Mahmoud Abbas va plaider a l'Onu la cause d'un Etat palestinien

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par Alistair Lyon

NATIONS UNIES (Reuters) - Le president de l'Autorite palestinienne, Mahmoud Abbas, devait remettre dans la journee au secretaire general de l'Onu, Ban Ki-moon, la demande officielle de reconnaissance d'un Etat palestinien par les Nations unies, reconnaissance a laquelle les Etats-Unis ont annonce qu'ils opposeraient leur veto.

L'initiative de Mahmoud Abbas, un modere de 76 ans hostile a la violence, illustre la desillusion des Palestiniens apres vingt annees de discussions, sous le parrainage des Etats-Unis, qui n'ont pas permis de surmonter les principaux obstacles sur le chemin de la paix - la colonisation juive en Cisjordanie, le statut de Jerusalem et la question des refugies.

Elle souligne aussi la baisse d'influence des Etats-Unis dans la region apres la vague de contestation du "Printemps arabe" qui a aggrave l'isolement d'Israel, alors que le president Barack Obama avait fait du reglement du dossier proche-oriental l'une de ses priorites a son arrivee a la Maison Blanche en janvier 2009.

Le president de l'Autorite palestinienne doit prendre la parole dans la journee a la tribune de l'Assemblee generale de l'Onu, de meme que le Premier ministre israelien, Benjamin Netanyahu.

Pour ce dernier, seule une reprise des negociations directes entre Israeliens et Palestiniens, suspendues depuis l'offensive sanglante de Tsahal dans la bande de Gaza en decembre 2008 et janvier 2009, peut aboutir a la naissance d'un Etat palestinien.

PROPOSITION FRANCAISE

Le president Obama a fait part mercredi de sa frustration devant le manque de progres mais a egalement affirme que seules des negociations directes, et non des resolutions votees aux Nations unies, pourraient apporter la paix,

"Je suis convaincu qu'il n'y a pas de raccourci vers l'issue d'un conflit qui dure depuis des decennies. La paix ne viendra pas avec des communiques et des resolutions de l'Onu", a-t-il dit devant l'Assemblee generale.

Mahmoud Abbas, en reclamant pour la Palestine le statut de membre a part entiere des Nations unies, passe outre aux menaces de represailles economiques brandies par certains hommes politiques americains et israeliens.

Si de telles represailles etaient decidees, cela pourrait amener l'Autorite palestinienne a annoncer son autodissolution, forcant le gouvernement Netanyahu a reprendre en main l'administration de toute la Cisjordanie, ce dont Israel se passerait bien.

"Nous inviterions dans ce cas les Israeliens a etre la seule autorite entre le Jourdain et la Mediterranee", a dit a la radio israelienne Saeb Erekat, conseiller d'Abbas et veteran des negociations israelo-palestiniennes.

Les dissensions entre Palestiniens, surtout depuis la prise de controle de la bande de Gaza par les islamistes du Hamas en juin 2007, et les considerations de politique interieure qui s'imposent a Barack Obama a un an de l'election presidentielle, compliquent encore la situation.

Ismail Haniyeh, qui dirige les autorites du Hamas dans la bande de Gaza, a affirme vendredi que les Palestiniens devaient liberer leur terre et non "mendier" la reconnaissance d'un Etat par les Nations unies.

"Le peuple palestinien, notre peuple, ne mendie pas pour avoir un Etat (...) Les Etats ne se batissent pas sur des resolutions des Nations unies. Il s'agit de liberer notre terre", a-t-il dit.

"Depuis plus de soixante ans, le peuple palestinien se bat et resiste. Des milliers de martyrs, de prisonniers, se sont sacrifies pour liberer notre terre. Un Etat palestinien ne peut naitre ni d'un marchandage ni d'un chantage."

Le president francais Nicolas Sarkozy, pour sa part, a propose mercredi une feuille de route: il propose que Mahmoud Abbas reparte de New York avec la perspective que l'Assemblee generale octroie a la Palestine le statut intermediaire d'Etat observateur. Il donne un mois aux protagonistes du conflit pour reprendre les negociations, six mois pour s'accorder sur les frontieres du futur Etat palestinien et les questions de securite, un an pour un accord definitif.

Benjamin Netanyahu a "pris acte" de ces propositions - ce qui, en langage diplomatique, est synonyme de desaccord.

PLUS DE SOIXANTE ANS DE CONFLIT

Ces dernieres heures, les diplomates se sont employes a eviter un affrontement sur l'initiative palestinienne a l'Onu.

Un haut responsable americain a declare que les representants du "Quartet" des mediateurs sur le Proche-Orient, qui regroupe les Etats-Unis, la Russie, l'Union europeenne et les Nations unies, "continuaient de travailler de facon constructive".

L'objectif est de mettre au point une declaration qui permettrait la reprise de negociations de paix directes israelo-palestiniennes.

La secretaire d'Etat americaine Hillary Clinton, qui a rencontre separement Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahu a l'Onu, a declare que Washington allait continuer de faire pression en faveur d'une paix durable et negociee.

"Quoi qu'il se passe (ce vendredi) aux Nations unies, nous gardons le cap sur ce qui se passera apres", a-t-elle dit aux journalistes.

Le conflit israelo-palestinien dure depuis 64 ans et la partition de la Palestine par les Nations unies, qui avait donne naissance a l'Etat d'Israel. Les pays arabes avaient refuse cette decision et declare la guerre a l'Etat juif. Celui-ci etait sorti vainqueur des combats, prenant le controle de plus de territoires que ne lui en avait accorde l'Onu. Des centaines de milliers de Palestiniens avaient pris le chemin de l'exil pour s'entasser dans des camps de refugies dans les pays arabes voisins.

Lors de la guerre des Six-Jours en juin 1967, Israel a occupe la Cisjordanie, notamment la partie orientale de Jerusalem, et la bande de Gaza. Vingt ans apres, l'Organisation de liberation de la Palestine (OLP) dirigee alors par Yasser Arafat limitait ses exigences a obtenir la creation d'un Etat palestinien dans ces territoires occupes, avec Jerusalem-Est comme capitale.

Un accord signe en 1993 entre Yasser Arafat et le Premier ministre israelien de l'epoque, Yitzhak Rabin, prevoyait un statut d'autonomie palestinienne qui n'a jamais ete pleinement mis en oeuvre.

Les Israeliens se sont retires de la bande de Gaza mais ont poursuivi la colonisation en Cisjordanie occupee.

Deux soulevements contre l'occupation israelienne, les deux intifadas, se sont produits en 1987 et 2000.

Avec Dan Williams a Jerusalem et Emmanuel Jarry aux Nations unies; Guy Kerivel pour le service francais

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