Madrid durcit l'austérité sous la pression de l'UE

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L?ÉCONOMIE ESPAGNOLE
L?ÉCONOMIE ESPAGNOLE

par Andrés González et Tracy Rucinski

MADRID (Reuters) - Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a présenté mercredi un vaste plan d'augmentation des prélèvements obligatoires et de diminution des dépenses publiques destiné à réduire le déficit de l'Etat de 65 milliards d'euros en deux ans et demi.

Dans un discours aux Cortes, interrompu par les railleries et les huées de l'opposition, il a annoncé une hausse de trois points de la TVA, à 21%, dès le 1er août selon une source, et présenté les grandes lignes d'un plan de réduction des indemnités de chômage, ainsi que des traitements et avantages de la fonction publique.

Il avait promis durant sa campagne électorale de ne pas modifier la TVA.

"Ces mesures ne sont pas agréables mais elles sont nécessaires. Nos dépenses publiques dépassent nos ressources de plusieurs dizaines de milliards d'euros", a-t-il déclaré.

De nouvelles taxes sur l'énergie, des projets de privatisation des infrastructures portuaires, aéroportuaires et ferroviaires ont été annoncées et des avantages fiscaux dans le secteur immobilier rétablis par son parti-le Parti populaire (PP)- ont été supprimé.

Il n'a cependant pas touché aux retraites et a souligné que ces mesures visaient à transférer la charge fiscale de l'impôt direct sur le travail et le revenu vers l'impôt indirect sur la consommation.

MESURES IMPOPULAIRES

Les annonces de Mariano Rajoy ont quelque peu apaisé les tensions sur le marché de la dette espagnole. Le rendement de l'emprunt à 10 ans était revenu à 6,589% en fin de journée alors qu'il avait atteint 6,916% dans la matinée.

L'Espagne, dont l'économie est en récession -avec un taux de chômage record à 24,4%- voit ses recettes fiscales baisser dangereusement, ce qui compromet la réalisation des objectifs de réduction de son déficit convenus avec l'Union européenne (UE).

Les ministres des Finances de l'UE ont accordé mardi à Madrid un an de plus, soit jusqu'en 2014, pour ramener son déficit à 3% du produit intérieur brut (PIB).

Pour cette année, l'objectif a été assoupli à 6,3% du PIB, mais même ce taux révisé paraît difficile à atteindre.

Pendant ce temps, dans les rues de Madrid, des centaines de mineurs manifestaient contre la baisse des subventions à l'exploitation minière, dans un contexte de montée en puissance du mécontentement de la population contre les mesures d'austérité.

Le niveau élevé du déficit et les difficultés des banques espagnoles, qui pourront recevoir jusqu'à 100 milliards d'euros d'aide européenne, restent au coeur de la crise de la dette en zone euro, avec la crainte que le pays ne soit acculé à demander un plan de sauvetage, comme la Grèce, le Portugal et l'Irlande.

LE TOURISME ET L'AUTOMOBILE INQUIETS

Avec ces mesures, Mariano Rajoy a totalement remanié son précédent projet de budget, qui prévoyait 48 milliards d'euros d'économies pour 2012, trop peu pour ramener le déficit en ligne avec les objectifs fixés.

Le président du gouvernement a également annoncé des réformes dans les administrations municipales, la fermeture de certaines entreprises publiques, ainsi que des coupes dans les dépenses budgétaires destinées aux partis politiques et aux syndicats.

Le taux de base de la taxe sur la valeur ajoutée a été relevé de 18 à 21% et le taux réduit de 8% à 10%, une mesure qui pourrait venir peser encore davantage sur la consommation.

Ce relèvement s'est attiré les foudres de l'industrie du tourisme espagnol, bénéficiaire du taux réduit, qui dit craindre de perdre deux milliards d'euros.

Le tourisme représente 11% de l'économie espagnole et reste l'un des seuls moteurs d'une économie ébranlée par l'explosion de la bulle immobilière.

Pour chaque point de pourcentage ajouté à la TVA, l'industrie perdra plus de 9.000 emplois, a prévenu l'Alliance pour l'excellence du tourisme en Espagne (Exceltur).

Le secteur de l'automobile a également fait part de ses inquiétudes. Il prévoit de vendre entre 20.000 et 25.000 véhicules de moins au cours des cinq prochains mois.

Pour l'Association espagnole des constructeurs (ANFAC), le relèvement de la fiscalité "va inévitablement conduire des consommateurs à retarder des achats dans une période de confiance faible".

Dans un contexte où le quart de la population et la moitié des jeunes sont au chômage, le gouvernement a également annoncé que les indemnités de chômage allaient être ramenées de 60% à 50% au-delà des six premiers mois. Mariano Rajoy a dit que ces mesures visaient à inciter au retour sur le marché du travail.

La Commission européenne a salué ce plan d'austérité, soulignant qu'il aiderait le pays à atteindre ses objectifs en matière de réduction des déficits budgétaires.

Juliette Rouillon et Nicolas Delame pour le service français, édité par Marc Angrand

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  • frecol le mercredi 11 juil 2012 à 20:24

    si j ai bonne mémoire,il y a 2 mois l espagne n avait besoin de personne pour sauver son économie,ensuite elle voulait bien de l aide à condition de ne pas avoir de comptes à rendre à l ue,maintenant voyez ou elle en est,c est une grande comédie cette crise en réalité et elle est très bien orchestrée

  • renard le mercredi 11 juil 2012 à 19:41

    4 points de C.S.G., c'est bien pire que 3 points de T.V.A... dans le second cas, tu n'es pas obligé de consommer... dans le premier cas, tu es bien obligé de travailler, et même ceux qui ne travaillent pas, assistés et rentiers, vont la sentir passer cette augmentation, elle va toucher TOUT le monde !!

  • wanda6 le mercredi 11 juil 2012 à 19:41

    C'est un hold-up et le plus grand de tous les temps.

  • M140210 le mercredi 11 juil 2012 à 14:51

    mnanni, très intéressant

  • vegamega le mercredi 11 juil 2012 à 13:43

    Oui, le peuple doit payer les conn eries des banquiers.

  • mnanni le mercredi 11 juil 2012 à 13:42

    voici un lien qui résume parfaitement la situation européenne : http://www.marianne2.fr/Annie-Lacroix-Riz-complot-et-strategie-du-choc_a220585.html?TOKEN_RETURN

  • jfvl le mercredi 11 juil 2012 à 11:00

    Cela existe donc des politiques responsables !

  • M6437502 le mercredi 11 juil 2012 à 10:38

    Et voilà une décision que FH n'a pas été capable de prendre!

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