Macron rabote les comptes publics pour asseoir sa crédibilité

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    * Réunion autour de Macron sur les finances publiques 
    * Le président entend montrer que la France est responsable 
    * Il veut nouer une alliance avec Merkel pour relancer 
l'Europe 
    * La Cour des comptes voit un trou de 9 milliards-Canard 
enchaîné 
 
 (Actualisé avec fin de la réunion, Canard enchaîné) 
    par Jean-Baptiste Vey 
    PARIS, 27 juin (Reuters) - Emmanuel Macron et son 
gouvernement s'apprêtent à raboter les comptes publics pour 
asseoir leur crédibilité auprès de l'Allemagne et achever de la 
convaincre de mener avec la France la relance de l'Union 
européenne et la réforme de la zone euro. 
    Le chef de l'Etat a réuni mardi le Premier ministre, Edouard 
Philippe, et les ministres des Finances et des Comptes publics, 
Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, trois hommes issus des 
Républicains dont la mission sera de ramener les déficits sous 
la limite européenne de 3% du PIB cette année.  
    La France ne subissant aucune pression des marchés, l'enjeu 
pour le nouvel exécutif n'est pas d'abord financier mais 
diplomatique.    
    Il veut ancrer l'idée que les années de supposée 
irresponsabilité sont terminées et sortir la France de la 
procédure européenne de déficit excessif pour qu'elle retrouve 
sa crédibilité. 
    "Pour ce qui est de l'Union européenne, je crois que la voix 
de la France est importante et qu'elle peut faire changer 
beaucoup de choses", expliquait Emmanuel Macron jeudi lors du 
Conseil européen. "Mais cela suppose que la France soit 
exemplaire, pour elle-même et aux yeux des autres, et donc 
qu'elle dise clairement ce qu'elle veut et qu'elle fasse ce 
qu'elle dit, ce qui est la clé de la crédibilité." 
    Le précédent gouvernement s'était engagé à ramener le 
déficit à 2,8% du PIB fin 2017 mais le Haut conseil des finances 
publiques s'était montré dubitatif, une appréciation que devrait 
confirmer la Cour des comptes dans un rapport présenté jeudi, en 
même temps qu'un audit demandé par  le Premier ministre.  
    Selon Le Canard enchaîné à paraître mercredi, la Cour des 
comptes a établi qu'il manquait 9 milliards d'euros pour boucler 
le budget 2017. Ce montant correspond à environ 0,4 point de 
PIB, ce qui porterait le déficit à 3,2%, un chiffre évoqué par 
TF1 lundi et que Bruno Le Maire s'était refusé à commenter. 
    Interrogé sur cet article, il a invité mardi les 
journalistes à "lire le rapport de la Cour des comptes qui 
sortira jeudi pour avoir des chiffres exacts".   
     
    SÉCURITÉ, JUSTICE, ÉDUCATION ÉPARGNÉES ? 
    La Cour a déjà estimé le mois dernier que les conditions 
propices ayant marqué l'année 2016 n'avaient pas été 
suffisamment mises à profit pour rétablir les finances publiques 
et que l'accélération durable des dépenses et des reports de 
charges et des "accommodements critiquables" faisaient peser "un 
risque sur l'exécution 2017".     
    "Si effectivement nous ne faisons rien d'ici la fin de 
l'année 2017, nous ne tiendrons pas nos engagements européens", 
avait déclaré Bruno Le Maire lundi. 
    Pour y parvenir, "nous ferons avec Gérald Darmanin, au 
Premier ministre, au président de la République, un certain 
nombre de propositions qui concerneront tous les secteurs de la 
dépense publique", avait-il ajouté. "On ne va pas passer le 
rabot sur un ministère ou sur un autre. Il faut que l'Etat, les 
collectivités locales, les dépenses sociales, chacun fasse un 
effort."   
    Selon le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, 
quelques pans de l'action publique pourraient échapper aux 
mesures d'économies : la sécurité, la justice et l'éducation. 
    Les annulations de crédits gelés pourraient ne pas suffire, 
a-t-il précisé mardi sur CNEWS, "il faudra que dans chaque 
ministère on puisse peigner les dépenses programmées d'ici la 
fin de l'année pour rattraper une partie de ce qui aurait glissé 
en début d'année". 
     
    INITIATIVES FRANCO-ALLEMANDES 
    Le programme de campagne d'Emmanuel Macron prévoit un 
déficit à 3% du PIB fin 2017, un niveau comparable aux 
prévisions des grands organismes internationaux, et de le 
maintenir sous ce seuil tout au long du quinquennat. 
    En nommant un Premier ministre et deux ministres de droite à 
Bercy, le chef de l'Etat a donné des gages aux conservateurs 
européens, qui fustigent depuis des années ce qu'ils considèrent 
comme le laxisme budgétaire français. 
    Jouissant d'un soutien particulièrement affirmé de la 
chancelière allemande, Angela Merkel, Emmanuel Macron doit 
prouver que ses promesses, accueillies avec espoir mais 
circonspection en Allemagne - la réforme du droit du travail et 
le sérieux budgétaire - sont plus qu'un voeu pieux. 
    Les deux dirigeants ont affiché leur alliance vendredi après 
le Conseil européen, montrant leur volonté d'apparaître comme le 
tandem prêt à faire avancer l'Europe, en refusant tout "tabou", 
y compris celui d'un éventuel changement de traité.   
    Mais la chancelière, qui espère commencer un quatrième 
mandat à l'issue des élections de septembre, doit pouvoir 
défendre cette alliance auprès de sa population et de son propre 
parti, surtout face à la volonté française d'instaurer un jour 
une forme de transferts financiers au sein de la zone euro. 
    Avant la présentation d'une feuille de route sur la réforme 
de l'Union et de la zone euro pour les dix prochaines années, 
dans un calendrier qu'ils ne veulent pas dévoiler, Angela Merkel 
et Emmanuel Macron ont précisé que des initiatives 
franco-allemandes étaient en préparation dans les domaines de la 
Défense, de la sécurité, de l'éducation et du numérique avec 
comme horizon le conseil des ministres conjoint du 13 juillet.  
 
 (avec Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse) 
 
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