Luttes d'influence pour succéder à Bernanke à la tête de la Fed

le
0
LE CHOIX DU SUCCESSEUR DE BEN BERNANKE À LA TÊTE DE LA FED FAIT DÉBAT AUX ÉTATS-UNIS
LE CHOIX DU SUCCESSEUR DE BEN BERNANKE À LA TÊTE DE LA FED FAIT DÉBAT AUX ÉTATS-UNIS

par Alister Bull et Rachelle Younglai

WASHINGTON (Reuters) - Des groupes d'influence qui ne veulent pas entendre parler de l'ancien secrétaire au Trésor Lawrence Summers comme prochain président de la Réserve fédérale pressent le président Barack Obama de choisir quelqu'un d'autre, arguant du coût politique pour le Parti démocrate d'un tel choix.

Face à eux, d'anciens hauts fonctionnaires de l'administration Obama s'emploient non sans quelque réussite à imposer l'idée que la nomination de Summers est un fait acquis.

Barack Obama, qui doit annoncer son choix dans quelques semaines, a dit que Summers et la vice-présidente de la Fed Janet Yellen constituaient tous deux d'excellents candidats pour succéder à Ben Bernanke, dont le mandat arrive à terme en janvier.

D'après le New York Times et le Washington Post, le président, qui a publiquement défendu Summers et a vanté ses compétences lorsque celui-ci occupait un poste à la Maison blanche, est enclin à le préférer à Yellen.

Selon une source proche de la vice-présidente, celle-ci, qui ne s'est jamais exprimé publiquement sur la question, a l'impression d'être distancée.

Les services de paris en ligne donnent également Summers gagnant mais les partisans de Yellen n'ont aucune envie de se rendre sans combattre.

Les organisations féministes en particulier ne pardonneraient pas à Obama de donner la préséance à un homme qui fut parfois vertement critiqué pour des propos jugés sexistes.

"UNE BALLE DANS LE PIED"

Une centaine de femmes d'influence ont ainsi signé une pétition exhortant Obama à choisir Yellen, qui serait la toute première femme à jamais avoir dirigé la banque centrale américaine.

"Je ne vois pas pourquoi le président ne comprend pas", dit Georgia Berner, une femme d'affaires pétitionnaire qui occupa un temps des responsabilités à la Fed de Cleveland. "Je voudrais vraiment voir Janet Yellen à la tête de la Fed (...) Je crois aussi fermement que Larry Summers prendraient des décisions vraiment très mal fondées", ajoute-t-elle, faisant référence à son passé en matière de déréglementation financière.

Lawrence Summers, lorsqu'il était secrétaire au Trésor du président Bill Clinton, a contribué à démanteler la loi séparant les activités de banque commerciale et de banque d'investissement, décision qui, de l'avis de certains, a contribué à déclencher la crise financière de 2007-2009.

Obama, qui en est à son second mandat présidentiel, n'est pas candidat à sa réélection mais bon nombre de démocrates sont loin d'avoir la partie gagnée lors des élections de mi-mandat qui auront lieu en 2014.

Certains partisans de Yellen affirment que choisir Summers déplairait à l'électorat féminin au point que le parti démocrate pourrait perdre sa majorité au Sénat.

"Il se tire vraiment une balle dans le pied et il aura beaucoup plus de mal à obtenir ce qu'il veut", argue Terry O'Neill, qui préside la National Organization for Women, estimant qu'Obama ternirait profondément son image en plébiscitant Summers.

"Le président, pour le coup paré d'oeillères, se dit: 'Voilà la Fed et voilà le cadeau que je vais faire à mon ami Larry'. Comme il n'a pas à briguer une réélection, je pense qu'il n'a pas trop à se soucier des répercussions que cela aura parmi ses propres soutiens", ajoute-t-elle.

"BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN"

Même si Lawrence Summers passe pour être un économiste brillant, les compétences de Janet Yellen sont elles aussi reconnues et certains habitués des rouages de la vie politique américaine redoutent qu'Obama, en écartant cette dernière, ne s'expose à des déconvenues au Congrès au plus mauvais moment.

La Maison blanche s'emploie non seulement à convaincre le Congrès de l'autoriser à déclencher des frappes aériennes en Syrie mais elle doit aussi le persuader de relever le plafond d'endettement et de passer un accord budgétaire couvrant l'exercice débutant le 1er octobre prochain.

Cela étant, le pouvoir de persuasion de groupes progressistes tels que la National Organization for Women auprès de la Maison blanche reste mal déterminé.

"Il y a beaucoup de bruit pour rien autour de cette question, à moins bien sûr que cela amène le président à penser la question différemment", estime David Rothkopf, un ancien haut fonctionnaire de l'administration Clinton devenu président de Garten Rothkopf, un cabinet de consultants international.

Les groupes progressistes sont également gênés par les liens étroits que Lawrence Summers entretient avec Wall Street, liens qui lui ont permis de gagner des millions de dollars en honoraires de consultants ou en défraiements pour aller prononcer des discours ici et là.

"Ses liens solides avec à la fois la Maison blanche et le secteur de la banque d'investissement n'en font pas un bon candidat pour présider la Réserve fédérale", estime Jim Dean, président de l'organisation Democracy for America.

"Cette institution est un véritable pilier, d'où a émané tout ce qui a été bon pour notre économie depuis la débâcle financière (...) Il en va vraiment de la crédibilité d'Obama s'il nomme quelqu'un qui entretient une telle familiarité avec le secteur de la banque d'investissement".

Avec Mark Felsenthal et Caren Bohan à Washington et Jonathan Spicer à New York, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant