"Lulu femme nue", le doux retour à la vie d'une femme transparente

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"Lulu femme nue" All Rights Reserved
"Lulu femme nue" All Rights Reserved

(AFP) - Dans "Lulu femme nue", tirée de la bande dessinée éponyme d'Étienne Davodeau, la réalisatrice Solveig Anspach fait renaître avec sensibilité et drôlerie une quadragénaire devenue transparente dans sa vie, interprétée avec une impressionnante sensibilité par Karin Viard.

L'actrice retrouve ainsi la cinéaste une quinzaine d'années après "Haut les coeurs" qui avait valu à Karin Viard le César de la meilleure actrice en 2000 pour son rôle de femme enceinte atteinte d'un cancer.

Dès le début de "Lulu..", en salles mercredi, la comédienne impose le personnage, celui d'une femme qui se liquéfie littéralement lors d'un entretien d'embauche et qui décide sans préméditation de ne pas rentrer chez elle, où sont restés son mari et ses trois enfants.

Elle s'octroie quelques jours de liberté seule au bord de la mer sans autre projet que de se promener, remplir ses poumons d'air iodé, contempler les vagues et ne pas avoir de contraintes.

Un peu comme Catherine Deneuve, la restauratrice du film d'Emmanuelle Bercot "Elle s'en va".

En faisant bloquer sa carte de crédit, le mari furieux va finir de la pousser à revivre, à faire des rencontres.

C'est là encore que le film de Solveig Anspach, auteur l'an dernier du très original "Queen of Montreuil", prend une dimension supplémentaire.

En retrouvant du désir, de la personnalité, une audace insoupçonnée, elle revient à la vie.

"C'est ce parcours que j'ai souhaité capter au mieux, la capacité à rencontrer les autres, à éprouver à nouveau des sentiments, à suivre ses élans", raconte dans les notes de production Solveig Anspach, qui a opéré plusieurs changements par rapport au scénario de la bande dessinée.

"Faire sauter les verrous"

Lulu s'ouvre aux autres effectivement et quels autres! D'abord corps et âme à Charles, être en marge qui porte sur elle un regard d'amoureux.

Bouli Lanners incarne un Charles tout en rondeur, en pudeur, en émotion mais aussi en sensualité quand il danse face à Lulu.

"J'ai eu envie d'en faire quelqu'un de séduisant, un homme dont on tombe amoureuse", poursuit la cinéaste en parlant de l'acteur belge.

"On est dans une société où il faut être beau, jeune et sportif. Pourtant il n'y a pas d'âge pour être amoureux, pour être heureux", poursuit-elle en parlant d'un film "sur le bonheur".

D'autres personnes vont croiser sa route, les deux frères loufoques de Charles (Pascal Demolon et Philippe Rebbot), une jeune serveuse de bar (Nina Meurice) écrasée depuis des années par sa patronne (Corinne Masiero) et qui grâce au sursaut de Lulu, va elle aussi dire non à une vie insupportable.

L'une des scènes les plus hilarantes du film permet à Karin Viard de rencontrer une vieille dame Marthe, interprétée par Claude Gensac, 86 ans, souvent mariée à Louis de Funès dans les comédies des années 60 et 70 et revue récemment également dans "Elle s'en va".

Marthe va alors héberger Lulu et les deux femmes prendre soin l'une de l'autre, au moins provisoirement.

Le cinéma de Anspach met en lumière encore une fois des personnages plongés dans le désarroi ou sur le bord de la route. Un "regard humaniste", dit Karin Viard.

"Cela ne date pas d'aujourd'hui. Je leur ai consacré des documentaires. J'ai par exemple réalisé des portraits de femmes en prison. Lulu à l'inverse s'est trop mise dans le moule: elle s'est cadenassée de l'intérieur. Elle va devoir faire sauter les verrous", dit la cinéaste d'origine islandaise.

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