Louis Gallois prône 30 milliards d'euros de baisses de charges

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par Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Louis Gallois propose un "choc de compétitivité", rebaptisé "choc de confiance", de 30 milliards d'euros de baisses de charges pour tenter de redresser l'économie française, dans un rapport remis lundi au Premier ministre.

A l'issue d'un bref entretien avec Jean-Marc Ayrault, qui présidera mardi un séminaire gouvernemental sur le sujet, l'ex-PDG de la SNCF et d'EADS n'a pas précisé le financement de cette baisse, une des 22 principales mesures de son rapport.

La plupart des économistes ne voient que deux moyens de le faire : un basculement sur l'impôt (TVA, CSG ou fiscalité écologique) ou un nouvel effort de réduction des dépenses de l'Etat, ce que le gouvernement a jusqu'ici écarté.

Dans le rapport intitulé "Pacte pour la compétitivité de l'industrie française" qu'il prépare depuis trois mois, Louis Gallois part d'un diagnostic sévère du décrochage de l'industrie française, qui s'accélère depuis une dizaine d'années.

"Je propose 22 mesures principales (...) pour arrêter la glissade, arrêter le décrochage, soutenir l'investissement", a-t-il expliqué à la presse. "C'est ce que j'appelle (...) le choc de compétitivité, qui est en fait un choc de confiance."

Il a confirmé le chiffre de 30 milliards d'euros de baisses de charges sociales évoqué pour réduire le coût du travail, un des handicaps présumés de l'industrie française.

"Je vous confirme ces chiffres mais qui demandent à être précisés : 20 milliards de cotisations patronales et 10 milliards de cotisations salariales", a-t-il dit, sans préciser sur quelle durée ni sur quel niveau de salaire s'appliquerait cette mesure.

Selon le quotidien économique Les Echos, il proposerait que cela s'applique jusqu'à 3,5 fois le smic.

"MOBILISATION" ET "PATRIOTISME"

Louis Gallois, aujourd'hui commissaire général à l'investissement, propose aussi des mesures de "reconquête industrielle" qui demanderont du temps, "de la méthode, de la persévérance" et un renouveau du dialogue social à tous les niveaux, a-t-il insisté.

"Cela veut dire aussi que les Français soutiennent cet effort collectif, qui peut être un magnifique projet pour notre pays, celui de la reconquête industrielle", a-t-il expliqué. "Cela suppose beaucoup de dialogue, beaucoup de débats et en particulier que le dialogue social à tous les niveaux - celui des entreprises, des branches aux niveaux national et régional - trouve un nouveau dynamisme, un nouvel élan."

"Nous avons besoin que se noue une sorte de pacte social entre tous les partenaires, pacte social qui est un véritable socle du pacte pour la compétitivité de l'industrie française", a-t-il ajouté.

Il en a appelé à une "véritable mobilisation" et un "véritable patriotisme" de tous les acteurs : "Il faut que le club France travaille de manière solidaire, que le club France s'engage dans cette reconquête."

Jean-Marc Ayrault devrait annoncer mardi un premier train de mesures à l'issue du séminaire gouvernemental. Sont surtout attendues des décisions pour renforcer la compétition dite "hors coûts". Les décisions relatives au coût du travail sont plutôt attendues au début de l'année prochaine.

Interrogé sur ce qui pourrait être retenu de son rapport, Louis Gallois a admis que le gouvernement, engagé dans un effort sans précédent de réduction des déficits publics pour ramener ceux-ci à 3% du PIB en 2013, avait ses propres contraintes.

"Le meilleur service que je puisse rendre au gouvernement c'est de lui dire ce que je pense, ce que je crois bien, ce que je crois bon", a-t-il déclaré.

"Maintenant, ça sera l'affaire du gouvernement, qui a évidemment d'autres contraintes que les miennes et qui voit ça dans un cadre beaucoup plus large que celui de mon rapport, qui est très focalisé sur l'industrie", a-t-il ajouté.

Le président François Hollande, en voyage au Laos, a promis que le gouvernement prendrait des "décisions fortes" après la remise du rapport Gallois.

"Tout sera fait pour l'emploi", avait auparavant dit le chef de l'Etat en marge du sommet Europe-Asie à Vientiane. "Derrière la compétitivité, il y a l'emploi c'est-à-dire l'avenir. Il ne s'agit pas simplement de réfléchir à telle ou telle mesure, il s'agit d'une politique d'ensemble cohérente."

Avec Julien Ponthus à Vientiane, édité par Yves Clarisse

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  • M8743521 le lundi 5 nov 2012 à 15:52

    Personne n'ose aborder le coût de l'heure de travail hors charges, c'est pourtant là que se situe le meilleur levier pour relancer la compétitivité:Revenir aux 39 heures payées 35 éviterait les 20 milliards de compensation que l'Etat verse aux entreprises chaque année depuis le passage aux 35 heures.

  • hriey le lundi 5 nov 2012 à 15:18

    Pour améliorer la compétitivité, commençons par supprimer les coûts inhérents au poste de "commissaire à l'investissement" à commencer par le commissaire lui-même...

  • d.e.s.t. le lundi 5 nov 2012 à 15:04

    Protégeons d'abord les fonctionnaires: c'est notre électorat! Ils sont déjà super avantagés?c'est normal, nous aussi les dirigeants politique, nous sommes des fonctionnaires!L'Allemagne a réussi en augmentant la TVA: eux c'est eux et nous c'est nous, comme disait Fabius!Nous c'est l'exception française!

  • manx750 le lundi 5 nov 2012 à 13:36

    On s'en fout de leur club France ! Louis Gallois est un pur produit de la nomenklatura socialiste, passée par les grandes écoles, la haute fonction publmique, les cabinets ministériels socialistes et les gdes sociétés publiques sans jamais risquer un sou de sa poche pourtant bien garnie par la manne publique. rine à voir avec la galère des vrais patrons privés!

  • geraldmu le lundi 5 nov 2012 à 13:35

    Ce choc est excellent à la condition express que cette somme soit intégralement financée par une réduction des dépenses et, en aucun, cas par des taxes supplémentaires.

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