Machisme : «La rue est l'espace des mâles»

le , mis à jour à 07:16
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Machisme : «La rue est l'espace des mâles»
Machisme : «La rue est l'espace des mâles»

Membre du Haut Conseil à l'égalité femmes-hommes et géographe à l'université Bordeaux-Montaigne, Yves Raibaud étudie de près avec le CNRS la discrimination dans l'espace public des villes.

 

Quel regard portez-vous sur l'initiative des femmes de Villiers-le-Bel ?

YVES RAIBAUD. Je connais bien le travail qu'y mène l'association Genre et ville. Leur initiative montre la volonté des femmes de reconquérir l'espace public. C'est une tendance qui monte. On l'a déjà vue à l'oeuvre avec la reconquête de cafés à Aubervilliers depuis 2011 et à Pantin ou avec les associations féministes qui, depuis deux ou trois ans, luttent contre le harcèlement dans les transports. Et même tout récemment après la Saint-Firmin à Pampelune (Espagne). La fête qui occupe l'espace public plusieurs jours d'affilée y est le théâtre régulier d'agressions sexuelles : pour la première fois cette année, on a enregistré plus d'une vingtaine de plaintes. Non qu'il y ait eu plus de viols, mais les filles sortent davantage du silence contre cet état de fait : la rue, comme la nuit, est l'espace des mâles. Elles veulent aussi y avoir leur place. Ce qui nécessite entre autres que les hommes la leur cèdent, donc une prise de conscience et un travail d'éducation, y compris des pouvoirs publics.

 

Ce n'est donc pas propre à la banlieue ?

Chaque ville, chaque quartier à ses spécificités. Mais des études, menées en plusieurs endroits, même hors de France et y compris dans le centre-ville plutôt bourgeois de Bordeaux, montrent que les villes sont pensées par et pour les hommes. Des agglomérations comme Tours, Rennes, Nantes ou Paris commencent à prendre la mesure de ce phénomène. Au cœur de ces villes, les femmes ne peuvent que les traverser mais ne sont pas invitées à en jouir. Bref, elles n'ont pas la même citoyenneté spatiale. Cette géographie de la discrimination existe dès le plus jeune âge. Dès l'école primaire, les lignes ...

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