Lyon-Prêcheur : « Pas là pour faire du beau jeu »

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Eliminé prématurément de la compétition la saison dernière, l’Olympique Lyonnais retrouvera jeudi soir en Reggio Emilia le goût d’une finale de la Ligue des Champions. Mais l’OL croisera la route de Wolfsburg, qui avait privé les Lyonnaises du titre il y a trois ans. Un véritable défi dans lequel nous plonge Gérard Prêcheur, l’entraîneur de l’équipe française.

Gérard Prêcheur, comment abordez-vous cette finale de Ligue des Champions contre Wolfsburg ? On l’aborde sereinement. C’est vrai qu’il y a une caractéristique qui était importante dans cette préparation, c’est le temps, donc je trouve que dix jours, c’était bien. Dix jours, ça nous permet de ne pas être dans la précipitation, après la victoire d’il y a dix jours, je le répète, à Grenoble en Coupe de France. Il y a eu l’opportunité d’avoir pu faire tourner l’effectif. Le dernier match de championnat nous a permis, au staff et à moi, de pouvoir prendre notre temps pour analyser notre adversaire que vous venez d’évoquer, mais également pour trouver les orientations qui nous permettront d’être le plus performant jeudi prochain. Votre motivation est-elle particulière après la finale de Ligue des Champions perdue par votre équipe contre ces mêmes joueuses, il y a trois ans (1-0 pour Wolfsburg) ? Il faut demander aux joueuses. Moi, je n’étais pas concerné donc ça, c’est le premier point. Deux : le métier d’entraîneur est un métier qui nécessite de tellement vivre dans le présent et dans l’immédiateté-même que moi je n’ai pas le temps d’évoquer le passé. Ce qui m’importe, c’est le présent. Moi, mon objectif principal, c’est de pouvoir avoir un groupe : un onze de départ et des joueuses qui soient prêtes à rentrer au plus proche de leur maximal de performances, que ça soit sur le plan tactique et sur le plan mental. Je vis beaucoup plus au présent. Mais des raisons d’être motivé et les enjeux sont tellement multiples et nombreux que si on les additionne, à un moment donné, ça fait beaucoup. Ne peut-on pas parler d’un sentiment de revanche et d’une envie de bien faire avec l’élimination précoce, l’année dernière en 8emes de finale (contre le PSG, 1-1 1-0) ? Voilà, c’est ce que j’évoque. Ce sont tous les enjeux. Moi, très sincèrement, je pense que rien que l’événement lui-même : finale de la Ligue des Champions contre un bel adversaire, qui est Wolfsburg, ça suffit. Alors après, on peut rajouter la notion de revanche, on peut rajouter effectivement l’élimination précoce de l’année passée, on peut rajouter la suprématie européenne par rapport à un club allemand etc… On peut rajouter les enjeux. Moi, l’entraîneur, effectivement que je suis vigilant. Ces enjeux, c’est votre métier, vous le faites et vous avez raison de le faire, de souligner ces enjeux-là mais moi, mon job sur le plan du coaching et sur le plan du mental, c’est que ce cumul d’enjeux ne vienne pas annihiler leur état mental. Après, il y aura tout l’aspect tactique. Moi, ce qui m’importe, c’est le jeu aujourd’hui. Tout mon temps, toute mon énergie pour le moment sont consacrés à l’aspect tactique et à l’aspect collectif. C’est le jeu qui m’importe et en espérant que dans l’esprit des joueuses, ça soit exactement la même chose. Et que le jeu l’emporte sur le jeu. Sentez-vous vos joueuses prêtes ? Je les sens prêtes, oui. S’il y avait une petite inquiétude, elle réside uniquement sur cette notion d’enjeu que vous entretenez bien. Je le répète, sans être redondant, légitimement c’est qu’à un moment donné, à force de leur dire, on attend qu’elles soient capables de gérer ce qu’on appelle cette attente très forte, mais c’est leur métier. Je suis rassurée, je peux avoir une petite inquiétude par rapport à ça mais de l’autre côté, je suis rassuré parce que c’est leur métier, qu’elles ont de l’expérience au niveau international et qu’elles sauront, je dirais, gérer cette forte attente.

