Madrid persiste dans la rigueur malgré la récession

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L'ESPAGNE PRÉSENTERA VENDREDI UN "BUDGET TRÈS SÉVÈRE"
L'ESPAGNE PRÉSENTERA VENDREDI UN "BUDGET TRÈS SÉVÈRE"

par Paul Day

MADRID (Reuters) - L'Espagne annonce un "budget très sévère", qui sera présenté vendredi au lendemain de la première grève d'ampleur nationale organisée depuis la formation du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Le président du gouvernement espagnol a certes obtenu le mois dernier une concession de la Commission européenne, qui a accepté de ramener à 5,3% du produit intérieur brut (PIB) l'objectif de déficit public pour cette année, contre 4,4% auparavant.

Madrid, dont le déficit a atteint 8,5% du PIB l'an dernier, est désormais sous surveillance, comme l'illustre les tensions sur le rendement de sa dette à long terme, et doit toujours revenir sur le seuil des 3,0% du PIB en 2013.

Mariano Rajoy a évoqué mardi un "budget très, très sévère" alors que les objectifs de réduction du déficit implique une baisse des dépenses d'au moins 35 milliards d'euros.

Confronté à la montée de la contestation sociale, son gouvernement est coincé entre le risque de plonger le pays dans la récession et celui de voir le coût de sa dette s'envoler s'il ne maîtrise pas les comptes publics.

"Le gouvernement a une tâche difficile devant lui au regard des vents contraires auxquels l'économie doit faire face actuellement", résume Emilio Ontiveros, économiste à l'institut AFI, à Madrid.

L'économie espagnole, qui a connu un taux de croissance de 3,4% par an en moyenne sur la période 2001-2007, a connu 18 mois de récession à partir de 2008 après l'éclatement d'une bulle immobilière qui a déprimé la demande intérieure et provoqué un chômage de masse.

Depuis la sortie de récession au premier trimestre 2010, le pays peine à renouer avec la croissance, et l'activité s'est contractée au dernier trimestre de 2011.

Pour cette année, les prévisions gouvernementales anticipent une contraction de l'activité de 1,7%. De nombreux économistes sont plus pessimistes encore, ceux de la banque américaine Citi prévoyant ainsi un recul de 2,7% du PIB cette année et encore de 1,3% en 2013.

L'Espagne et la Commission européenne ont démenti mardi des articles de la presse espagnole disant que Bruxelles avait enjoint à Madrid de faire appel à une aide européenne pour refinancer son secteur bancaire. Madrid a demandé aux banques espagnoles de renforcer leurs fonds propres de 50 milliards d'euros pour consolider leur bilan mis à mal par la crise immobilière.

UN BUDGET AUTODESTRUCTEUR

"Il est vraisemblable que l'Espagne sera poussée à demander (...) un programme d'aide sous une forme ou sous une autre au cours de l'année 2012, soit parce qu'elle ne pourra plus accéder à des financements de marché dans des conditions abordables, soit plus probablement parce que la BCE fera d'un programme d'aide une condition à la poursuite du refinancement des banques espagnoles", écrivent les économistes de Citi dans une note de recherche.

Pour parvenir à ses fins, le gouvernement devra réaliser 64 milliards d'euros d'économies, estime le cercle de réflexion espagnol Fedea, tandis que le cabinet de consultants Funcas avance un chiffre légèrement inférieur à 55 milliards d'euros.

"Franchement c'est impossible (...) La pire nouvelle est tombée pendant les 100 premiers jours du gouvernement Rajoy avec cette dérive budgétaire", a déclaré Luis Garicano, chercheur de Fedea.

Un ajustement d'une telle ampleur fait redouter un cercle vicieux avec une baisse du PIB, une fragilisation du secteur bancaire, des restrictions financières pour les ménages et les entreprises, une hausse du chômage et de nouvelles baisses du PIB, prévient-il.

Le gouvernement, qui a déjà annoncé 15 milliards d'économies et de nouvelles taxes, a dit qu'il ne relèverait pas la TVA, mais il a mis les collectivités locales en demeure de faire des coupes.

Ces dernières, qui représentent environ la moitié de la dépense publique, sont les grandes fautives de la dérive budgétaire de l'année dernière, avec un déficit qui a atteint plus du double des prévisions.

Si les sondages font ressortir une certaine résignation des Espagnols à l'austérité, la victoire sans majorité du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy dimanche lors des élections régionales en Andalousie et l'appel à une grève nationale jeudi montrent que leur patience a des limites.

Le PP a remporté les élections en Andalousie, bastion historique du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), sans toutefois obtenir la majorité absolue escomptée ni être assuré de diriger le futur exécutif.

Le gouvernement a dit mardi que les départements devraient réduire leurs dépenses de 15%, contre une baisse prévue précédemment de 12%, et n'a pas exclu une modification de l'impôt sur les sociétés pour augmenter ses recettes.

La grève de jeudi, à laquelle les organisations syndicales du pays ont appelé pour protester contre la réforme du marché du travail, pourrait se transformer en un vaste mouvement de contestation de la politique d'austérité.

"L'Espagne est sur une pente très, très glissante désormais (...) Le risque pays spécifique refait surface, l'Espagne est confrontée à des problèmes structurels et il faudra des années et des années pour les résoudre. Ce paquet fiscal est autodestructeur", estime Nicola Spiro, du cabinet de consultants spécialisé dans les risques souverains, Spiro Sovereign Consulting.

Avec Manuel Ruiz, Marc Joanny pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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