Louis Bert (Dorval Finance) : « Il faut un électrochoc : l'union monétaire 2.0 »

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Les investisseurs ont fui toute prise de risque avec l'aggravation de la crise. Sans électrochoc fédéral, pas de retour de la confiance en Europe estime Louis Bert, président de Dorval Finance.

La crise s'aggrave en Europe à quelques jours d'élections cruciales en Grèce. Même le plan d'aide aux banques espagnoles n'a pas suffi à rétablir la confiance sur les marchés. Que faudrait-il faire désormais ?

Louis Bert : L'enjeu est clair : il faut un électrochoc, passer à l'Union monétaire 2.0. Pourquoi pas un appel du 18 juin 2012 ? Il s'agit de franchir une étape décisive vers un fédéralisme affirmé en annonçant la création d'eurobonds en contrepartie d'un certain nombre de mesures contraignantes permettant le respect des plans de retour à l'équilibre budgétaire. Même si leur mise en place peut prendre du temps, la simple perspective de leur instauration serait un signal très positif envoyé aux marchés.

Mais l'Allemagne n'en veut pas...

L.B : Le gouvernement allemand pose ses conditions. Remarquons à ce titre que la Grèce, l'Irlande, l'Italie et l'Espagne ont déjà engagé des plans douloureux sous la pression de la troïka (Commission, FMI, BCE) mais la France est le seul grand pays qui n'a pas encore présenté des réformes suffisantes et des garanties sérieuses de retour à l'équilibre budgétaire pour assurer une mutualisation de sa dette avec celle de l'Allemagne. Quant aux initiatives de croissance prises par les Etats (augmentation de capital de la Banque européenne d'investissement, création des project bonds etc.) et soutenues par la BCE (LTRO, possible baisse des taux en vue etc.), même si elles sont bienvenues, elles relèvent davantage de soins palliatifs que d'un électrochoc suffisant pour rétablir la confiance. Il est frappant de constater aujourd'hui que l'ensemble des investisseurs fuient la prise de risque. Or, cette situation n'est pas soutenable. En l'absence de toute prise de risque, les économies européennes vont s'installer durablement dans la croissance zéro. Il est donc urgent de rétablir un cadre stable permettant aux investisseurs de reprendre confiance autour d'un projet européen.

Un cadre stable avec la Grèce maintenue dans la zone euro ?

L.B : Oui. Si la Grèce sortait, ce serait un choc équivalent à la faillite de Lehman Brothers puissance dix. Il est dans l'intérêt de tous de trouver un compromis entre dirigeants européens et grecs au lendemain du scrutin. Cela passera nécessairement par un nouvel allégement de la dette grecque et son maintien dans la zone euro.

Le plan de 100 milliards d'euros aux banques espagnoles, dont on sait désormais qu'il sera remboursable en 10 à 15 ans au taux de 3%, va-t-il dans le bon sens ?

L.B: C'est un signal politique encourageant. La bulle immobilière à absorber est gigantesque. 30% des logements vacants en Europe se trouvent en Espagne ! Le plan proposé offre une garantie au système bancaire espagnol sans exiger de contreparties à l'Etat espagnol lui-même, ce qui démontre le niveau de solidarité au niveau européen. Mais il faut aller plus loin et mettre en pratique le projet d'union bancaire au niveau européen. Dans une union monétaire stable, on ne peut pas laisser des systèmes bancaires nationaux en grande difficulté où les épargnants viendraient retirer leurs dépôts pour les placer ailleurs. Seule une autorité fédérale préviendrait toute possibilité de « bank run ».

Vous gérez le fonds Dorval Convictions, un fonds totalement flexible dont le taux d'exposition aux marchés actions a varié de 7 à 75% depuis le début de l'année. Aujourd'hui, quelle est votre stratégie ?

L.B : Nous avions effectivement limité notre exposition aux marchés actions à 7% en mai avant de remonter progressivement à 30% ces jours-ci. Sur cette poche, nous privilégions les valeurs exportatrices orientées vers le consommateur mondial comme LVMH ou L'Oréal et les sociétés technologiques (Dassault Système, Atos, Hologram etc.) au détriment des valeurs trop domestiques et trop régulées (opérateurs télécoms, utilities etc.).

Pourquoi cette remontée à 30% ? Pensez-vous que l'électrochoc que vous appelez de vos voeux est proche ?

L.B : Oui, il est proche, pas encore imminent, mais il est dans l'intérêt de tous. Un accord entre Européens pourrait être annoncé dans le courant de l'été, une fois les élections passées et les interlocuteurs connus. Au fond, cette crise aura été marquée par le retour du risque politique en Europe qui était jusqu'à présent l'apanage des pays émergents. Preuve que l'ambigüité n'est plus de mise. Une nouvelle gouvernance européenne doit maintenant s'imposer. Le temps presse.

Propos recueillis par Julien Gautier


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  • rj99 le vendredi 15 juin 2012 à 17:02

    Une fois la Grèce sortie de l'euro les pays de la zone euro seraient prévenus que s'ils refusent de maîtriser leur dette ils sortiront aussi et ça ce serait la meilleure arme avec exemple à l'appui car depuis l'origine de l'euro aucun pays ou presque n'a respecté les règles. Cerise sur le gâteau les cours de bourse s'envoleraient ;-)

  • rj99 le vendredi 15 juin 2012 à 16:58

    Et pourquoi hors de l'euro la Grèce ne pourrait pas rembourser ses dettes? et pourquoi hors de l'euro l'Europe ne l'aiderait pas? Et pourquoi l'Angleterre qui est hors de l'euro n'est pas en faillite?

  • rj99 le vendredi 15 juin 2012 à 16:54

    L'électrochoc serait de sortir la Grèce de l'euro, presto. Elle y gagnerait en compétitivité et la baisse dramatique des salaires et retraites de 20%, 20%!!! serait atténuée par la baisse des prix des produits grecques (alimentation notamment) le tourisme redeviendrait compétitif face à la Turquie et sa propre banque centrale pourrait lui prêter à un taux de 1% au de plus de 20%