« Sympa de revoir Elise et Lara »

Êtes-vous satisfait du jeu proposé par vos joueuses cette saison ? Oui, en tant qu’entraîneur, bien sûr. Je suis content que le jeu qui est proposé par l’Olympique Lyonnais puisse satisfaire, en tout cas, les supporters, les supporters du foot féminin en général, de l’OL, voire des médias. Tant mieux, c’est super mais ma philosophie, ce n’est pas de faire du jeu pour faire du jeu. Je n’aime même pas quand on dit que : « Prêcheur, il propose du beau jeu ». Moi, je ne suis pas là pour faire du beau jeu, je suis là pour être efficace. Donc le jeu que je préconise, qui est un jeu basé sur le collectif et sur une orientation offensive, c’est parce que je pense qu’avec les caractéristiques des joueuses qui sont à Lyon, c’est celui qui permet d’être le plus efficace. Pensez-vous que cette finale contre Wolfsburg sera ouverte ? Oui, elle sera ouverte et je l’espère d’ailleurs. Je ne vous cache pas, je ne vais pas faire injure à nos adversaires français mais c’est vrai que, encore samedi après-midi, quand on joue avec quasiment une moyenne d’âge de 20 ans, qu’on rencontre Montpellier qui, à 1-1 se satisfait de ce match nul. Quand on joue Paris et qui joue très regroupé... Voilà, ça nous fait travailler, ça nous fait progresser mais pour le jeu, ça manque un petit peu d’intérêt, je veux dire. Donc là avec Wolfsburg et un club allemand qui déjà, un, a vocation de jouer beaucoup plus offensif avec son 4-4-2 assez offensif, plus une équipe allemande qui elle, ne va pas calculer, ne va pas gérer. On connaît très bien, que ça soit les équipes nationales homme, femme ou les clubs, ce sont des équipes qui sont portées sur l’offensive. Donc ça va être un match ouvert, ça va être plus dur pour nous défensivement et, indéniablement, ce sera une des clés du match. Il va falloir qu’on soit solide défensivement mais en contrepartie, je pense et j’espère que ça nous permettra d’avoir un peu plus d’espaces, un peu plus d’ouvertures pour être efficace offensivement. Des joueuses (Louisa Necib et Lotta Schelin) vont jouer leur dernier match avec l’OL, allez-vous devoir particulièrement les motiver ? J’espère en tout cas qu’il n’y a pas besoin de ça pour qu’elles se donnent à fond (rires). Mais là aussi, il y a un danger. Je les alerterai, vous allez le faire. Je le fais déjà à travers vous. Le danger effectivement, c’est qu’elles se disent : « je vais montrer » alors que ce serait une erreur colossale. Il faut que toutes comprennent que dans ce genre d’événements c’est le collectif, c’est ce qui fait la force de l’OL, en tout cas avec mes orientations de jeu. Il faut qu’elles s’appuient sur notre collectif et qu’à aucun moment, même inconsciemmen, elles puissent se dire : « voilà, c’est mon dernier match ». Par rapport à la question que vous posez, c’est le dernier match, je vais montrer quand même, que susciter des regrets dans l’esprit des supporters ou autre, pas du club parce que c’est un accord commun… Et ça pourrait leur porter préjudice à elles et ensuite, à l’équipe. Elise Bussaglia (2012-2015) et Lara Dickenmann (2009-2015) ont joué à l’OL et évoluent désormais à Wolfsburg, n’êtes-vous pas inquiet des infos qu’elles pourraient donner à leur club sur le jeu lyonnais ? Franchement, je ne connais pas le staff allemand, mais je connais leur professionnalisme et leur sérieux. Je suppose, très fortement, qu’ils n’ont pas besoin d’Elise et de Lara pour connaître le jeu lyonnais. L’entraîneur est venu nous voir jouer au moins une fois. Je sais qu’il était là lors de la finale à Grenoble. Nous aussi, j’avais envoyé un observateur pour la finale de dimanche en Coupe d’Allemagne. Non, on se connaît bien. On connaît Wolfsburg, ils nous connaissent bien. Ça va être sympa de revoir Elise et Lara mais non, pas trop d’inquiétudes sur les infos qu’elles peuvent transmettre. Je ne pense pas que le staff en ait besoin.

