Madrid adjuge plus d'obligations qu'annoncé, mais paye très cher

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Madrid adjuge plus d'obligations qu'annoncé, mais paye très cher
Madrid adjuge plus d'obligations qu'annoncé, mais paye très cher

par Raoul Sachs et Paul Day

PARIS/MADRID (Reuters) - L'Espagne a adjugé jeudi 2,2 milliards d'euros d'obligations à moyen terme, dépassant son objectif maximal tant la demande a été forte, mais elle a dû concéder des taux bien plus élevés que lors des adjudications précédentes, ce qui illustre les fortes craintes de contagion de la crise de la dette en zone euro.

L'Espagne s'est ainsi financée à 5 ans en payant un intérêt plus de quatre fois plus élevé que la France, qui a émis 8,432 milliards d'euros de dette à moyen terme (BTAN à deux, trois, quatre et cinq ans) à des taux moyens sensiblement inférieurs à ceux des adjudication précédentes, profitant du contexte persistant de forte aversion au risque.

L'Espagne a cependant bénéficié d'une relative accalmie sur le marché qui, sur la foi des déclarations de plusieurs responsables européens, anticipe un accord lors du sommet européen des 28 et 29 juin qui élargirait le rôle du Mécanisme européen de stabilité (MES) en lui permettant de racheter des emprunts d'Etat sur le marché secondaire et en le dotant d'une licence bancaire qui lui ouvrirait les portes des opérations de refinancement de la Banque centrale européenne.

Avant comme après l'adjudication, les cours des obligations espagnoles, massacrées ces dernières semaines, remontaient et les taux se détendaient.

"Le résultat est franchement bon. Ils ont dépassé le montant maximum visé mais y compris le prix a été bon. Les trois obligations ont toutes été adjugées plus de 20 centimes au-dessus des niveaux du marché secondaire", souligne Michael Leister, stratégiste à la DZ Bank à Francfort.

Le Trésor espagnol a placé 2,2 milliards d'euros à deux, trois et cinq ans, alors qu'il visait 2,0 milliards. Il a notamment émis 700 millions d'euros d'obligations à deux ans au taux moyen de 4,706% contre 2,069% en avril. Le ratio de couverture, du fait des faibles montants offerts, s'est établi à 4,0 contre 2,8.

Madrid a également placé 602 millions d'euros à 5 ans au taux moyen de 6,072% (un record depuis 1997, soit deux ans avant le basculement des marchés dans l'euro) contre 4,96% en mai, le ratio de couverture étant ressorti à 3,4 contre 3,1.

LA FRANCE BÉNÉFICIE DE LA RECHERCHE DE RENDEMENT

La demande pour la dette souveraine française ne s'est pas démentie lors de la première adjudication de l'Agence France Trésor depuis les élections législatives.

L'émission de l'AFT s'est située dans le haut de la fourchette annoncée de 7,0 à 8,5 milliards. Le ratio de couverture global s'est établi à 2,46, la demande ayant atteint 20,752 milliards d'euros.

Les taux moyens des BTAN de référence à deux et cinq ans ont baissé respectivement de 0,74% à 0,54% et de 1,72% à 1,43% par rapport au mois dernier, et donnent en même temps la mesure des disparités de traitement entre les pays de la zone euro.

"Une fois encore, la demande pour le papier français a été forte, illustrant la demande persistante de papier liquide des pays du noyau dur (de la zone euro) qui offrent un meilleur rendement que le papier allemand, particulièrement sur les maturités courtes et moyennes", dit Peter Chatwell, stratégiste taux chez Crédit agricole.

"Les fonds français qui étaient investis dans la dette espagnole ou italienne ont été rapatriés en France au cours des deux ou trois derniers mois, et cela a contribué à la baisse des taux", dit Lyn Graham-Taylor, stratégiste chez Rabobank.

Il souligne qu'il doit aussi y avoir des arbitrages consistant à vendre l'Allemagne et à acheter la France pour obtenir du rendement.

L'AFT, qui gère la dette de l'Etat, a également émis 1,44 milliard d'euros d'obligations assimilables du Trésor indexées sur l'inflation française (OATi) et sur l'inflation de la zone euro (OATei) à 10, 11 et 15 ans, les taux réels moyens sur ces maturités s'étant largement détendus. Le ratio de couverture s'est établi à 2,78%.

Au terme du premier semestre 2012, l'AFT a émis 116,04 milliards d'euros de titres à moyen et long terme, ce qui représente 65,2% du total du programme d'émission 2012 (178 milliards d'euros, net des rachats).

Avec le Bond Desk à Londres, édité par Dominique Rodriguez

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