"Lutte contre les inégalités : ne nous trompons pas de cible !" - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Akiko Suwa-Eisenmann)

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La question des écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres s'est imposée dans le débat public des deux côtés de l'Atlantique. Plus que les inégalités de fait, c'est la lutte contre l'inégalité des chances qui devrait être au coeur de l'action des gouvernements estime Akiko Suwa-Eisenmann du Cercle des économistes.

Le mouvement Occupy Wall Street a mis au devant de la scène l'opposition entre les 1% les plus riches et tous les autres. Or, en matière d'inégalité, il est important d'adopter une perspective longue ; on constate alors que la France revient de loin : sur le long terme, la part des 1% les plus riches dans le revenu total a diminué en France, de 20% vers 1910 à 10% en 1950 et elle est globalement stable depuis.

Cependant, dans les années récentes, les plus riches ont vu leur revenu annuel moyen avant impôt augmenter de presque un quart entre 2000 et 2007 (avant la crise), soit beaucoup plus que le reste de la population (l'augmentation n'a été que de 11% pour les 90% les moins riches). Depuis 2010, le pouvoir d'achat stagne ou baisse pour tout le monde, sauf les plus riches.

Mais il s'agit de revenus avant impôt et transferts. La redistribution fait ensuite son oeuvre. Avant impôts et transferts, les 5% les plus riches gagnent 10 fois plus que les 10% les plus pauvres en 2010 ; après redistribution, le ratio n'est plus que de 5. La redistribution marche en France et elle a sans conteste permis d'atténuer l'impact de la crise. Il faut s'en souvenir quand on parle du poids des prélèvements obligatoires dans le pays !

Faut-il, en plus du système de redistribution par la fiscalité et les transferts sociaux, légiférer sur le montant acceptable de revenus des plus riches, comme l'envisageait le gouvernement avant d'y renoncer en mai dernier?

On peut penser raisonnablement que la rémunération doit être différenciée selon l'effort et le talent de chacun. L'inégalité qui en résulte se justifie par l'effort investi et par de meilleures idées d'activités nouvelles, créatrices de valeur et d'emplois ; on doit accepter cette inégalité, par esprit de justice et par souci d'efficacité afin de préserver les incitations récompensant l'effort et le talent.

Cependant, si la rémunération des patrons stars résulte d'un processus opaque et crée des rentes de situation sans rapport avec la performance réelle de l'entreprise, une plus grande transparence et un contrôle effectif du montant des rémunérations des patrons par les administrateurs de l'entreprise est nécessaire.

A côté de la notion d'inégalité de fait, constatée sur les revenus, dont nous avons parlé jusqu'ici, il existe une autre définition de l'inégalité, l'inégalité des chances. Celle-ci tient aux circonstances de la vie qui sont hors de portée de la responsabilité individuelle. L'exemple type est un enfant : né au mauvais endroit au mauvais moment, il ne pourra pas poursuivre ses études, sans que cela dépende de lui et il ne pourra pas développer son potentiel. N'est-ce pas contre cette inégalité des chances qu'il faut lutter en priorité ?

Akiko Suwa-Eisenmann


Pour poser vos questions à Akiko Suwa-Einsenmann, cliquez ici. Elle vous répondra mardi 2 juillet à 17h.

Akiko Suwa-Eisenmann est directrice de recherches à l'Institut national de la recherche agronomique. Elle est chercheur à l'Ecole d'économie de Paris. Elle a entre autres, était Co-directrice du programme « Commerce International et Développement » du Cepremap, une association à l'interface entre le monde professionnel et la recherche académique.
Ses principaux domaines d'expertise sont le développement ; le commerce international ; la répartition des revenus et du patrimoine.


Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • indyta le samedi 6 juil 2013 à 08:51

    entierement d accord avec cette reflexionpas de langue de bois et facile a comprendre;mais facile a mettre en oeuvre?bravo en tout cas a cette economiste!