« Wolfsburg, c’est un niveau au-dessus »

L’Olympique Lyonnais semble plus fort que l’année dernière… (Sourire) Je ne sais pas si je devrais le dire mais comme je suis quelqu’un qui dit toujours ce qu’il pense, je ne suis pas sûr qu’on soit plus fort que l’année dernière, franchement. On est bien. En tout cas, au niveau de l’effectif, on a des secteurs où l’on est plus performant. Il y a d’autres secteurs où je ne sais pas. Mais en tout cas, on a une belle équipe. Elle a gagné dans certains secteurs de jeu et dans notre capacité à alterner donc là, c’est sûr, je dirais. Où l’on a franchi un véritable pallier cette année, c’est qu’on a été capable d’être performant. Les filles ont été capables d’être performantes face à un adversaire qui avait un bloc défensif bas ou face à un adversaire qui avait un bloc défensif un peu plus haut. C’est une bonne chose et cette capacité d’alterner notre jeu, ce qui est très dur pour une équipe, fait qu’effectivement dans ce registre-là, l’équipe a gagné en maturité tactique. Le niveau de Wolfsburg est assez élevé… Oui, c’est déjà un club allemand. On voit bien les difficultés que l’équipe nationale rencontre. Je ne veux pas enfoncer le couteau dans la plaie mais ce sont encore les Allemands qui nous ont éliminés l’année passée au niveau des compétitions internationales. Wolfsburg a neuf internationales donc oui, c’est vraiment une équipe d’un niveau au-dessus même si aussi, l’Olympique Lyonnais est constitué de nombreuses joueuses internationales. Oui, Wolfsburg, c’est une des meilleures équipes. J’espère qu’elle ne le sera pas d’ici demain (jeudi, sourire). C’est quand même une des meilleures équipes européennes. Un triplé européen (après 2011 et 2012) serait bien pour le club… C’est ce qui découlerait de la victoire. Là, je ne vous apprends rien (sourire). C’est une lapalissade. Oui ce serait bien puisqu’il y en a même qui ont dit que ça serait impossible de refaire le triplé. Voyez, voilà encore un enjeu et une motivation supplémentaires (rires). Donc des sources motivationnelles, il ne nous en manque pas, ni pour les joueuses, ni pour le staff. Ça serait une satisfaction supplémentaire, oui, bien sûr. Une défaite serait-elle vécue comme un échec ? C’est toujours un échec quand on perd. Qu’est-ce que vous voulez, on gagne ou on perd. Quand on gagne, on réussit. Quand on perd, on échoue. Et le nominatif qui va, c’est l’échec. Bien sûr que ce sera un échec mais par contre, où je suis un peu plus modéré, c’est ce qu’elles ont fait, on ne leur reprendra jamais. Le doublé, elles l’ont fait. Le nouveau titre de champion de France, elles l’ont fait. Une éventuelle défaite contre Wolfsburg ne leur retirerait pas ce titre de champion ni d’avoir conquis la Coupe de France et donc ce doublé. C’est évident que sur un plan professionnel, quand on ne gagne pas, on échoue. Ne craignez-vous pas un manque de concentration de vos joueuses, après ce doublé (championnat et coupe de France) ? Alors là aussi, il faut, je dirais, avec un peu d’expérience, être vigilant. C’est-à-dire que j’entretiens depuis le mois de mars cette dynamique positive dans laquelle on est et qui est importante pour la confiance. Et puis, moi qui suis un peu malade de cette maladie de méritocratie qui pense que tout se mérite, il faut qu’on reste sérieux, il faut qu’on reste professionnel et on a eu des matchs. En finale de coupe de France, on est menés au bout d’une minute, on arrive à gagner. Sans faire injure au corps arbitral, il y a quatre erreurs énormes d’appréciation arbitrale qui auraient pu être très préjudiciables pour nous, on arrive à gagner. On joue dimanche avec un effectif beaucoup plus jeune, avec des joueuses qui ont passé plus de temps en U19 ou en DH, on est mené au score, on arrive à revenir : 1-1. Elles ont fait une performance extraordinaire, en tout cas, sur le plan sportif. Donc, c’est bien d’être dans cette dynamique. Mais attention, il ne faut pas non plus qu’on soit dans cette série illusoire qu’on rencontre souvent au basket. C’est de dire : « Voilà, on est dans cette série, c’est gagné ». Non. Il faudra faire les efforts pour y rester, dans cette série. Ça, c’est clair.
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