La performance des fonds actions a surtout été alimentée par celle des gestions spécialisées dans les titres américains (+17% sur janvier-mai contre +11,3% sur janvier-avril), dopées par la reprise économique aux Etats-Unis et la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine jugée plus agressive et pragmatique.

"ENVIE DE TEMPORISER"

La perspective d'une modération prochaine des rachats d'actifs de la Fed, qui a limité la hausse de l'indice SBF 120 à 2,55% en mai, suscite des interrogations pour la suite.

"Les investisseurs ont envie de temporiser, d'attendre de voir si les politiques de reflation ont fonctionné. C'est une phase de transition", relève Jeanne Asseraf-Bitton, responsable de la recherche cross asset chez Lyxor AM.

"Les investisseurs prennent leurs bénéfices sur les actifs ayant profité des injections massives de liquidités comme les taux longs, en particulier en Europe, ou encore les actions japonaises", observe-t-elle, soulignant une rotation des valeurs défensives vers les cycliques.

Ces prises de bénéfices se sont matérialisées par une décollecte nette de près de 1,4 milliard d'euros le mois dernier dans les OPCVM actions de droit français et par 772 millions d'euros de rachats dans les ETFs (exchange traded funds) sur indices actions, selon un extrait de la note mensuelle d'EuroPerformance.

Du côté des fonds obligataires, la collecte nette a atteint 304 millions d'euros le mois dernier, mais elle s'est surtout concentrée sur les fonds de courte maturité, en particulier les fonds d'emprunts mixtes (privés/Etats), indique l'agence spécialisée dans la mesure de l'analyse de la performance des fonds d'investissement européens.

"On ne devrait pas assister à une sortie massive des obligations car les banques centrales sont très attentives et vont encadrer la remontée des taux longs. Il y a de la surévaluation dans les obligations, mais on pense préférable d'éviter les positions vendeuses car les banques centrales sont en face", commente Jeanne Asseraf-Bitton.

L'attention des investisseurs est désormais tournée vers les Etats-Unis et la réunion mardi et mercredi du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) alors que plusieurs membres de la Réserve fédérale ont tenu des discours contradictoires afin de préparer le marché à ce que pourrait faire la banque centrale américaine.

Edité par Dominique Rodriguez

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