  • knbskin le mercredi 3 juil 2013 à 01:02

    Ben oui, valdort, les anouna et zaia bénéficient de la faveur des "pauvres", qui trouvent normal de leur donner une partie de leurs revenus en échange de rêve : de la redistribution à l'envers, en quelque sorte. On se consolera en pensant que leurs salaires mirobolants durent peu (moins de 10 ans) et que ces gens n'étant pas des experts de la gestion patrimoniale, ils dilapident vite cet argent mal acquis ... ;)

  • vadort le mercredi 3 juil 2013 à 00:37

    autre footballeurs sans parler des expert et autre journaliste comme doze et compagnie franchement tout ca ne merierait pas un euro par mois si ils ne travaillaient pas pour des lobby bien définis

  • vadort le mercredi 3 juil 2013 à 00:35

    "On peut penser raisonnablement que la rémunération doit être différenciée selon l’effort et le talent de chacun. L’inégalité qui en résulte se justifie par l’effort investi et par de meilleures idées d'activités nouvelles, créatrices de valeur et d'emplois ; on doit accepter cette inégalité, par esprit de justice et par souci d’efficacité afin de préserver les incitations récompensant l’effort et le talent." On a pas la meme conception du talent etc ...CAR QUAND TU VOIS LES ANOUNA, les zaia, et

  • knbskin le mercredi 3 juil 2013 à 00:29

    En gros, on enlève 5 % d'un côté, et 5 % de l'autre, et le but est d'assurer aux 90 % restants que leur niveau de vie, s'ils continuent à travailler et à de former, va croître globalement. Tant pis pour les inemployables non-qualifiés, et tant mieux pour les "très riches". Et tout cela n'a rien à voir avec les notions de winner / loser. Il s'agit juste de se former et de bosser.

  • knbskin le mercredi 3 juil 2013 à 00:25

    .../... le but étant de faire baisser ce nombre par la formation. Quant aux ultra-riches, ils représentent moins de 0,1 % de la population, et ils n'ont aucune importance concrète dans le débat. De toutes façons, si ça ne leur plaît pas, ils s'en vont ... ;) Par contre, s'ils restent, ils alimentent pas mal d'industries et ce sont des investisseurs.

  • knbskin le mercredi 3 juil 2013 à 00:22

    En fait, tout dépend du contrat social. Le nôtre veut être : "Quoi que tu fasses, nous t'assurons de vivre décemment". Un autre contrat est : "Tu ne vivras décemment chez nous que si tu produis des richesses, et pour cela, il faut te former et travailler". Si tout le monde comprend cela, les laissés pour compte (donc les "pauvres") ne devraient pas dépasser quelques pourcent, vivant très mal, et pas "décemment". .../...

  • knbskin le mercredi 3 juil 2013 à 00:16

    C'est toute la question, JUFRABRE (Bonsoir !) Qu'est-ce qu'un "pauvre" ? Qu'est-ce qu'un "riche" ? Que veut dire "vivre décemment" ? La rémunération du Français moyen passe en gros de 15 000 Euros par an à 20 ans à 30 000 Euros par an à 60 ans. Ce dont je suis sûr, c'est que quelqu'un qui est toujours à 15 000 Euros par an à 60 ans a un problème : c'est à peu prés les minima sociaux, ce qui veut dire qu'il ne produit RIEN. .../...

  • JUFRABRE le mardi 2 juil 2013 à 20:59

    Madame Akiko Suwa-Eisenmann semble très compétente et bardée de diplômes, si l'on en croit les références qui nous sont données ...Mais il semble qu'elle soit une victime de plus de la pensée unique, qui consiste entre autres à imaginer que sur terre, il y a les "winner" et les "looser", et que bien sûr elle fais partie de la première catégorie... Si c'est le cas, comme je vous plains et comme vous êtes triste !

  • JUFRABRE le mardi 2 juil 2013 à 20:25

    Que cet article est pervers !!! Les pauvres ne veulent pas devenir l'égal de riches, ils s'en foutent complètement. Ils veulent seulement pouvoir vivre décemment dans un pays riche, c'est à dire : un logement décent, une nourriture décente, un salaire décent qui leur permet de vivre et non de survivre... C'est si difficile que cela ? Honte à nous si nous répondons oui...